mercredi 28 mars 2012

De quoi Strauss-Kahn est-il le nom ?

Le feuilleton Strauss-Kahn s'enrichit d'un  nouvel épisode. Il mérite à mon avis plus que quelques blagues et autres éructations.

Résumons d'abord les principaux  épisodes :

1/  2008 : affaire Piroska Nagy . Nommé Directeur du FMI  fin septembre 2007, en fonction à compter du 1er novembre 2007, DSK fait l'objet, dès l'année suivante, d'une enquête interne au FMI : on le soupçonne de favoritisme envers sa collaboratrice et maîtresse, Piroska Nagy. Celle-ci, dans une lettre aux enquêteurs, l'accuse d'avoir "abusé de sa position " pour obtenir ses faveurs, en d'autres termes de s'être rendu coupable de harcèlement. DSK reconnaît une "erreur de jugement" et présente ses excuses à sa femme et au FMI. L'affaire est classée.

2/  14 mai 2011 : accusé d'agression sexuelle par une femme de chambre du Sofitel de New-York, Nafissatou Diallo, DSK est arrêté et incarcéré. Convaincu d'avoir eu une relation sexuelle avec la plaignante, il reconnaîtra "une faute morale" envers sa femme, ses enfants et les Français. Il jure ses grands dieux de ne s'être livré ni à une agression ni à une relation tarifée, mais rien n'oblige à le croire et le doute demeure.

3/   Rentré en France, il se retrouve à nouveau accusé de tentative de viol, cette fois par Tristane Banon. Il est sauvé par la prescription, le parquet ayant néanmoins reconnu des faits constitutifs d'une agression sexuelle (arrêt du 13 octobre 2011).

4/  Dans l'affaire du Carlton de Lille, convaincu d'avoir participé à des parties fines en compagnie de prostituées mises à  sa disposition par ses amis, à New-York et à Paris, il est mis en examen le 26 mars 2012 par les juges d'instruction lillois pour proxénétisme aggravé en bande organisée, et laissé libre moyennant une caution de 100 000 euros.

Rappelons que juste avant le 14 mai 2011, Dominique Strauss-Kahn, brillant économiste et ténor du PS, s'apprête à présenter sa candidature aux primaires de son parti en vue de l'élection présidentielle de 2012. Les sondages le donnent comme favori à ces deux élections.

De quoi DSK est-il donc le nom ?

C'est d'abord celui d'un homme qui, à cause de son avidité sexuelle, est engagé, depuis au moins l'année 2008 et, sans doute, depuis bien plus longtemps, dans une dérive qui l'expose à se retrouver sous le coup de poursuites pour des faits graves relevant de la criminalité de droit commun et passibles en France de la Cour d'assises. Rappelons que l'agression sexuelle est punie de 5 ans d'emprisonnement. Le tarif pour le crime de proxénétisme aggravé en bande organisée est de 20 ans.

C'est ensuite le nom d'un homme politique, en principe promis à de hautes destinées, et qui fait preuve d'une légèreté, d'une inconscience ou d'un cynisme  proprement stupéfiants. Je pencherais pour le cynisme car Monsieur Strauss-Kahn ne pouvait  ignorer à quoi ses actes risquaient de l'exposer, lui, sa famille et ses concitoyens.

Strauss-Kahn est en effet le nom d'un homme politique qui tient un double discours, joue un double jeu, mène une double vie. Qu'il trompe sa femme, c'est leur affaire à tous les deux, mais il a trompé aussi ses électeurs et les Français.

Strauss-Kahn, c'est encore -- et surtout -- le nom des scandales et des dérives graves qui n'auraient pas manqué de se produire s'il avait été élu président de la République et auxquels nous avons heureusement échappé.  Grâces en soient rendues à Nafissatou Diallo, à Tristane Banon et aux juges de Lille.

Strauss-Kahn, c'est le nom d'un politicien déconsidéré, déshonoré.

Quant à sa femme, qui n'a cessé de le couvrir, de lui "pardonner" ou de crier à son innocence, il ne doit pas lui échapper qu'en se conduisant ainsi, elle ne s'exposait pas seulement au ridicule, mais surtout à des soupçons de complicité. On dit qu' il fut un temps où elle se montrait même fière des frasques de son mari. Il ne faut vraiment pas être dégoûtée. D'aucuns vantent son courage dans l'adversité. Moi, elle me fait penser à ces épouses masochistes et soumises qui se taisent quand le père viole sa fille ou qui le laissent essorer leur fils de trois ans dans la machine à laver.

Je ne peux pas m'empêcher de trouver ce couple répugnant. Et ce qui est le plus répugnant, ce n'est pas seulement la conduite du mari, c'est leur acharnement à tous les deux à se produire devant les caméras, à se répandre dans les gazettes, à faire parler d'eux à tout prix, à soigner leur image, alors que la moindre décence les inviterait à se faire oublier.  Sinistres pantins médiatiques, incapables de quitter la scène malgré les jets de tomates, pataugeant dans la boue puante d'affaires de droit commun, crapuleuses, sordides. Comme s'ils ne se  sentaient plus capables d'exister autrement que sur cette scène.

L'immunité absolue : voilà ce dont rêvent ces gens et qu'ils croient pouvoir se payer parce que la richesse permet de s'offrir ne serait-ce qu'une apparence d'honorabilité.  Et tant qu'un semblant d'apparence est sauf, tant qu'on peut monnayer la servilité de quelques courtisans, tout est gagné, fors l'honneur. Miser ainsi, de façon récurrente, systématique, sur la bêtise de ses concitoyens, sur le miroir aux alouettes de la célébrité, sur l'oubli, sur l'amalgame entre ce qui est licite et ce qui ne l'est pas, quelle écoeurante, quelle révoltante façon de défendre bec et ongles les positions enviables conquises dans la sphère médiatique ! Me Henri Leclerc, dans l'espoir de fragiliser la décision des juges, prétend qu'on voudrait réprimer le mode de vie "libertin" de son client : mais, mon brave homme, ce n'est pas de cela qu'il est question, mais d'actes criminels réprimés par la loi.

Nous sommes tous pris dans la société du spectacle, pas seulement au sens où Debord l'entendait, et pas toujours pour le pire (voir la Syrie). Certains, toutefois, habitués au pouvoir (pouvoir politique, pouvoir de l'argent, pouvoir que donne la possession d'un patrimoine culturel hérité...) sont experts dans la manipulation des médias auxquels ils ont un accès privilégié, pour défendre des intérêts privés allègrement confondus avec l'intérêt public. Le clan Strauss-Kahn  profite clairement de ces privilèges mais on pourrait citer bien d'autres exemples.

Un des enjeux de la prochaine élection présidentielle est de savoir ce que nous attendons au premier chef du plus haut serviteur  de l'Etat. La compétence, la lucidité, le savoir, le caractère, l'aptitude à prendre les bonnes décisions dans l'urgence, une vision cohérente et réaliste de l'avenir du pays, ce sont là, certes des qualités indispensables. Mais elles sont toutes subordonnées à une qualité toute simple, qui présente toutefois l'inconvénient, aux yeux de certains, de porter un nom un peu banal, un peu gris : l'honnêteté. Ce que nous attendons d'abord du prochain président de la République et de l'équipe dont il s'entourera, c'est qu'ils et elles fassent preuve d'honnêteté, voire d'intégrité. Voire d'une qualité plus haute, pas très à la mode il faut le dire : la vertu. Car des gardiens de la cité que sont les représentants du peuple, il est légitime qu'ils fassent preuve de vertu.

Si Dominique Strauss-Kahn avait la moindre idée de la noblesse de toute responsabilité élective dans une démocratie, depuis la charge d 'adjoint au maire dans une commune de cinq cents habitants jusqu'à celle de Président de la République, il aurait renoncé définitivement à jouer le moindre rôle public. Car il est un menteur. Un menteur qui, de plus, a trop flirté avec la légalité pour conserver l'estime de ses concitoyens.. Il a osé croire qu'il pouvait concilier ses vices et ses passions privées, soigneusement dissimulées, avec l'exercice de fonctions publiques. Il est devenu un contre-exemple, et sa conduite doit être analysée et citée comme une manifestation du mal le plus redoutable pour la démocratie.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.


Platon, la République , traduction et présentation par Georges Leroux (GF Flammarion)

Alain BadiouLa République de Platon  ( Ouvertures / Fayard )

Guy Debord,    La Société du spectacle ( NRF Gallimard)

( Rédigé par : SgrA° )



4 commentaires:

Anonyme a dit…

Est-ce vrai ou n'est-ce qu'une rumeur, cette histoire d'enfant essoré ? Pourriez-vous donner une référence? Je n'en ai entendu parler nulle part ailleurs.

Anonyme a dit…

"Espérons qu'un juge du Bronx va incessamment administrer à cette impudence la claque qu'elle mérite."

Que l'impudence vous choque est une chose, mais ce n'est pas un délit.
Laissez la justice faire son travail dans l'honneur.

Jambrun a dit…

A Meaux, Bastien (trois ans) est mort après avoir été essoré par son père dans la machine à laver sans que la mère y trouve à redire (voir les sites de France-Soir.fr et du Figaro.fr en date du 28 mars 2012

Clopine Trouillefou a dit…

OU, Jambrun, DSK joue au con. J'en parle itou aujourd'hui même !

Bien à vous

Clo