samedi 17 mars 2012

Les pestiférés de Jaffa

Cet épisode célèbre de la campagne d'Egypte eut lieu le 11 mars 1799, quatre jours après la prise de Jaffa (7 mars). Bonaparte rendit visite aux victimes de l'épidémie de peste qui sévissait dans l'armée.

Devenu Premier Consul, Bonaparte commanda à Antoine-Jean Gros, devenu, avec David, le peintre officiel du régime, un tableau commémorant l'événement. L'oeuvre fut exposée pour la première fois au Salon de Paris le 18 septembre 1804, peu de temps avant la proclamation de l'Empire.

La composition est clairement guidée par un souci de glorification et de propagande. Au centre, Bonaparte, en tenue d'apparat, touche à la poitrine un malade. Son visage exprime à la fois la maîtrise de soi et la compassion. Un personnage, qui paraît inquiet (un médecin), semble tenter de retenir son bras. Un officier, en retrait, donne lui aussi des signes d'effroi ; il porte à sa bouche un linge censé lui éviter la contagion. Sur la colline, à l'arrière-plan, flotte un drapeau français surdimensionné : la ville est prise, mais des combats continuent, comme en témoignent les fumées de la canonnade.

Trois Arabes (plutôt que des Turcs) soignent les malades et leur distribuent du pain. Leur présence semble attester qu'une collaboration entre vainqueurs et autochtones s'est installée, au moins pour tenter d'enrayer l'épidémie. Un minaret fait face au drapeau français et les malades sont installés dans une mosquée : s'agit-il de suggérer l'idée d'un Bonaparte protecteur de  l'Islam contre l'oppresseur Turc et, à ce titre, bien accueilli par les populations locales ? Est-ce aussi pour faire oublier la violence de la prise de Jaffa, qui fut mise à sac ? Meurtres et viols se multiplièrent dans la ville conquise, et les 3 000 prisonniers Turcs furent tous exécutés.

Rappelons que Bonaparte quitta l'Egypte le 23 août 1799, laissant le commandement de l'armée à Kléber. Après l'assassinat de celui-ci, le corps expéditionnaire français capitula le 31 août 1801. D'un point de vue militaire, l'équipée égyptienne fut loin d'être une promenade de santé et s'acheva par un désastre, prélude à des désastres ultérieurs, épilogues des entreprises d'invasion et d'occupation (de l'Espagne, de l'Allemagne, de la Russie) qui toutes suscitèrent des mouvements de résistance populaire, s'achevèrent par la liquidation du régime impérial et retardèrent de trois quarts de siècle l'avènement et la consolidation de la République. La plupart des historiens français persistent cependant dans  une certaine indulgence pour Napoléon Bonaparte. On ne leur emboîtera pas le pas.

Sous l'Empire, Gros peindra encore deux tableaux inspirés par l'expédition d' Egypte : La Bataille d'Aboukir (1806) et Napoléon aux Pyramides (1810). Les Pestiférés de Jaffa font bien apparaître à la fois les qualités et les limites du peintre : la solidité de la composition , une utilisation intéressante de la couleur , mais l'ensemble reste assez figé, statique ; attitudes et visages  manquent d'expression ; l'homme agenouillé, à droite est surtout là à titre d'étude de nu. L'ensemble est sans émotion, sans profondeur. Un certain classicisme agonise dans cette peinture. Ingres saura lui insuffler à nouveau, de la vie. Lui disparu, ce sera fini.

Sur l'Expédition de Bonaparte en Egypte, textes de Vivant Denon et de Rahman El-Gabarti  (Actes Sud)

La paix soit avec nous. et avec nos esprits animaux.

( Rédigé par : Toinou chérie )




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