dimanche 18 mars 2012

Médéric Collignon et le Jus de Bocse

Quitte à risquer le jeu de mots, autant le faire plus explicite, et si Médéric Collignon avait carrément baptisé son quartet Jus de boxe, on aurait tout de suite compris, vu le côté "j'attaque d'entrée et je rentre dedans" de sa musique, à lui et à ses trois compères.

Une heure et demie de concert presque sans interruption, sauf le temps de souffler un peu en débitant des vannes antisarkozystes (qui n'eurent pas (apparemment) l'heur de plaire à mes proches voisins, mais moi j'ai bien rigolé. Si j'avais un conseil à donner à François Hollande, ce serait de suivre des stages de théâtre et de diction, de boxe, et, surtout, de Jus de bocse : ça lui insufflerait le tonus et l'efficacité qu'il n'a pas. Il a besoin d'être redynamisé, notre François national; il paraît qu'il aime rire, mais le rire carnassier n'est pas dans son répertoire. Sans compter la diction médiocre et une gestion catastrophique de la respiration. Parlez-moi d'un Mélenchon : voilà un tribun.

Le quartet revisitait des compositions de Miles Davis. Bien que possédant un bon paquet de disques du Maître, je n'en ai reconnu aucune, soit que je n'aie  pas les bons disques, soit que le traitement à elles infligé par le Jus de bocse les ait rendues méconnaissables, sauf dans l'esprit : j'inclinerais à retenir cette explication, tant Médéric Collignon a de ressources pour transfigurer et transcender les musiques qu'il ré-interprète et re-crée (y compris celle de Miles Davis, excusez du peu) jusqu'à en faire (presque) exclusivement du Médéric Collignon.


On ne reprochera pas à Médéric Collignon de manquer de souffle ni de mal gérer sa respiration. Il joue du cornet de poche. J'ai failli y voir et y entendre une trompette : il est vrai que l'instrument était prolongé d'une antenne wifi et amplifié par les enceintes . Génial, la wifi, ça vous permet d'aller jouer en coulisses, dans les chiottes ou même dans la rue et de vous faire entendre (via les baffles) comme si vous étiez en scène.

Médéric doit compter parmi les quatre ou cinq meilleurs au monde de son instrument. Son jeu  inspiré, techniquement étincelant et puissant,  a dû susciter quelques vocations parmi les ados que leurs profs de musique avaient amenés au concert. Ses trois associés le soutiennent en soutenant la comparaison, ce qui est méritoire, vu le niveau du leader.

Médéric est appuyé par un batteur exceptionnel (Philippe Gleizes) dont le jeu virtuose et la gestuelle extatique (avec une bouille hilare qui rappelle vaguement celle de Pierre Perret) ne sont pas sans évoquer les grands maîtres de la musique soufie; d'ailleurs, pendant qu'il tambourine, Médéric danse et gambade aux quatre coins de la scène, disparaît derrière les penderillons, avant de poser son cornet  et de s'emparer du micro pour nous faire découvrir les extraordinaires possibilités d'un instrument méconnu : la voix  (la sienne). C'est époustouflant et difficile à décrire, il faut l'avoir entendu.

Pendant que tous deux assurent le spectacle, les deux autres membres du quartet équilibrent l'ensemble par une gestuelle de premier communiants bien sages (enfin presque). Frank Woeste (Fender Rhodes), rythmicien hors pair, s'affaire à son clavier et à ses boutons et imprime à tout le concert une ambiance jazz-rock électrisante. Tout le monde est d'ailleurs dûment électrifié et connecté aux enceintes, heureusement pour le bassiste, l'éternel sacrifié, en l'occurrence Frédéric Chiffoleau , duquel on put apprécier néanmoins toute la qualité du jeu dans les mouvements lents et (relativement) doux.

Cette musique, relayée par de puissantes enceintes, atteignait parfois -- sans les dépasser -- les limites de ce qu'une oreille d' hominien normalement constitué est capable de supporter (il est vrai que j'étais au troisième rang des fauteuils d'orchestre). Un bon test dans ce cas, consiste à fermer les yeux pour oublier un peu le cirque de la scène et se concentrer sur la musique. On s'aperçoit alors d'une chose étonnante : ce qu'on voit contribue considérablement à modifier, en l'amplifiant, ce qu'on entend ; cela montre bien que nos sens sont interconnectés. D'autre part, on est en mesure de mieux juger de la qualité de la musique ; en général, le test est décisif et là, il l'était : non seulement l'impression d'un niveau de décibels un peu excessif était effacée, mais l'harmonie, l'équilibre des timbres, des couleurs, le jeu inventif et virtuose des quatre musiciens,  la poésie (musclée) de l'ensemble apparaissaient pleinement; ensuite il était loisible de revenir au cirque intégral, pour recommencer un peu plus loin.

Musique soufie ? Je maintiens ma comparaison. Il s'agit, dans les deux cas, d'atteindre l'extase et de s'y maintenir en y maintenant le public. Il faudrait que celui-ci puisse s 'agiter et danser, à l'unisson des  musiciens ; malheureusement la disposition habituelle d'une salle de concert et de théâtre s'y oppose : dommage. Mais il nous reste toute l'ivresse d'une musique généreuse, inspirée, inouïe, inoubliable : on s'y est abandonné ce soir-là.

Médéric Collignon (cornet de poche et voix), Philippe Gleizes (batterie), Frédéric Chiffoleau (contrebasse), Frank Woeste ( Fender Rhodes)

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux;

( Rédigé par : Gehrardt von Krollok )

Médéric Collignon et le Jus de Bocse ( à Millau-en-jazz)

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