jeudi 19 avril 2012

Jean-Marc le monstre

Dès qu'elle est entrée dans la maison, elle a senti sa présence. Elle inspecte les pièces. avec circonspection. Elle est bientôt en possession d'informations importantes : il  s'appelle  Jean-Marc, c'est un monstre, il est marié, père de deux enfants,  et il est invisible, avec, en plus, une vitesse de déplacement stupéfiante.

On n'a pas encore inspecté l'étage. On y va.

Dans mon bureau, elle frissonne visiblement d'angoisse. Elle SENT la présence de Jean-Marc. Soudain, elle se retourne vers la fenêtre.Dans le feuillage tout neuf du micocoulier d'en face, elle a VU Jean-Marc. Enfin, elle a eu le temps d'apercevoir sa main, c'est déjà ça . Elle me propose de m'enfermer dans mon bureau, comme ça, au moins, une pièce sera à l'abri des incursions du monstre. S'il se montre dans le micocoulier, je le prendrai en photo. S'il tente d'entrer, je l'assomme avec le pot à crayons.

D'un commun accord, nous décidons de communiquer à l'aide d'une feuille de papier glissée sous la porte, pendant que, de son côté, elle continue ses recherches.

Elle me confie d'abord, sous le sceau du secret, qu'elle a onze amoureux. Le dernier s'appelle Salim, il ne se lave jamais, il pue, il lèche son blouson et il pète en classe. Je lui suggère de l'éliminer de la liste de ses prétendants ; j'ose émettre l'opinion que cette liste, même réduite à dix.... Sous la porte, la feuille circule :

--  Je sais mais c'est la nature qui est faite comme ça.

--  Pas du tout. La nature se contente d'un seul.

--  Dacord, mais y en a qui sont sexy et laids.

--  Faut garder les beaux et sexy.

--  Mais le plus beau, c'est Bastien, on est amis... et Jules ! aussi !

--  Joue à pile ou face.

--  Ques que tu dis, g joue ! avec un j !

--  C'est comme ça que j'écris J : J J   Jean

--  Bon, papi, je dois te dire un secret et de pas le dire, même à mamie. J'ai vu un passage secret dans ta chambre.

--  Ah bon ?

--  Oui au sol !

--  Où ça exactement ?

--  Sous ton lit !

--  Pas possible ! Qui passe par là ?

--  En fait, sous le tapis, y a de la cire. et j'ai revu un trou de tunel !

--  Pas de doute, c'est Jean-Marc.

--  Papi, crois-moi ! je rigole pas ! enfin crois-moi !

--  Mais je te crois, ma chérie. Je suis sûr que Jean-Marc a creusé ce tunnel.

--  Oui mais... tu peux même venir voir ! j'ai tout informé ! "

Je vais voir. Effectivement, sous le lit, dans ce qui fut naguère la chambre de son oncle, un carré de moquette a été très soigneusement découpé, probablement au cutter. Eh bé, on en découvre de belles dans cette maison, même vingt ans après, comme dans les Trois mousquetaires. Je lui en toucherai un mot, à l'oncle. Ce qui me ramène au projet récurrent de les changer, ces moquettes.

Nous reprenons notre dialogue sous la porte.

"-- Maintenant on va chercher dans toute la maison et on se donne rendez-vous à ton bureau.

--  D'accord O.K.

--  Bon ben je me lance.   3... 2... 1... O  !  "

Elle ne tarde pas à m'apporter des indices du passage de Jean-Marc : deux écailles de savon sur un kleenex, preuve qu'il s'est servi de la salle de bains, une feuille de papier toilettes qui porte le message : CE MOI JeAN MARC.

Elle entre en trombe dans mon bureau : elle a croisé Jean-Marc dans le couloir.  Cette fois, elle peut en tracer un rapide croquis : Jean-Marc ressemble à une méduse, avec un oeil unique : dans quelle Odyssée sommes-nous embarqués ?

J'émets l'hypothèse que, vu sa platitude, Jean-Marc peut se glisser entre les doubles cloisons et dans les planchers, ce qui lui permet de circuler comme il l'entend, pour ressurgir dans la cuvette des W.C., dans le vide sanitaire etc.

Mais soudain, mon esprit s'éclaire, hélas !  Cela fait bien une heure qu'on n'a pas entendu Mamie au rez-de chaussée. Et si Jean-Marc était le coco de Mamie, planqué dans un placard, et qu'elle ressort quand elle en a envie, et surtout quand je ne suis pas là ?

L'hypothèse la fait sourire, mais pourquoi pas, après tout ?

Nous déboulons en hâte au rez-de-chaussée. Dans son fauteuil, avec sa revue, Mamie offre l'apparence de l'innocence au-dessus de tout soupçon. Tu parles !

Nous remontons au pas de course à l'étage. Elle me conseille de faire une recherche sur Internet. Je tape "Jean-Marc le monstre". Je tombe sur  "Non, Jean-Marc n'était pas un monstre" et sur "Le monstre sous le lit, par Jean-Marc".

Nous nous entre-regardons, médusés (c'est le cas de le dire).

Bises à Mamie. Je lui chuchote : "laissons-la avec son Jean-Marc". Elle rigole.

Dans la voiture, elle me conseille de divorcer d'avec Mamie : "elle va te lâcher pour Jean-Marc, au moins pendant cinq ans". Cinq ans, c'est long...Tiendrai-je jusque là ?

-- Et puis comme ça, tu pourrais épouser Janine : elle a ton âge et elle perd la tête, tu lui rendrais service.

J'objecte qu'à mon âge, les divorces, c'est chiant, je n'aurais pas l'énergie, et puis c'est cher.

-- Tu ne le répèteras pas à Mamie, ma chérie, mais moi aussi je sens que je perds la tête.

-- Dans ce cas...

De retour, seul dans la voiture, je pète de trouille. Vais-je trouver le sommeil, dans cette chambre, avec un  passage secret juste sous mes fesses ?   Et si je prenais une chambre d'hôtel ?

Je suis tout de même rentré chez moi, me suis saisi d'une mini lampe torche (Maglite, pub gratos) et j'ai rampé sous mon plumard. Le carré de moquette enlevé, j'examine le béton avec le plus grand soin .A première vue, rien d'anormal, quoique, quoique, attends voir, là au N/NO, on dirait comme...on dirait comme... un trou de ver...

Un trou de ver ! Je vois la suite comme si je n'y étais déjà  plus ! Le trou de ver aspirant, sous le coup de minuit, la totalité de ma matière ! Mamma miam ! Et moi qui ne suis nullement équipé pour vivre dans un univers parallèle, pour ne pas dire virtuel !

En  tout cas, je tiens le thème de mercredi prochain. J'ai même trouvé un titre : " Jean-Marc le monstre et l'énigme du trou de ver  " !

Vous avez le bonjour d'Hitchcock.


La paix soit avec nous. Et avec notre esprit es-tu là .

( Rédigé par : Jambrun )

Monster's wife, by Juliette, guest artist











1 commentaire:

JC a dit…

Le trou de ver : quelle belle notion de physique théorique appliquée aux multi-univers !

J'en ai trouvé un qui fait passer de l'extrême connerie à la plus suave intelligence. Malheureusement, j'ignore dans quel univers de départ je me trouvais...

Un homme politique de mes amis me garantit que cela n'est guère important !