dimanche 29 avril 2012

L'arbre de la connaissance est un pêcher

Les philosophes de l'antiquité païenne furent d'incorrigibles optimistes : ils croyaient que la  vie valait la peine d'être vécue. Qu'ils fussent disciples de l'Académie, du Portique ou du Jardin, ils partageaient au moins la conviction qu'à condition d'atteindre la sagesse et de la pratiquer, on pouvait vivre heureux sur cette terre, dans les limites à l'intérieur desquelles la nature humaine nous permet d'être heureux.

Néanmoins Socrate, dans la République, a tout de même du mal à convaincre ses interlocuteurs que l'homme injuste ne peut pas être plus heureux que l'homme juste. Qu'il les ait tout-à-fait convaincus, et le lecteur avec, cela reste incertain.

Le récit de la Chute, dans la Genèse, premier livre de l'Ancien Testament, dissipe les illusions des antiques sages et dévoile la vérité de notre condition terrestre.

Quelques extraits, pour en rappeler l'essentiel :

Dieu crée l'adam à son image
le crée à l'image de Dieu
les crée mâle et femelle
Dieu les bénit et leur dit
A vous d'être féconds et  multiples
de remplir la terre
de conquérir la terre
de commander
au poisson de la mer
à l'oiseau du ciel
à toutes les petites bêtes ras du sol

[...................................................]

Yhwh Dieu prend l'adam
pour l'installer dans le jardin d'Eden
qu'il travaille et qu'il veille dessus
Yhwh Dieu ordonne à l'adam
Mange librement de tous les arbres du jardin
Ne mange pas de l'arbre de l'expérience du bon et du mauvais
le jour où tu en mangeras tu te condamneras à mort

[...................................................]

Le serpent, plus fin que tous les animaux sauvages que Yhwh Dieu a faits dit à la femme
Dieu vous a donc dit
Ne mangez pas de tous les arbres du jardin

Nous mangeons les fruits des arbres du jardin, répond la femme au serpent, mais Dieu a dit
Le fruit de l'arbre au milieu du jardin vous n'en mangerez pas et n'y toucherez pas ou vous mourrez

Non vous ne serez pas condamnés à mourir, répond le serpent, mais Dieu sait bien que le jour où  vous en mangerez vos yeux s'ouvriront
vous serez comme Dieu
vous aurez l'expérience du bon et du mauvais

la femme voit que l'arbre est appétissant
elle en donne  aussi à son homme avec elle
il mange

Leurs yeux s'ouvrent à tous les deux
Ils  découvrent qu'ils sont nus
cousent des feuilles de figuier
 pour se couvrir les reins

[....................................................]

A la femme Yhwh Dieu dit
Je multiplierai les douleurs de tes grossesses
dans la douleur tu enfanteras des fils
Vers ton homme ton désir 
et l'homme ton maître.

A l'adam Yhwh Dieu dit
Parce que tu as écouté la voix de ta femme
et que tu as mangé de l'arbre
dont je t'ai donné l'ordre de ne pas manger
à cause de toi
la terre malédiction
Tu en mangeras en t'échinant
chaque jour de ta vie
Elle te donnera épines et chardons
Tu mangeras les herbes sauvages
A la sueur de ton visage
tu mangeras du pain
jusqu'à ce que tu retournes à la terre
d'où tu viens
Oui tu es poussière
à cette poussière tu retourneras

[................................................]

Yhwh Dieu dit
l'adam est devenu comme un autre nous-même
qui a l'expérience du bon et du mauvais

Il ne tendra pas sa main désormais
pour prendre aussi de l'arbre de vie
pour en manger et vivre toujours

Yhwh Dieu l'expulse du jardin d' Eden
pour travailler le sol d'où il vient.

                                                               ( Genèse, 2 et 3 )


A partir de ce récit de la Genèse, on doit à Saint-Augustin, interprétant des passages des Epîtres de Paul, l'invention d'un mythe dérivé, celui du Péché originel, mythe dont la signification diffère sensiblement du mythe exposé dans la Genèse. Rappelons que le péché originel, spécialité chrétienne, est ignoré du Judaïsme et de l'Islam.

Saint-Augustin assimile le péché originel au péché de chair. qui se transmet de génération en génération. Depuis le Concile de Trente, l' Eglise catholique a pris ses distances avec cette conception. Les jansénistes, en revanche, adoptèrent dans son intégralité la thèse augustinienne.

Pour qui accepte cette thèse, c'est la chair qui est le péché . Puisque nous sommes faits de chair, nous naissons en état de péché. Or la chair est la partie de notre nature que nous partageons avec les animaux. En condamnant le péché de chair et en le confondant avec le péché originel, les partisans de la thèse augustinienne condamnent l'homme et la femme, coupables de s'être abandonnés à leur animalité.

Il suffit de relire le texte de la Genèse pour constater que rien n'y appuie une telle interprétation. Au contraire.

Dieu défend à Adam de manger des fruits de l'arbre de l'expérience du bon et du mauvais. Le serpent prévient Eve :

Dieu sait bien que le jour où  vous en mangerez vos yeux s'ouvriront
vous serez comme Dieu
vous aurez l'expérience du bon et du mauvais

En désobéissant à son créateur, Adam accède ainsi à la connaissance du bien et du mal, entre lesquels il peut librement choisir. Ce faisant, il s'égale à Dieu; C'est ce que celui-ci constate :

Yhwh Dieu dit
l'adam est devenu comme un autre nous-même
qui a l'expérience du bon et du mauvais

En mangeant des fruits de l'arbre de la connaissance, Adam accède aussi à la connaissance de sa condition terrestre et à la connaissance de la mort.

Dès lors, la faute d 'Adam ne consiste pas à s'être abandonné à la part animale de sa nature, à avoir chu dans sa nature animale. Au contraire, elle consiste à avoir voulu s'égaler à Dieu, donc à avoir voulu  s'éloigner de son animalité, pour devenir un homme connaissant, libre et responsable de ses choix. S'éloigner de l'animal, c'est s'éloigner de l'innocence et de l'inscience, privilèges de l'animal.

Ainsi la signification du récit de la chute dans la Genèse apparaît-elle quelque peu tautologique : le péché originel de l'homme c'est... d'être un homme.

On en conclura avec Calderon que le péché capital de l'homme, c'est d 'être né...

" el delito mayor del hombre es haber nacido "

Faute que Cioran  affaiblit en un simple inconvénient. Trait d'humour ou méconnaissance de l'énormité de la catastrophe ?

Pour ma part, je serais tenté de dire qu'en nous faisant naître la Nature a commis une erreur. Mais la Nature commet-elle des erreurs ? Ce serait absurde de le croire.

Nous voilà donc avec sur nos petits bras les conséquences écrasantes d'une énorme gourance que nous ne savons pas trop à qui imputer. Ce serait injuste d'accuser nos chers parents d 'avoir succombé à la concupiscence, alors que nous-mêmes, hein , on s'en est payé une tranche.  Grouik !


La paix soit avec nous. Et avec nos  (trop) chers esprits animaux.

Note - Rappelons que, sur cette question , la pensée de Saint-Augustin, ancien païen et homme fort cultivé, a été probablement influencée par le platonisme et le stoïcisme. Rappelons aussi que l'inventeur de l'âme distincte du corps (dans la tradition philosophique occidentale tout au moins), c'est Platon .

Additum  -

" Il n' y a qu' UNE SEULE erreur innée, c'est celle de croire que nous sommes là pour être heureux. Elle est innée parce qu'elle coïncide avec notre existence même, et que tout notre être n'en est que la paraphrase, voire notre corps son monogramme : car nous ne sommes précisément que volonté de vivre, mais ce que nous pensons sous le concept de bonheur, c'est la satisfaction successive de tout notre vouloir.
 Aussi longtemps que nous persévérons dans cette erreur innée, et que des dogmes optimistes nous confirment peut-être dans cette erreur, le monde nous apparaît comme rempli de contradictions. Car à chaque pas nous devons faire l'expérience, en gros comme en détail, que le monde et la vie ne sont guère faits pour comporter une existence heureuse. "

              Arthur Schopenhauer, L'ordre du salut, in Le monde comme volonté et représentation (Folio/essais)

Il suffit de voir les mines déconfites de la plupart des gens de mon âge pour vérifier la vérité de ces remarques. Moi-même, en dépit d'un heureux fond de sottise et de naïveté, il m'arrive de faire la gueule.

J'aurais préféré naître arbre. Un olivier, tiens. Planté à l'époque d'Auguste, je serais toujours vivant à l'heure qu'il est.. D'éphémères bergers viendraient se reposer à mon ombre. Ils tenteraient de déchiffrer d'ambigus oracles dans mon feuillage bruissant.

Additum (2)  -  Pour reprendre l'expression de Paul Ricoeur, que me signale Elena, le mythe adamique, parmi ses diverses significations, me paraît rendre compte du passage de l'animalité à l'humanité, tout en l'occultant. Je ne suis aucunement un expert en mythologie comparée, mais existe-t-il des mythologies où l'homme est doté d'une ascendance animale ? si oui, laquelle et de quelle culture ces mythologies relèvent-elles ?



La Genèse, traduction de Frédéric Boyer et Jean L'Hour , in La Bible  ( Bayard, éditeur)

Calderon ,    La Vie est un songe (GF Flammarion)

Arthur Schopenhauerle Monde comme volonté et représentation   ( Folio / essais )

Richard StraussDaphné,   Renée Fleming, Johan Botha, Orchestre symphonique de Cologne , Semyon Bychkov

( Rédigé par : Angélique Chanu )

Masaccio,  Adam et Eve chassés du Paradis Terrrestre











12 commentaires:

JC (rien à voir avec l'homonyme J.-C.) a dit…

L'arbre de la connaissance est un péché, disent certains intégristes, confiant dans un mode d'emploi fatigué, vieilli, aberrant, qu'ils appellent Livre Saint.

Mettre beaucoup de détachement et de rires, entre cette connaissance et nous, peut aider à vivre dans un confort assourdissant mais sympa ...

Elena a dit…

J'ai tellement de choses à dire là dessus que je risque de m'y reprendre à plusieurs fois (si vous avez la patience de me lire; sinon il suffira de me signaler votre désintérêt pour que le "feuilleton" s'arrête).

Cela commence par l'appellation (que tout le monde emploie) de "Chute". Le mot n'appartient pas au vocabulaire biblique ; son emploi renvoie davantage aux conceptions du platonisme (l'âme alourdie qui a perdu ses ailes et est tombée sur terre dans le Phèdre), du néo-platonisme (Plotin) ou à la Gnose.
Même en lisant le texte de façon très littérale, on ne trouve qu'une expulsion "horizontale", dans un lieu adjacent (mais moins agréable). Comme le précise Paul Ricœur, il vaudrait mieux employer l'expression "mythe adamique"

Elena a dit…

Bravo en tout cas d'avoir donné "qq extraits" car c'est un récit que l'on croit connaître et sur lequel on projette beaucoup de choses qui ne s'y trouvent pas (comme "l'identité" du fruit !)
Les traductions sont toujours des compromis entre exactitude et lisibilité — et les options théologiques jouent aussi, évidemment. Pour un texte aussi essentiel l'enjeu est important et il me semble qu'il est souhaitable (et finalement plus pratique) de rester le plus possible "au ras du texte" de départ. Puis-je me permettre de vous signaler un site pratique, tout à fait sérieux et d'utilisation facile et agréable, celui de l'Alliance Biblique française:
http://lire.la-bible.net/
(ex de facilité: les livres bibliques sont présentés dans la liste déroulante par ordre alphabétique, il n'est donc pas besoin d'être très familier de la Bible pour y retrouver ce que l'on cherche).
Vous y trouverez notamment la traduction (protestante) "Nouvelle Bible Segond" et la TOB.

Elena a dit…

Autres détails :
• la notion de "péché originel" que nous devons en effet à Augustin s'appuie bien sur le mythe adamique interprété à partir d'autres textes bibliques (notamment l'épître aux Romains, mais pas que), mais je l'appellerais plutôt "dogme" (on n'est plus dans la même catégorie).

• Vous dîtes que "depuis le Concile de Trente, l' Eglise catholique a pris ses distances avec cette conception": faut-il comprendre "à partir de/ dès ce concile" ou bien "bien longtemps/ qq siècles après" (Vatican II) ?
Le Catéchisme de l'Eglise catholique utilise cependant toujours le terme de référence en parlant d' "un péché qui sera transmis par PROPAGATION à toute l’humanité, c’est-à-dire par la transmission d’une nature humaine privée de la sainteté et de la justice originelles."
Cf. le décret du 17 juin 1546 Ut fides nostra définissant le péché originel comme conséquence héréditaire (propagatio) du péché d'Adam.

Elena a dit…

Circonstances et qq conséquences du concept mis au point par Augustin (la théologie aussi est un sport de combat):
— on est en pleine polémique avec la doctrine de Pélage et il s'agit d'écarter l'idée que l'enfant humain naîtrait parfait (comme Adam & Eve avant l'expulsion d'Eden), que l'homme pourrait compter sur ses propres forces pour surmonter ses "mauvais penchants" et qu'il lui serait donc tout à fait possible ne pas pécher. (Pélage pensait que l'humain péchait par une "imitation" consciente et libre de la faute d'Adam — c'est pourquoi le Concile de Trente précise "non imitatione")
— il y a un lien (depuis Augustin en passant par le Concile de Trente jusqu'au CEC) avec la pratique du baptême des petits enfants. Question de logique: si l'on affirme que l'on reçoit le baptême "pour le pardon de ses péchés" (Actes 2:38) et que l'on baptise les nouveaux-nés il faut bien qu'on leur trouve des péchés tout en reconnaissant qu'il n'y avait là rien de volontaire.
Les mauvais esprits parpaillots ne manquent pas de constater que l'on donne ainsi à "l’Église, comme pourvoyeuse de sacrements, un pouvoir de contrôle des âmes et des destinées." (pasteur JM Bourqueney)

Elena a dit…

Cette notion de "péché originel" a tout pour heurter ou faire ricaner, selon les convictions et les dispositions des uns et des autres.

Paul Abela formule une objection évidente :
“L’avenir de l’humanité se serait-il joué sur une seule épreuve, sans rattrapage ?”

Victor Hugo le fait en vers ridiculisant une position théologique intenable (d'autant plus qu'elle s'articule avec une interprétation du salut comme "satisfaction" offerte à Dieu par la mort de Jésus, sacrifice sanglant qui viendrait racheter au prix fort la faute d'Adam) :
Vous prêtez au Bon Dieu ce raisonnement-ci :
— J’ai jadis, dans un lieu charmant et bien choisi
Mis la première femme avec le premier homme ;
Ils ont mangé, malgré Ma Défense, une pomme ;
C’est pourquoi Je punis les hommes à jamais.
Je les fais malheureux sur Terre et leur promets,
En enfer où Satan dans les braises se vautre
Un châtiment sans fin pour la faute d’un autre ;
Leur âme tombe en flamme et leur corps en charbon.
Rien de plus juste. Mais, comme Je suis très bon,
Cela m’afflige. Hélas, comment faire ? Une idée !
Je vais leur envoyer Mon Fils dans la Judée.
Ils Le tueront. Alors — c’est pourquoi j’y consens —
Ayant commis un crime, ils seront innocents.
Leur voyant faire, ainsi, une faute complète,
Je leur pardonnerai celle qu’ils n’ont pas faite.
(Religions et religion. L’âme — citée par M. Blondel dans La Philosophie et l’esprit chrétien t. 1)

Elena a dit…

Mais le problème réside évidemment dans une lecture étroitement littérale, historicisante (fondamentaliste en d'autres termes), plus que dans le mythe adamique lui-même.
Bref, il ne faut pas se tromper de genre littéraire. Lu sur le mode symbolique, comme une "légende étiologique" ce récit n'est pas du tout ridicule parce qu'il nous parle de notre condition humaine.
Avec Gn 3, comme le précise Paul Ricœur, nous ne sommes pas dans le temps de l'histoire, ni dans l'espace de la géographie (les questions "où?" et "quand" ne sont pas pertinentes)
Les mêmes précautions permettent aussi de trouver dans les formulations d'Augustin autre chose qu'une entreprise de culpabilisation et de démoralisation. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le mythe adamique et même le concept augustinien de péché originel (une fois débarrassé de son mépris du corps et de la sexualité et de l'idée d'une transmission biologique) peuvent être libérateurs.
Tout être humain est confronté à l'expérience tragique du mal ; et ce mal est "toujours déjà-là". D'une certaine façon chacun de nous l'inaugure ce mal mais ce que ces textes (mythe adamique + Augustin) nous disent c'est que nous ne commençons pas le mal, nous le continuons.
Augustin le disait d'ailleurs (et ailleurs, je veux dire pas dans les textes exposant cette doctrine du péché originel) omnis homo Adam — Adam c'est tout homme. Le péché originel compris de cette façon est avant tout d'ordre descriptif.
"Je ne fais pas le bien que je veux, mais je pratique le mal que je ne veux pas." Romains 7:19

JC (décidé à ne pas perdre trop de temps...) a dit…

Miette,
éduqué dans la religion, instruit par les Pères, féru de textes saints, je rend hommage à votre savoir immense ! Merci !

Mais, pour moi, tout ceci est aussi chiant qu'un film porno...Désolé d'être si détaché de cet enculage de mouches millénaire ! Cette vieille histoire ne veut plus rien dire.

Elena et compagnie a dit…

bonjour JC.
Nous nous consultons, Miette, Darach, Elena, Philadelphia et qq autres que j'ai dû oublier, pour savoir laquelle de nous vous répondra. Et par conséquent comment.
Darach conseille la sagesse, Miette la douceur évangélique (mais je crois que Jambrun ne les connaît pas celles-là, et après tout il est chez lui, sur son blog)
Elena (chez qui la musique n'a pas adouci les mœurs) se propose d'aller chercher ses tacchi a spillo, sa petite tenue noire et son fouet …

JC (en masochiste de circonstance) a dit…

Va pour le fouet...
Rien ne vaut la contrainte, la prison, pour penser vrai !
je vous embrasse.

Elena a dit…

ça tombe bien, nous n'exerçons toutes qu'auprès d'adultes consentants, dans des lieux ad hoc.
Ce qui constitue une différence avec l'école et son public captif (du moins dans le secondaire, après on vote quand même avec ses pieds).

— "éduqué dans la religion" ça déclenche souvent une allergie (compréhensible) a posteriori ; à chacun de déterminer s'il convient de tout jeter avec les mauvais souvenirs et ne jamais se pencher à nouveau sur des TEXTES qu'on croit connaître.
Textes littéraires, sur lesquels, autant que sur l'héritage grec, s'appuient, autour desquels se sont structurés (qu'on le déplore ou qu'on s'en réjouisse, et quitte à les déformer au passage) toute notre culture. Les œuvres d'art mais aussi nos langues, notre imaginaire, notre façon de penser, nos rêves …
Cela n'a jamais interdit de s'intéresser à voire se passionner pour d'autres cultures, d'autres mythes fondateurs, vous le savez bien si vous lisez Jung (qq épisodes du feuilleton concernent la psychanalyse qui s'est bcp intéressée au mythe adamique). Mais il y a une différence entre aborder d'autres cultures, d'autres systèmes de pensée, quand on est nourri d'une connaissance des fondements et de l'histoire des siens et "l'appel d'air" qui vient combler un vide et expose à toutes les naïvetés. Je ne parle pas seulement de "spiritualité"; comme disait qqn que vous approuvez et qui était très attaché à la transmission (parce qu'il faut recevoir pour pouvoir construire, parce qu'il est impossible, ruineux, de prétendre tout effacer et "recommencer à zéro" à chaque génération): "You had all these advantages in your antient states; but you chose to act as if you had never been moulded into civil society, and had every thing to begin anew. YOU BEGAN ILL, BECAUSE YOU BEGAN BY DESPISING EVERY THING THAT BELONGED TO YOU. You set up your trade without a capital" (Burke, Reflections on the Revolution in France)

La recherche d'exactitude et le sens de nuances paraissent toujours inutiles chez les autres, dans leurs domaines ; mais sans précision on ne va pas très loin. Que répondriez-vous à un petit gamin qui vous dirait que si si, vraiment, il adore la géométrie mais que droites, demi-droites, segments tout ça c'est pareil ?

Les récits symboliques donnent à penser et sur des sujets qui concernent tout le monde, aujourd'hui comme hier. Progrès techniques, changements de paradigmes scientifiques ne les rendent pas caducs dans leur approche, qui ne répond pas aux mêmes questions.

JC (on frappe d'abord, on discute après) a dit…

Elena,
Quand j'étais jeune assistant en maths, un gamin qui me posait une question pareille, il prenait deux baffes : sauf les plus grands que moi, bien entendu, mais peu s'y risquait !