vendredi 13 avril 2012

Maréchal nous voilà


A peine m'étais-je proclamé parafasciste que je fus taraudé par une question logique, sans doute, mais que je n'avais pas prévue. Elle surgit toute armée de mon inconscient alors que, penché sur la glace de la salle de bains, je tentais d'extraire de mon tarbouif un gros point noir  disgracieux.

Puisque je suis parafasciste, me dis-je, en essuyant le défunt comédon sur ma chemise, suis-je pour autant un admirateur du Maréchal ? Suis-je  maréchaliste ? Réponds, gros jambon ( j'étais dans ma nudité rose), et n'omets point les détails, même choquants.

Tout le monde sait qu'il y eut deux grandes périodes dans l’action du Maréchal. J’admire les deux., même si j'ai une préférence pour l'une des deux. J’admire les modalités de l’action. J’admire la constance du Maréchal dans les idées et dans la réalisation de grands projets, qu’il sut mener à bien, en dépit des circonstances d’une époque où tout ne lui fut pas toujours favorable. Heureusement, il put compter sur la complicité (honni soit…), et même (osons le mot) sur la collaboration de son ami Pierre.

Je n’admire cependant pas tout en bloc dans l’action du Maréchal. J’ai quelques réticences : par exemple cette tendance à en mettre plein la vue aux masses ébaubies, à épuiser jusqu’aux derniers sous d’un budget fourni, après tout, par les thunes du contribuable (que certains, dont on connaît  l’obtuse résistance aux grandes entreprises, se seraient bien passés d’allonger). D’où ces tenues clinquantes (quand je me souviens de mes pauvres vestons de l’époque, ça me fout la rage), ces déploiements de foules manoeuvrant aux ordres, au doigt, mais pas à l’oeil,  histoire de nous impressionner, ce décorum véritablement romain. Un peu  plus de simplicité, de discrétion, dans une ambiance de restrictions, n'eût pas été indigne de Sa gloire.

A sa grande époque, le Maréchal pouvait compter sur un public fidèle toujours prêt à accourir pour l'applaudir : enfants des écoles, étudiants, ouvriers rameutés par les comités d'entreprises etc., mais très peu de bonnes soeurs et encore moins de curés.

Des deux grandes périodes de l’action du Maréchal, j’ai aimé les deux, mais j’ai tendance à préférer la première : la période de la Criée, où  le Maréchal s'illustra en interprétant Sganarelle dans un fort beau Dom Juan (interprété par son complice Pierre Arditi ), mais dont le sommet fut, pour moi,  Maître Puntila et son valet Matti , de Bertolt Brecht, où le Maréchal jouait Puntila, le maître, et son ami Pierre jouait Matti . On y voyait une Duesenberg rouge (offerte à lui par quelque dictateur des Caraïbes, à moins qu'elle n'eût été louée au concessionnaire du coin) entrer en trombe sur la scène au ras des moustaches de Pierre Arditi : heureusement, il n'en portait pas. Il y avait aussi beaucoup de bouteilles vides à l’avant-scène. Le Maréchal y était sincère et pathétique, son copain ironiquement sobre. Ce fut une belle soirée.

Il y eut aussi des Paravents de Jean Genet, honorables, malgré les déploiements de foule (péché mignon du Maréchal) sur des gradins en simili-béton, et  Filumena Marturano,  un Eduardo De Filippo, qui, à l'époque, revenait fort à la mode, au moins dans les théâtres subventionnés, spectacle recommandable surtout par un diorama gigantesque, représentant la baie de Naples, et qui avait dû coûter la peau des fesses. Le Maréchal aimait paraître dans des décors à sa (dé)mesure.

La période du Rond-Point fut convenable mais le Maréchal était déjà sur le déclin. J’assistai à l’époque à une prestation assez pénible où le Maréchal, seul en scène, lisait (assez médiocrement) le texte de je ne sais plus qui, en lâchant de temps en temps une partie de la liasse qu’il s’en allait récupérer à quatre pattes sous une immense table , qui avait dû elle aussi coûter la peau des fesses et dont je suis toujours à me demander ce qu’elle foutait là. Je pense qu'on l'y avait mise pour meubler la grande scène où, sans elle,  le Maréchal se fût senti  perdu Le légendaire vieillard était manifestement venu pour le cacheton, renflouer les caisses, il n’avait pas appris le texte et je me demande même s’il l’avait répété. Deux Allemandes, près de moi, faisaient à voix basse des remarques assez désobligeantes. On sentait bien que c’était le commencement de la fin.

C’était vers le deuxième tiers du XXe siècle , comme le temps passe.

Somme toute, sans être un fanatique inconditionnel du Maréchal, je fus un maréchaliste assez fidèle.

Mon seul regret aura été, somme toute, de n’avoir pas été le Céline de ce Maréchal-là, qui, du reste, comme son copain Pierre, avait le coeur à gauche. Mais faut tout de même pas rêver.

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.

Additum : je m'aperçois que j'ai zappé une troisième grande époque de Maréchal : celle des Tréteaux de France. Mais je ne l'ai pas connue.

Additum 2 -

Les lecteurs en mal d'édification pourront aussi lire sur ce blog :

-- Le parafascisme sera mon genre humain (13/04/2012)

-- Portrait d'un parafasciste en majesté (15/04/2012)

( Rédigé par : Jambrun )





Marcel Maréchal



1 commentaire:

paniss a dit…

j'ai failli me faire pièger avec l'autre; l'illusion a été parfaitement entretenue jusqu'à Sganarelle: qui aurait pu imaginer Philippe Pétain jouer Molière?