dimanche 29 avril 2012

Sonates pour violon et piano de Beethoven

Les sonates pour violon et piano, c'est l'adret de la montagne beethovenienne, son versant ensoleillé, plus facile, plus aimable. A l'ubac, on situerait volontiers les escarpements des Variations Diabelli,  de la Sonate opus 106, et des derniers quatuors. Quoique, avec Beethoven, ce genre de classement n'ait guère de pertinence : l'oeuvre est un bloc. Bloc de rigueur, de gravité virile, d'énergie. Rien de délibérément plaisant, rien pour la séduction. On n'est plus chez Mozart, on est encore moins chez Massenet.

La sonate n° 8, en sol majeur opus 30 n° 3, est assez connue ; cependant, en l'écoutant, je 
suis surpris de la connaître si bien, anticipant avec exactitude le discours des deux parties. Je ne l'ai pas écoutée si souvent  que cela, mais cette musique, si clairement architecturée, si évidente tout en étant pourtant si savante, est facile à mémoriser, du moins il me semble.

Je suis frappé en écoutant l'allegro assai qui ouvre l'oeuvre, à quel point les deux instruments sont proches en hauteur, rarement séparés par plus d 'un octave, ce qui renforce certainement le sentiment d'une cohésion sans faille; il est rare, d'ailleurs, dans les oeuvres retenues pour ce concert, que le violon s'échappe beaucoup vers l'aigu, et le piano vers l'extrême grave; l'effet doit être plus sensible encore quand le piano de concert moderne cède la place au pianoforte, pour lequel ces oeuvres ont été écrites. Peu d'effets de pédale, bien entendu.

Première pause. Applaudissements nourris. Les deux jeunes femmes assises à ma gauche paraissent un peu déconcertées. J'ai l'impression qu'elles attendaient autre chose : un Beethoven plus "romantique" peut-être ? Mais le romantisme de Beethoven, si tant est que Beethoven soit un romantique, n'a rien à voir avec celui de Schumann et encore moins de Liszt, surtout dans sa musique de chambre. Affaire de génération, d'abord. Cette musique reste difficile, même dans ces sonates pourtant si chantantes. L'émotion y est presque toujours purement musicale. La musique n'y renvoie jamais directement à des affects extra-musicaux, comme plus tard dans la Fantaisie opus 17 de Schumann ou dans la Symphonie fantastique de Berlioz.

Sonate n° 5, en fa mineur "Le Printemps" opus 24.  J'ai encore un peu dans l'oreille les amoncellements de fleurs blanches de la version Perlman / Ashkenazy. Ce soir, outre la perfection technique, bien sûr, beaucoup d'énergie, beaucoup d'allant, beaucoup d'engagement dans le jeu des interprètes, dont la gestuelle, en revanche, est des plus sobres. C'est tant mieux. Tout pour la musique, rien que la musique.

Entr'acte. Je bavarde avec ma voisine de droite, dame d'un certain âge, avec de beaux restes.

- Prépuçon , me dit-elle, il est avec Ferrari.

- Capuçon ? ...

- Capuchon, c'est ça. Il est avec Ferrari.

Je ne savais pas que Renaud Capuçon avait des moeurs. Il vivrait donc avec l'héritier des autos... A moins qu'il ne soit sponsorisé par la firme de Modène. J'ai quand même un fort doute. Heureusement, la mémoire me revient à temps. Bon Dieu, mais c'est bien sûr :

- Avec Lolo Ferrari, la strip-teaseuse ?

- Non, avec Laurence Ferrari, de TF1.

Ah bon. Faudrait tout de même que je me décide à regarder d'autres chaînes qu' Arte.

Je m'abstiens de lui dire que Renaud Prépuçon a trouvé un partenaire idéal en Frank Branlette. Je ne suis pas sûr que ma voisine apprécierait. Je lui confie avoir écouté Renaud Capuçon, voici quelques années, dans la cathédrale de Brioude.

- Brioude-les-Bains ?

Euh... Je crois qu'elle confond avec Bride-les-Bains, mais j'acquiesce, car son corsage n'est pas dépourvu d'attraits. Elle me raconte qu'elle fait donner des leçons particulières de philo à sa fille qui prépare son bac. Elle a oublié le nom du professeur.

Retour des musiciens.

Sonate n° 7, en ut mineur opus 30 n° 2

Celle-là est plutôt moins connue. Je me laisse prendre par les savants effets d'échos et de reprises décalées entre le violon et le piano. Soudain, ma voisine se penche à mon oreille :

- Martinez.

- ???

- Martinez : c'est le nom du prof de philo de ma fille...

Je fais un "ah! " parfaitement silencieux.

- Vous le connaissez ?

Dénégation frénétique, toujours silencieuse.

Elle se renfonce dans son fauteuil , et ne tarde pas à s'endormir. Heureusement, elle ne ronfle pas.

Mouvement de danse populaire, le scherzo est déjà du Brahms tout pur, mais en plus distancié tout de même que chez Brahms.

Dans le miroir de bois noir du Steinway, je regarde les mains de Frank Braley courir sur le clavier. Les coups d'archer de Capuçon sont aussi limpides quand on les regarde que purs quand on les entend.

A la sortie, une dame derrière moi :

" J'ai trouvé ça un peu long, tout de même".

Pas assez de frénésie tzigane, peut-être...


Renaud Capuçon (violon ) et Frank Braley (piano)

Sonate pour violon et piano n° 8, en sol majeur opus 30 n° 3
Sonate n° 5en fa mineur "le Printemps" opus 24
Sonate n° 7 en ut mineur opus 30n° 2
en bis : adagio de la  Sonate n° 6

Par les mêmes interprètes : intégrale des sonates pour violon et piano de Beethoven  (Virgin Classics)


Rédigé par : Gérard )








2 commentaires:

Elena a dit…

Capuçon chez moi ça rime avec 0 émotion; pas de chair de poule, pas de frisson ; un son qui ne me dit rien. Ce n'est pas le seul critère, mais comme cette constatation ne m'a pas incitée à aller l'écouter j'en suis restée là.

Je vous proposerais bien une autre version, mais je ne sais pas si vous faites partie de ceux qui sont tellement allergiques aux instruments plus ou moins anciens que la seule évocation des interprétations "historiquement informées" et en l'occurrence la mention du violon de Ludwig leur donnent des convulsions, leur font venir la bave aux lèvres et les incitent à aller chercher un bazooka en hurlant "sal.perie de baroqueux il faut tous les tuer".
En musique la sommation "choisis ton camp, camarade" reste d'actualité apparemment.
Donc je glisse mon lien en levant bien haut le drapeau blanc et vous demande de ne pas tirer avant les sommations d'usage.
http://www.youtube.com/watch?v=KN-lqa1qrqE

Jambrun a dit…

@ elena
Non seulement je ne suis pas un anti-baroqueux mais au contraire un fan de Harnoncourt et Jordi Savall et autres depuis bien quarante ans ! ah les suites de Marin Marais par Savall (chez Astrée). Ah ! l'Ode à Sainte-Cécile, de Haendel, par Harnoncourt! Miam ! Pour l'essentiel, l'article consacré à "l'Incoronazione di Poppea" (taper le titre en italien) sur Wikipedia est de moi; vous pensez si j'en suis fier !