mardi 3 avril 2012

" Sur le rêve " , de Sigmund Freud


Sur le rêve (1901), se présente comme une introduction plus courte et plus facile aux travaux de Freud sur la question que l'Interprétation des rêves, ouvrage antérieur de deux ans (1899). Il est lui-même antérieur à des ouvrages aujourd'hui classiques comme la Psychopathologie de la vie quotidienne (1904), les Cinq leçons sur la psychanalyse (1909) et l' Introduction à la psychanalyse (1917).

Ce qui fait aujourd'hui l'intérêt et aussi la séduction de ce petit livre, c'est qu'il se présente comme un état d'une recherche non encore pleinement aboutie et même encore, sur certains points, embryonnaire (voir le chapitre sur la symbolique des rêves, où Freud reconnaît que tout, ici, ou presque, reste à faire). On est vraiment très loin des raidissements dogmatiques qui, après la mort du Maître, séviront dans les diverses « écoles » qui se réclameront de son oeuvre, pratiquant volontiers l'anathème envers leurs concurrentes. Freud ne cherche pas du tout à pontifier, mais à être clair pour mieux convaincre. Son livre donne l'image rafraîchissante d'un chercheur passionné, suffisamment avancé dans sa recherche pour être sûr de son fait sur nombre de points, mais nullement remparé à l'intérieur de certitudes bétonnées.

L'ouvrage propose des définitions claires de concepts essentiels que son travail de thérapeute a progressivement conduit Freud à élaborer : le travail du rêve, la condensation , le déplacement, le trio refoulement / relâchement de la censure / formation d'un compromis., la relation rêve / désir, etc.

Le chapitre VI, malheureusement très court, est particulièrement intéressant : Freud y décrit succinctement la manière dont les relations logiques (causalité, relation d'opposition/exclusion) sont rendues par un matériau expressif essentiellement visuel. Si le rêve est structuré comme un langage, ce langage, véhicule des pensées du rêve, obéit à des règles formelles bien particulières : une "grammaire" de ce langage peut-elle être décrite et jusqu'à quel point est-elle universelle ? Un des problèmes que le livre suggère sans vraiment l'aborder de front, c'est justement celui de l'universalité du langage du rêve, subordonné, comme toute production humaine, aux aléas de l'Histoire et à la diversité des cultures.

Ce qui convainc paradoxalement le moins aujourd'hui, ce sont les descriptions et les analyses de rêves proposés par Freud pour appuyer et illustrer sa théorie. D'abord parce que ce sont presque tous des rêves de Freud lui-même et qu'il n'est peut-être pas le mieux placé pour les analyser. Il reconnaît que, par décence et respect pour les personnes, il s'est interdit de tout dévoiler. Ensuite parce que la « clé » qui nous est proposée de chacun de ces rêves paraît, pour tout dire, un peu simplette, alors que l'ouvrage, insistant sur la complexité des rêves, suggérerait plutôt qu'invoquer une seule explication est passablement réducteur.

Excellente préface de Didier Anzieu


Sigmund Freud , Sur le rêve , traduction de Cornélius Heim, préface de Didier Anzieu (Folio /essais )

( Rédigé par : Toinou chérie )

FüssliLe Cauchemar


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