mardi 24 avril 2012

Une France nationale et socialiste ?

27,18 %  des voix : ce sera tout de même une consolation pour Nicolas Sarkozy, lorsque, battu par François Hollande et sur le point de se retirer de la vie politique, il pourra se dire que plus d'un quart de l'électorat lui aura tout de même renouvelé sa confiance au premier tour des présidentielles. Ce sera bien sa seule consolation avant le retour aux joies de la vie privée. On doute en effet qu'après la défaite, ses petits camarades lui fassent beaucoup de cadeaux. La tête de Juppé à l'annonce des résultats était assez éloquente.

Ont été éliminés, avec les scores qu'ils méritaient, les figurants de ce premier tour, dont Franz-Olivier Giesbert se moquait sans trop d 'élégance mais non sans raison : l'insignifiant Jacques Cheminade, Nathalie Arthaud, néo-pasionaria rescapée du stalinisme, Philippe Poutou, joyeux boute-en-train de l'anarcho-syndicalisme, Eva Joly, victime de ses défauts d'élocution (quand on cause dans le poste, faudrait se faire comprendre) et surtout des contradictions de l'électorat écolo, sinon de l'état-major d'Europe-écologie, où l'on semble tout de même avoir fini par comprendre, mais un peu tard, que l'avenir d'un parti écologique en France ne se conçoit qu'au sein d'une coalition de gauche.

Beaucoup plus intéressant est le  cas de Nicolas Dupont-Aignan, en dépit de son score modeste. Ce qui retient l'intérêt, outre son physique de jeune premier, c'est son parcours politique . Jeune premier mais vieux briscard : ancien élu du RPR, puis de l'UMP , aujourd'hui candidat "souverainiste", proche du FN. Sous-marin ou franc-tireur ? En  tout cas l'intermédiaire rêvé entre le FN et l'UMP. Il faudra surveiller son rôle de près dès le lendemain du second tour et dans la perspective des législatives : la passerelle Dupont-Aignan devrait être assez souvent empruntée au cours du mois de mai.

Bayrou ? Dans son rôle de prédilection : j'écouterai les deux candidats, puis je me déciderai, en mon âme et conscience. Comme s'il ne connaissait pas par coeur leur programme. Le coeur de Bayrou penche à droite, on le sait depuis longtemps, celui de nombre de ses associés à gauche : éternel dilemme du Centre; cela fera 50/50, comme d'habitude.

Le flop Mélenchon : ce n'est pas le vote utile qui l'a fait plonger, puisque Hollande est à peu près au niveau prévu par les sondages. C'est bien Marine Le Pen qui lui a pris des voix. Donc certains clients de la boutique Mélenchon sont aussi clients potentiels de la boutique Le Pen, Cela pourrait s'expliquer par la convergence de certaines positions : méfiance à l'égard de l'Europe, tendance à faire vibrer la fibre patriotique... L'irréalisme des positions économiques de Mélenchon a fait le reste. Au moins aura-t-il eu le mérite de ne pas se tromper d'adversaire : son  échec n'enlève rien à sa lucidité; il la souligne même cruellement.

Marine Le Pen triomphe. D'elle dépend le sort de Sarkozy. Elle le sait, savoure sa revanche, le papa aussi. "Il est mort", a-t-il commenté sobrement. Non seulement la stratégie néo-frontiste de notre nain de jardin très provisoirement national n'a pas payé, mais en plus il en est réduit à implorer de son bourreau un délai de grâce; encore faudrait-il que le bourreau y trouve son intérêt : ce n'est pas le cas.  Exit donc le petit Nicolas le soir du 6 mai.

Ses 17,90 % ont conféré à Marine une légitimité que papa n'avait jamais obtenue. On a entendu Maître Collard (futur ministre de la Justice ?) clamer haut et fort que, non, les militants du FN n'accepteraient plus de se faire traiter de fascistes, de racistes et d'antisémites car ils ne sont rien de tout cela. Par bonheur, François Brigneau est mort juste à temps. Quant à Bruno Gollnisch, on a dû lui conseiller de se faire oublier pour un temps. On s'évertue donc avec succès à débarrasser définitivement le FN du boulet qu'il traîna si longtemps et si injustement. Et puis le temps passe, l'oubli vient vite, tout change de pôle et d'épaule, comme disait Aragon.

Que faire de cette légitimité et de cette respectabilité toutes neuves ? Le meilleur usage :

1/  liquider Sarko : c'est comme si c'était fait.

2/  sur la base des quelque 360 circonscriptions dans lesquelles le FN serait en mesure de se maintenir (selon Marine), rallier un maximum de gens de droite déçus du sarkozysme et en pleine crise existentielle, afin d'esquisser cette grande force d'opposition à la gauche dont Marine a annoncé qu'elle comptait prendre la tête.

3/ dans la mesure du possible, cartonner aux législatives.

4/  dans la foulée de celles-ci, créer le nouveau grand parti de droite, qui succédera au Front National, et dont le nom reste à trouver : "Parti National Populaire" ? "Parti Populaire National" ? "Front National Populaire" ? "Front Populaire National" ? (!!!) . Cela suppose ( cela exige) l'explosion (ou l'implosion) de l'UMP, dernier avatar du gaullisme, à moins que Marine ne s'en revendique comme l'authentique héritière, ce qui n'aurait rien d'étonnant. Quelques vieux débris de la défunte UMP en seront réduits à former un parti-avorton, quelque chose comme les Indépendants-Paysans du XXIe siècle.

4/ faire élire triomphalement, en 2017, la première femme Présidente de la République : Marine Le Pen. Si elle a obtenu près de 19 % des voix à partir d'une quasi-absence de programme, on peut penser qu'avec celui que lui concocteront divers experts, elle sera en position de l'emporter dès le premier tour en 2017.

Quant à François Hollande, notre nouveau Président de la République à compter du 6 mai, il a intérêt à ne pas se louper, et ce dès les prochaines législatives : une cohabitation, ça s'est déjà vu ; mais une cohabitation Hollande / Marine Le Pen devrait faire reculer les bornes du pittoresque.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.

Additum  (25 avril 2012)  - Tout en chassant de façon éhontée l'électorat de Marine, Sarkozy exclut toute entente électorale avec le FN en vue des législatives. On dira que c'est tout à son honneur. Peut-être, mais  c'est surtout la seule tactique qui ne soit pas suicidaire pour lui et surtout pour son parti. S'il gagne, il espère qu'il n'aura plus besoin d'une alliance électorale avec le FN. S'il perd, c'est la seule façon de sauver, en partie du moins, l'UMP du naufrage et du reniement. Mais en faisant ce choix, il sait que, dès à présent, il peut faire une croix sur le renouvellement de son mandat. J'attends avec curiosité le discours de Marine le 1er mai : la consigne pourrait ne pas être l'abstention ni le vote blanc ; pas non plus un franc "votez Hollande",  faut pas rêver ;  un "votez contre Sarkozy", en revanche, serait fort plausible. Pauvre petit Nicolas : comme ce doit être dur... Pour un peu, je compatirais, tiens.

Additum (28 avril 2012)  - Lire sur Le Monde.fr, l'article de Caroline Fourest : L'Extrême droite décomplexée  (27 avril 2012)

( Rédigé par : Babal )


1 commentaire:

JC (plus royaliste que le Président) a dit…

Le drame, dans l'affaire, c'est l'accélération du temps ...le pays se défait si vite ! et rien ne va se passer de sérieux sous le règne du pharaon Synthès Ier.

Se taper 5 ans de Flamby/Aubry, c'est atroce comme perspective politique : demandez à Ségolène, qui fit certainement preuve de bravitude, pour les enfants, demandez aux socialistes du parti combien François fut un décideur dynamique ...

Les Français sont des royalistes républicains : dans 5 ans Bleue Marine sera Reine présidentielle.

J'en rêve pour une seule raison : Aaah ! le premier dîner de Marine à Buckingham avec la Queen Elizabeth II. Quel choc culturel...
(si, si, cinq ans de plus c'est rien pour la solide Elizabeth II)