mercredi 16 mai 2012

Au bon plaisir du lecteur


Je suis un acheteur de livres compulsif. Je suis un lecteur compulsif.

Je me souviens d'un collègue qui planifiait soigneusement ses lectures, selon un programme fortement potassé, comme dit Mauriac de Bernard Desqueyroux, un homme organisé. J'en ai toujours été incapable. Ma culture, évidemment, s'en ressent : elle est comme une vieille chaussée mal entretenue, avec des trous et des bosses. Heureusement, je suis un lecteur passionné, ce qui fait que je lis relativement très beaucoup,comme dit une amie, et que j'enfonce le clou quand je suis vraiment pris. D'où, sur mon chemin vicinal culturel, de très grosses bosses, à côté de très profonds trous. Mes habitudes de lecture par trop anarchiques nuisent à la solidité de ma Khulture.

Le problème du lecteur qui continue de s'intéresser à ce qui paraît, ce sont les nouveautés. Combien de fois me suis-je laisser tenter, sur la fois d'un  critique, par un roman dont la fraîcheur ne dépasserait pas la date de péremption d'une pizza ou d'un lot de yaourts : un Stéphane Audeguy, un Weyergans, un Sollers. Peu de profit, certes, mais j'y ai quand même trouvé l'occasion d'expulser un trop-plein d'adrénaline. Et puis, Montaigne m'a enseigné qu'une erreur d 'itinéraire vous enseigne au moins que ce qu'on espérait trouver ne se trouve pas à l'endroit indiqué.

Le désir des auteurs (voir leurs oeuvres mises au plus tôt à la disposition du public), celui des critiques (être les premiers à rendre compte de l’oeuvre nouvelle), celui des éditeurs et des libraires (engranger les bénéfices au plus vite) convergent pour vous inciter à des achats souvent décevants et inutiles. Heureusement, il y a encore des lecteurs qui aiment  prendre leur temps. Flâneurs indécis, abeilles paresseuses, ils glissent entre les rayons et les éventaires, soulevant d’un doigt distrait la jupe aguichante d’une couverture, pour passer à une autre, finissent (parfois) par faire l’emplette d’un livre qu’ils ne liront peut-être que beaucoup plus tard, le désir ayant été provisoirement calmé par cet achat compulsif.

Au milieu des entassements de livres (je ne peux même plus parler de bibliothèque dans une maison peu à peu colonisée, au grand dam de mon épouse, par le papier imprimé), plus d'un a été acheté voici des mois, voire des années, et attend toujours son heure, qui, pour certains risque de ne pas sonner avant celle où je plierai bagage pour aller chez Proserpine et Pluton lire la liste de mes fautes sur un parchemin plus long que celui desx conquêtes de Don Juan dans le film de Losey.

. Le record est détenu par l’ Indiana, de George Sand, achetée dans les années soixante à la FNAC de la rue de Rennes, et dont la couverture d’un goût médiocre, le papier épais, le format intermédiaire, m’ont jusqu’ici dissuadé d’entamer la lecture. Et je ne me sens toujours pas encore venir l'envie de lire Indiana. Peut-être que je n'ai pas du tout envie de lire Indiana. Peut-être que je ne l'ai jamais eue et que je ne l'aurai jamais.

 Je passe parfois en soupirant devant l’étagère où le dos empoussiéré d’Indiana tâche d’attirer mon regard, mais en vain. Christine Angot et Annie Ernaux ( Annie Ernaux ! cette emmerdeuse ! enfin, c'est comme ça...), eh bien, elles ont réussi ont réussi à doubler Sand dans la file d’attente de mon harem. Elles ne la valaient pas, certes, mais quoi : les inconséquences du lecteur sont coupables, mais incorrigibles.

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.

( Rédigé par : Gérard )



1 commentaire:

JC a dit…

Quand on a la passion des livres, on a pas besoin d'épouse, cornecul ! La passion des livres suffit ...

Pour les menus plaisirs, ils peuvent être sous-traités chez les courtisanes de salon (ou de trottoir, suivant la hauteur de votre rente).

Ayons confiance dans les petits métiers...