mardi 1 mai 2012

Fête du travail ou fête des travailleurs ?

Puisque j'en suis à la relecture de la Genèse, j'en profite pour rappeler que le travail y est décrit comme une punition et une malédiction consécutives à la désobéissance de nos premiers parents.

La malédiction du travail apparaît véritablement avec les premières sociétés post-néolithiques. On peut se dire que le récit mythique de la Genèse rend compte aussi de ce passage décisif qui, à la charnière du paléolithique supérieur et du néolithique, va bouleverser profondément la condition humaine. La division du travail relègue les travailleurs (paysans, artisans) en bas de l'échelle sociale : bellatores / oratores / laboratores. Le mot "laboureur" garde la trace de cette époque, si longue dans l'histoire de l'humanité.

Chez Rousseau,le travail est absent dans l'état de nature, véritable paradis terrestre. L'homme naturel n'y a que trois besoins : la nourriture,  une femelle, le repos. Comme j'aurais aimé connaître cet heureux temps, ... bien qu' une seule femelle...à la réflexion... Mais Rousseau devait vouloir dire : une femelle à la fois.

Voltaire, quant à lui, tente de fonder le travail en valeur : " Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin ",  écrit-il à la fin de Candide. Ce passage célèbre est évidemment un des extraits préférés des professeurs de lettres, ravis de faire prendre à leurs élèves des vessies pour des lanternes ; il est vrai qu'ils y ont intérêt. Personnellement, je n'ai jamais eu l'occasion de vérifier l'assertion voltairienne . Je ne me suis jamais ennuyé dans l'oisiveté ; le travail n'a jamais corrigé en rien ma nature si excessivement et si délicatement vicieuse ; je n'ai  jamais connu le besoin, ayant  confortablement vécu grâce  aux revenus de ma femme. Damned ! on dirait une  profession de foi de DSK ! va falloir que je me surveille.

Célébrer le travail est donc, de mon point de vue, absurde. Ce n'est pas le travail que je voudrais voir célébrer, c'est l'oisiveté. Le gendre de Marx, Paul Lafarge, s'y employa dans son Eloge de la paresse. Malheureusement, son argumentation reste très médiocre. Une occasion ratée.

Les premières fêtes du travail furent en réalité des fêtes contre le travail, des grèves et des manifestations pour la diminution de la durée de travail et des augmentations des salaires. Les actuelles et authentiques fêtes du travail, celles qui sont organisées par les travailleurs et leurs syndicats,  perpétuent les luttes des travailleurs pour la reconnaissance de leurs droits.

Cependant, l'expression "fête du travail" est  ambiguë : elle suggère aussi bien qu'on y voit un aspect de la lutte des travailleurs ou qu'on  y célèbre le travail en tant que valeur. Cette seconde acception a été utilisée par les régimes totalitaires et / ou conservateurs pour récupérer la fête du travail. L'exemple le plus connu chez nous est celui de l'instauration, en 1941,  d'une fête du travail, journée fériée, rémunérée, et fixée au 1er mai, par le régime de Pétain, dont la devise était "Travail, famille, patrie"

Le quotidien L'Humanité a parfaitement raison de dénoncer une dérive pétainiste dans les récentes déclarations et décisions de Nicolas Sarkozy. Prétendre célébrer une fête du "vrai" travail distincte de celle des syndicats dont on dénonce, par ailleurs, l'action néfaste, proclamer dans la foulée sa foi dans le travail et la famille, c'est en effet tenter de ranimer les cendres de l'idéologie pétainiste. En célébrant la valeur-travail, Sarkozy repousse les bornes de l'indécence politique, quand on se rappelle qu'un million de travailleurs ont perdu leur emploi pendant son quinquennat.

Célébrons donc la fête du travail comme celle des travailleurs en lutte.

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.

La Bible, la Genèse

VoltaireCandide

RousseauDiscours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes

Paul Lafarge, le Droit à la  paresse

( Rédigé par  : Angélique C. )



2 commentaires:

JC a dit…

L'Eloge de la Paresse est un tissu d'ânerie, c'est l'impression que j'en ai retiré, ça c'est sûr.

Le premier mai est une fête contre le Travail, idôle qui tue ...
Que les dirigeants, syndicaux ou gouvernementaux, en fassent ce qu'ils veulent : ce n'est que de la politique et cela n'a guère de sens...

JC (suite) a dit…

Il va de soi que l'oisiveté étant mère de tous les vices, l'infection jambrunienne s'explique par ce choix qu'il fit en lieu et place du sain travail.

Bien entendu, étant pour une démocratie sans aucun contre-pouvoir, je considère qu'il est scandaleux que les travailleurs luttent pour leurs droits, en oubliant dans le cocon syndical, leur devoirs envers les actionnaires. Le 1er mai est donc pour moi, une journée de travail perdue.

Un travailleur c'est pas fait pour lutter : c'est fait pour obeir, au patron !