dimanche 13 mai 2012

Couleuvres

Dans  un creux d''herbette printanière, une couleuvre. Grosse. Sa robe est faite de manchons successifs verts d'eau et blancs. Anaconda nain ? A mon approche, elle se dissimule, disparaît.

Curieux de nature comme je suis, je m'approche pour la voir. Alors elle déploie ses anneaux, dresse son col et, en un mouvement d'une séduction toute féminine, montre sa gorge blanche comme le pelage de Chaussette, la chatte de la voisine, puis me fait face, simili-cobra pas vraiment convaincu d'en être un. Elle me fixe d'un oeil noir de torero d'opérette.

Je luis fais " Boh !".  Sans insister, elle s'escamote dans l'herbe.

Serais-je zoophile ?

                                                                           *

Sur le chemin de soleil, un après-midi de mai, un couple de cyclistes anglo-saxons, en arrêt devant une énorme couleuvre de Montpellier, qui leur barre le passage, étendue de tout son long.

Je leur explique que la couleuvre est venimeuse mais que, vu la position de ses crochets, elle ne peut pas l'inoculer par morsure. Puis d'un petit bâton je convoie la belle personne vers le fossé tout proche où elle sombre dans l'herbe haute et  disparaît.

                                                                           *

Dans un coin du Poitou  que j'ai longtemps fréquenté, sur les bords de la belle Vienne, on appelle  ces bestiaux des an-yâts (othographe non garantie, ne pas faire sonner l'n ). J'en vis un (d'un peu loin malheureusement) d'une étincelante émeraude, dans un pierrier surchauffé de l'Estérel vers Roussivau, où je me perdais alors en compagnie de jolies jeunes filles, en tout bien tout honneur, pour des raisons impeccablement scientifiques. Son corps gros comme les deux poings apparaissait entre deux blocs, puis disparaissait, pour reparaître une quarantaine de centimètres plus loin, formant comme des arches. J'étais seul, hélas, et ne pus donc  rassurer un blond tendron en la prenant dans mes bras (le tendron, pas la couleuvre !).

                                                                           *

Au fur et à mesure que les lotissements de villas grignotaient l'immense pinède et que se multipliaient les voies goudronnées, chaque printemps les belles couleuvres de Montpellier se faisaient massacrer un peu plus nombreuses par les chauffeurs pressés. Personne n'aurait eu l'idée de ralentir, de s'arrêter, et de guider la bête jusqu'au bas-côté. Tas de sales barbares ignares.


La paix soit avec nous. Et avec nos rêves d'animaux.


Note -  (31/10/2015)

Dominique Lestel, l'auteur des Origines animales de la culture , déclare :

" Je ne suis pas intéressé par l'immortalité, je préfère développer des aptitudes à m'enchater, à m'enméduser, à m'empoissonner, à m'enfourmiller -- voire à m'enroser ou à m'arboriser. Je n'ai pas envie de devenir un surhomme qui calcule mieux, qui n'a pas de maladies ou qui est plus beau : je veux savoir ce que signifie vivre comme un poisson. Je veux me compromettre avec la multitude de formes de vie qui grouille de partout. Je veux m'intoxiquer métaboliquement avec les autres humains pour devenir plus humain encore. "

Ma femme a peur des petites bêtes. Tout-à-l'heure, armée de sa tapette à mouches, elle a exécuté un papillon de nuit posé sur le mur blanc. J'ai été lâche. Je l'ai laissée faire, ne protestant que mollement. Plus je vieillis, plus je me  sens de tendresse pour tous les animaux, même si je me sens plus d'aptitudes à m'enchater qu'à m'enfourmiller. C'est un peu tard pour moi pour me convertir au jaïnisme, mais le coeur  y est.

( rédigé par : Babal )

couleuvre de Montpellier



Aucun commentaire: