lundi 21 mai 2012

Savoir partager le poids du cercueil

Un médecin de mes amis est appelé au chevet d'une vieille femme mourante. Au parent qui l'a fait venir, il déclare qu'il est inutile de l'envoyer à l'hôpital : ou bien elle mourra pendant le transport ou bien, si elle y arrive, elle ne survivra que quelques heures.

Le parent se range à son avis. La vieille femme meurt au bout de quelques heures.

Le parent se retourne alors contre le médecin, lui  reprochant de ne pas avoir fait appeler le SAMU ; le médecin est mis en examen pour non-assistance à personne en danger ; le conseil de l'Ordre le suspend ; condamné en première instance, il fait appel.

A l'autre bout de la France,  à peu près au même moment, dans un hôpital, un médecin expédie des malades en fin de vie, sans en référer à quiconque, voulant leur épargner des souffrances inutiles. Mis en examen, il reçoit le soutien chaleureux de ses collègues.

Qu'ont en commun ces deux médecins ? le fait d'avoir agi seuls, en ne prenant conseil que de leur conscience.

Je me dis que mon ami a pris la décision qu'aurait prise, dans les années vingt du siècle dernier, tout médecin de campagne doté de bon sens. Mais on n'est plus aux années vingt du siècle dernier.

Ces deux médecins ont eu le tort, à mon avis, de ne pas avoir lu à temps ni médité cet aphorisme de Baltasar Gracian :

" Un médecin habile, s'il se trompe dans son diagnostic, ne se trompe pas en appelant en renfort, sous couleur de consultation, un autre médecin qui l'aide à supporter tout le poids du cercueil. "

Ils n'ont sans doute pas lu non plus cet autre qui, sous la plume d'un pieux Jésuite, dépasse vraiment les bornes :

" Connaître les fortunés pour s'en servir et les malheureux pour les fuir . Le malheur est d'ordinaire un effet de la sottise et il n'y a pas de maladie plus contagieuse. On ne doit jamais ouvrir la porte au moindre mal, car il en vient toujours d 'autres à la suite, et de plus grands encore n'attendent que leur tour. La plus grande adresse au jeu est de savoir s'écarter ; la plus faible carte de la partie en route vaut mieux que la plus forte de la précédente déroute. Dans le doute, le plus habile est de s'attacher aux pas des sages et des prudents car, tôt ou  tard, ils finissent par rencontrer le bonheur ".

Vous avez dit amour du prochain ?

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux maladifs.

( Rédigé par : Babal )

Docteur Tant-Pis et Docteur Tant-Mieux, par Grandville

1 commentaire:

JC a dit…

"Connaître les fortunés pour s'en servir et les malheureux pour les fuir."

L'amour du prochain ?
Certes !
(...mais il y a des prochains plus prochains que les autres ...)