mardi 29 mai 2012

Sport de losers

Le tennis est un sport de losers, a dit notre champion Gilles Simon.

Elémentaire, cher Watson. Vu qu'à la fin de la finale, il n'en restera qu'un ce sera celui-là, tous les autres auront perdu. Enfin, pas tous  et pas tout-à-fait tout, puisque de droite ou de gauche ils auront glané quelques pépètes consolatrices. Mais au strict plan sportif, ce seront des losers.

Et vu que la domination quasiment  sans partage du trio Djokovitch / Federer/  Nadal dure depuis des années déjà, ces trois-là auront beaucoup fait pour décourager les petits jeunes que démangeait une vocation de tennisman. Petits jeunes sans cervelle qui n'ont pas songé un instant que leurs chances de faire partie un jour du tiercé gagnant étaient d'une sur quelques centaines de milliers, au mieux. Miroir aux alouettes... n'empêche que la fascination reste intacte.

Il est vrai que le tennis n'est pas le seul sport de losers. Tous le sont, et au même degré. Les innombrables sans-grade du foot, du rugby, de la natation ou du badminton communient de la même façon dans le culte des vedettes de leur sport, dont les privilèges leur seront à jamais inaccessibles. A elles seules les coupes, la gloire, les pépètes et les petites pépées.

Le sport est à l'image de la société toute entière, pyramide à la base immense et au sommet minuscule. Tout en haut,  il n'y a toujours qu'un Zidane, qu'un César, qu'un Trimalcion. La foule se fait toujours plus dense à mesure qu'on en descend les degrés. C'est aussi ce que symbolise très bien le mont Sinaï de carton pâte des Dix Commandements : en bas les foultitudes populacières, en haut Moïse/Charlton Heston en communication avec le patron. Moïse n'a pas été élevé en Egypte pour rien. Ainsi cela dure depuis au moins les temps bibliques et l'on ne voit guère que cela puisse changer un jour.

Pour décourager de leur lubie les derniers rêveurs d'un communisme pur et dur qui abolirait les hiérarchies et raserait la pyramide, on conserve, un peu comme un zoo ou un musée des horreurs, une Corée du Nord sur laquelle règne, inamovible successeur de son inamovible père, un inaccessible Kim Jong Il., chef suprême et Guide génial.  Démonstration jusqu'à l'absurde de l'illusion communiste.

Ainsi, comme ses thuriféraires ne cessent de le souligner, la valeur éducative du sport est immense. Il prépare en effet ses pratiquants à se préparer à se fondre dans la foule des acteurs lambda, et à accepter comme allant de soi l'évidente supériorité du  vainqueur, dans quelque discipline que ce soit, du PDG, du Président, du Duce, du Plus génial cinéaste de tous les temps, du Plus Inspiré Prophète, du Mâle dominant de la meute, de l'Unique Gagnant du Gros Lot  etc. etc.. Acclamons  l'étincelant prestige  du Chef désigné par la compétition ou par le sort.

Mais l'essentiel n'est-il pas de participer, même si c'est généralement à titre d'obscur desservant de la grand' messe collective, qui vaut bien qu'on creuse un peu plus les déficits publics, comme on le reverra sous peu à Londres ?

Henri Laborit,   Eloge de la fuite

( Rédigé par : Jeanne la Pâle nue dans ses châles )


Avertissement du Comité de Rédaction : il est clair qu'avec un pseudo pareil, la signataire de ce post aurait été mieux inspirée de rester au lit, plutôt que d'émettre un avis fort peu autorisé sur des activités essentiellement viriles, ou tout au moins excluant la mollesse des mollets, et ce n'est pas Jeannie Longo qui nous démentira.








1 commentaire:

JC (sportif canapé) a dit…

Contre-sens de Laborit.
Le tyran s'occupe des autres, le sportif ne s'occupe que de soi.