samedi 30 juin 2012

": Arden de Faversham " : littérature et fait-divers


Cette affaire Le Couviour dont les gazettes ont récemment suivi le procès, quelle histoire répugnante, mais quel passionnant fait-divers. Ces deux clans qui se battent pour la possession de l'héritage, ces haines, et au bout un assassinat, voilà une trame digne d'un roman de Balzac. Du reste on sait que  romanciers et dramaturges n'ont cessé de faire leur miel de ce genre d'histoires : Une ténébreuse affaire, Le Rouge et le noir, Madame Bovary, et tant d'autres grands textes littéraires, ont pour point de départ un fait-divers.


Quel est le premier à avoir eu l'idée de développer une oeuvre romanesque ou dramatique à partir des données d'un fait-divers ? C'est probablement un dramaturge anglais de l'époque élisabéthaine, mais son nom reste inconnu. On a souvent pensé à Shakespeare, mais d'autres ont été envisagés -- Thomas Kyd, Christopher Marlowe.


Arden de Faversham a sans doute été joué pour la première fois un peu avant 1592, date de la première édition conservée. La pièce est inspirée d'un fait-divers : Arden de Faversham, un petit noble, homme d'affaires avisé, s'était encore enrichi par l'achat de biens monastiques. Il fut assassiné chez lui, en 1551, par sa femme, l'amant de celle-ci, et deux hommes de main enrôlés pour la circonstance. Les criminels furent rapidement confondus, avouèrent et furent exécutés, brûlés vifs ou pendus.


Ce drame domestique fit grand bruit et l'on s'en souvenait encore quarante ans après.


Arden de Faversham est sans doute le premier drame (le titre de la première édition désigne la pièce comme une tragédie )  à mettre en scène des gens ordinaires, petits nobles, gens du peuple ou malandrins, et non plus des grands de ce monde ou des personnages mythologiques, et, de plus des personnages ayant réellement existé quelques années seulement avant la rédaction du texte. Ce ne sont pas seulement des gens de son temps que le dramaturge met en scène, c'est aussi la société de son temps qu'il décrit. Depuis les Perses, d'Eschyle, Arden de Faversham est sans doute la première tragédie s'inspirant d'événements contemporains.


La peinture de ces personnages est nuancée. Arden de Faversham, le personnage principal, voue à sa femme un amour sincère, cause de sa faiblesse et de son aveuglement à son égard. Mais c'est aussi un homme âpre au gain , dur en affaires, et qui se soucie fort peu du sort des anciens fermiers des terres de l'abbaye rachetée par lui, et que son acquisition a privés de leurs ressources. Il n'a que du mépris pour l'amant de sa femme, un artisan, homme de peu. Alice, sa femme, et Mosby, l'amant de celle-ci, sont la proie d'une passion mutuelle qui les porte à écarter tous les obstacles pour vivre librement leur amour en profitant de la fortune du mari. Bien que violents et cyniques, ils ont des moments d'hésitation et de doute et ne sont pas inaccessibles aux remords. Seuls les deux hommes de main, Black Will et Shakebag (dont les noms contiennent peut-être une allusion satirique au nom de Shakespeare) sont des personnages parfaitement sinistres et comiques à la fois (plusieurs de leurs tentatives échouent lamentablement).


Mais la cause la plus profonde du drame, sur laquelle insiste le dramaturge, n'est pas la cupidité, la folie ou l'aveuglement des personnages. Cette cause profonde leur échappe et les dépasse. C'est la décision prise par Henry VIII en 1538 de vendre les biens des ordres monastiques dissous. C'est ainsi que les terres et une partie des bâtiments de l'abbaye bénédictine de Faversham deviennent la propriété d'Arden.


Cette décision royale eut de grandes conséquences. Elle engendra en tout cas des convoitises et des rancoeurs dont le drame de 1551 est le produit direct. Dans la pièce, le personnage de Greene est un fermier privé de sa terre qui poursuit Arden de sa haine. Il sera pendu pour complicité. Ainsi les passions des personnages apparaissent-elles partiellement comme le produit des mutations sociologiques de l'époque et des tensions entre groupes sociaux. De ces groupes sociaux, les principaux personnages sont clairement représentatifs. Arden incarne une petite noblesse âpre au gain, toujours prête à claironner ses titres, Greene est le représentant des fermiers privés de ressources, Mosby, c'est le self-made-man, l'artisan qui supporte mal l'arrogance des hobereaux tels qu'Arden. Plus tard, dans Eugénie Grandet, Balzac étudiera les effets sociaux de la vente des biens de la noblesse et du clergé : le père Grandet a construit sa fortune à partir d'une situation analogue à celle qui permet à Arden de s'enrichir davantage.


Arden de Faversham est peut-être aussi la première pièce policière : à l'approche du dénouement, les enquêteurs déchiffrent les traces laissées par les criminels pour les identifier.


A la fin de la pièce, le dramaturge s'abstient de tout jugement moral. Un  personnage, Franklin, l'ami d'Arden, précise sobrement le destin des protagonistes, avant de conclure ainsi :


" Pardonnez, messieurs, cette austère tragédie
Où l'on n'a pas glissé de pointe raffinée 
Qui la rende agréable à l'oreille ou à l'oeil ;
La vérité nue a bien assez d'attrait
Pour ne point demander d'artificieux effets. "


Depuis l'époque romantique, on a pris l'habitude, en France, d'appeler drames les pièces de Shakespeare, de Marlowe et de leurs contemporains, et de réserver le mot tragédie aux pièces de Racine de Corneille, de Voltaire et aux tragédies antiques. En réalité, dans la mesure où les pièces des dramaturges élisabéthains obéissent à une causalité tragique, ce sont bien d'authentiques tragédies.


Arden de Faversham, pièce d'une remarquable modernité, est régulièrement reprise en Grande Bretagne, mais beaucoup plus rarement en France. Il semble que la dernière mise en scène notable soit celle de Guy Retoré (1964). A vérifier...


Anonyme ,  Arden de Faversham  ( traduit,présenté et  annoté par Anny Crunelle-Vanrigh  in Théâtre élisabéthain, tome 1 , Bibliothèque de la Pléiade / Gallimard )

Un enregistrement de la pièce,dans une mise en scène de Marcel Bluwal, semble disponible sur le site de l'INA.fr


( Rédigé par :  Angélique Chanu )

Arden de Faversham, Pierre Mondy, Nicole Courcel, mise en scène de Marcel Bluwal




vendredi 29 juin 2012

La fin du latin



Cinq ans déjà. Cinq ans qu’il avait accompagné jusqu’à sa dernière demeure sa chère Marie-Jeanne. Cinq ans qu’il ne débouchait plus rituellement pour eux deux le carafon de whisky (Talisker) avant d’entamer la conversation du soir, en latin. Moment qui faisait naître dans leurs vieux coeurs à l’unisson une émotion sacrée ! Car ils en étaient les derniers locuteurs européens ! Oui de l’auguste langue, — de l’idiome d’Auguste — ils étaient, sur le vieux  – ô combien vieux -- continent, les ultimes jaspinateurs.

Non seulement les ultimes locuteurs, mais, hélas! les ultimes lecteurs, et les ultimes scripteurs. Quand ils ne se parlaient pas latin, ils se disaient leur vieil amour intact dans d'émouvants billets qu'ils se glissaient sous la porte (car ils faisaient chambre à part). Cela donnait, par exemple :

«  Carissime, noli oblivisci cras emere quattuor courgettas ad superettam « 

ou bien :

«  Vetus salopa, quid dicas de aliquo cunnilinguo post prandium ? « 

Marie-Jeanne avait été la spécialiste incontestée du pseudo-Properce, dont sa traduction avait fait sensation, peu avant l’invasion de la Pologne, dans le cercle (restreint) des connaisseurs du pseudo-Properce. Une des grandes tristesses d’une vie entièrement consacrée au pseudo-Properce avait été le refus des éditions « Les Belles Lettres », après l’incendie mémorable de leur entrepôt, -- catastrophe que d'aucuns n'hésitèrent pas à comparer à l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie -- de rééditer le pseudo-Properce dans sa traduction, au motif qu’aucun amateur du pseudo-Properce n’en avait acheté un exemplaire depuis 1941. Vu l'exquise sensibilité de Marie-Jeanne, cette ingratitude crasse ne fut pas pour peu dans le déclin de sa santé et dans la hâtaison de sa mort.

Lui-même avait commis, dans leurs années heureuses, un ouvrage salué en son temps par l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres,  Les petits pots de Mediolanum , ouvrage consacré à la description d'une céramique ornée d’une représentation du  » Combat d’Hector et ‘Hélène », partiellement décrite dans un fragment de quatre vers du pseudo-Virgile (Vaticanus 20012/B). Pour cet ouvrage, il avait reçu en 1972 le prix du Livre le plus Chiant de l'Année, des mains de Pascal Quignard, qui en fut le premier lauréat.


Bien avant leur prise de retraite, plus aucun étudiant ne fréquentait leurs cours et ils en étaient réduits, pour éviter d'être placardisés ou – pire – d'être reconvertis dans des tâches indignes ( Marie-Jeanne en technicienne de surface, il n'osait pas l'imaginer), de bidouiller des listes de présence fantômes et d'organiser des examens fictifs. Lui-même s'astreignait à rédiger des thèses de doctorat qu'il faisait soutenir par des SDF recrutés aux portes de la fac, sans grand risque d'être confondu, puisque, tous leurs collègues étant morts, démissionnaires ou partis à la retraite, Marie-Jeanne et lui restaient seuls habilités à juger des qualités de l'impétrant.

Mais maintenant, Marie-Jeanne disparue, il sentait  que la fin approchait. Il avait bien essayé de se consoler en entreprenant la traduction latine d'un recueil de vieilles chansons d'amour mélancoliques du domaine français, dont la première disait (dans sa traduction) :


"  Posquam mortua est uxor mea
    Non jam futuo
    Semen meum in culottinis meis ejaculor
    Id ad culum meum haeret    "


Métriquement parlant, ce n'était peut-être pas aussi accompli que du Tibulle, mais la sincérité y était.


Mais ce travail lui-même, il ne tarda pas à le laisser en plan. Il est vrai qu’on venait de lui diagnostiquer un Alzimémère irréversible qui, après lui avoir bouffé successivement ses souvenirs d’enfance et de jeunesse, sa période érotique (1937/1938) avec Marie-Jeanne et même leur voyage de 1942 à Vichy où ils avaient eu l’honneur d’être reçus par le Maréchal, lui rognait à présent, non seulement le pseudo-Virgile, mais même la Première Catilinaire, de Cicéron, qu’il connaissait par coeur. A vrai dire il n’était plus guère capable que d’en réciter le fameux « Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? » , mais alors, à satiété. Au point que son neurolo-gérontologue, qui ne lisait pas le latin, avait pourtant noté, à force de l’entendre, l’apostrophe célèbre, et prévenu la gouvernante : « Quand vous l’entendrez buter sur cette phrase, c’est que ce sera le commencement de la fin ».

Et effectivement, ça ne tarda pas à partir en quenouille. Le premier signe alarmant fut la transformation de « Catilina » en « Catalina », conspirateur d’avant J.-C. brutalement changé en hydravion de WW2, comme dans un vieux film des Marx Brothers.  » O Catalinetta bella tchi tchi ! », s’efforçait bien de lui faire chanter la gouvernante, mais il n’avait jamais été doué pour la musique.

Enfin ce fut la fin c’est pas trop tôt abrégeons.


Un soir qu’elle venait de l’installer sur sa chaise percée devant son potage aux supions (1), il entonna :  

» Quousque tandem a…a…a…

-- A vos souhaits, fit la gouvernante.

Mais « abutere » ne vint pas. Il était à bout. Il ne lui restait plus qu’à s’abîmer la face dans le potage, ce qu’il fit avec une certaine brusquerie, toute juvénile, ma foi.

Telle fut la vraie fin finale du latin en Occident.


Note 1 . - aux supions de collège, bien entendu.


 Pax sit nobiscum.Et cum animali spiritu nostro.

( Rédigé par :  John Brown )

Entre le buste du vieux Cicéron et le portrait de cette mulier superba, y avait pas photo


jeudi 28 juin 2012

Sanhadja

Quel est l'effet le plus sûr d'un coup de pied dans la fourmilière ? Il est de pousser les fourmis agressées à se disséminer pour chercher refuge ailleurs : au lieu d'une fourmilière, on en a bientôt plusieurs.

Le coup de pied dans la fourmilière est une variante du coup de l'apprenti-sorcier. En politique, un apprenti-sorcier est, par exemple, un chef d'Etat imbécile, inculte et impulsif, prêt à succomber à la première provocation venue en y voyant une occasion de récolter facilement une réputation de grand chef guerrier, de gourou charismatique etc.

L'exemple-type de l'apprenti-sorcier des temps modernes, grand amateur de coups de pied dans la fourmilière, est évidemment l'inepte Georges W. Bush. Il y eut le coup de pied dans la fourmilière  de l'Irak, puis dans celle de l'Afghanistan.

Nicolas Sarkozy, grand admirateur du cow-boy texan, et à peu près aussi futé que lui, s'est à son tour risqué au coup de pied dans la fourmilière, en Libye. On en voit les résultats dans le pays même, en Egypte, en Syrie, et surtout au Mali.

Au Nord Mali, Touareg et islamistes, anciens mercenaires de Khadafi, se sont repliés,  après la chute de leur employeur, avec armes et bagages. Avec beaucoup d'armes. Ils ont commencé par tailler des croupières à l'armée gouvernementale, puis ont institué la loi islamique sur le territoire qu'ils contrôlent et proclamé un nouvel Etat , l'Azawad,  non encore reconnu par les instances internationales mais qui existe bel et bien.

Bah ! la belle affaire ! Tombouctou, Gao, trous du cul du monde, au fin fond de nulle part, cernés par le désert, pas grand chose à craindre.

Notons toutefois que l'Azawad est grand comme deux fois la France, que rechercher des groupes de combattants sur ces terres presque entièrement désertiques s'apparente à la bien connue recherche de l'aiguille dans un bac à sable, et que le territoire est tout de même peuplé d'environ 1 million 300 000 habitants : combien d'hommes (et de femmes) susceptibles de porter les armes ? Et puis, les renforts peuvent arriver. Les candidats au djihad ne manquent pas dans les environs.

Or, apparemment, les deux principales vocations et occupations des ressortissants de l'Azawad semblent être de porter la bonne parole islamique et de porter les armes, les deux se prêtant secours l'une à l'autre. Ce sont, par les temps qui courent, deux marchandises qui s'exportent facilement.

L'Azawad, ce n'est peut-être que du sable (en attendant d 'y trouver du pétrole, du gaz, de l'uranium etc. ) mais, stratégiquement, c'est un espace aux petits oignons : ouvert sur la Libye, l'Algérie, la Mauritanie, l'Afrique de l'Ouest, le Niger  :  une vrai plaque tournante, un espace de war-game parmi les plus intéressants de la planète.

Les Touareg sont considérés comme les descendants les plus directs des Sanhadja, ces tribus berbères qui eurent leur heure de gloire entre le IXe siècle et le XIe siècle . Originaires du Nord-Ouest saharien ( l'Azawad),  ils se lancèrent, sous la bannière de l'Islam, à la conquête du Sénégal (qui leur doit son nom), de la Mauritanie, du Maroc, du Maghreb central et de l'Espagne. Ils fondèrent les dynasties ziride ( Ifriqiya - Tunisie et Tripolitaine), hammadide (Maghreb central) et almoravide ( Maghreb occidental  et Espagne).

Saluons nos modernes Sanhadja et souhaitons-leur bonne chance. Leur valeur ne mérite pas qu'ils s'épuisent à gratter le sol du désert. Au contact, young men, au contact !


Additum ( 1er juillet 2012) :  le niveau de mon information sur les événements de cette région lointaine ne dépassant pas celui de l'Occidentale lambda, il est temps d'apporter quelques correctifs à cet enthousiaste papier. C'est au tour des Touareg de se faire tailler des croupières par les groupes islamistes, qui contrôlent maintenant seuls Tombouctou et Gao. Mais les ambitions de ces derniers n'ont sans doute rien à envier à celles des anciens Sanhadja. N'ayant d'ailleurs proclamé l'indépendance de rien du tout, ils comptent bien réunifier le Mali sous leur autorité. Affaire à suivre. Au contact, young men, au contact !


( Rédigé par : Angélique Chanu )

Qui suis-je ? Touareg ou Islamiste ? ou les deux ?



mercredi 27 juin 2012

Ton cul est à toi : défendons notre droit à nous prostituer

On ne lit plus guère aujourd'hui  Victor Margueritte. C'est à un de ses livres Ton corps est à toi, piqué dans la bibliothèque secrète des parents (quelle époque antédiluvienne où l'on en était encore à cacher les livres de cul !) que je dois une partie de mon initiation à la sexualité.

J'ai à peu près tout oublié de Ton corps est à toi (1), sauf le titre, qui, depuis mes quatorze ans, continue de sonner pour moi comme un principe intangible. Mon corps est à moi, et à moi seule, et j'en fais exactement ce que je veux. J'en fais l'usage que je veux, j'en tire le plaisir que je peux, le profit que je peux, j'ai le droit de le martyriser comme je veux, de le dégrader comme je veux, de le mutiler comme je veux, de le détruire comme je veux ( le droit au suicide : droit imprescriptible de l'être humain).

En revanche, toute tentative étrangère de contrôle, d'utilisation,  de modification de mon corps est par principe illégitime, qu'elle soit parentale, étatique, religieuse. Et cela dès l'enfance : c'est pourquoi des pratiques traditionnelles ou religieuses comme l'excision ou la circoncision (2) sont par essence des pratiques abominables parce qu'elles sont des mutilations imposées à l'enfant par des adultes, au nom de leurs préjugés, de leurs croyances de crétins, de leur connerie crasse, avec la bénédiction et l'aide du groupe social. Autre saloperie : la conscription militaire, contre laquelle la désertion reste le moyen le plus efficace  et le plus honorable, surtout en temps de guerre.

Le projet d'interdire la prostitution de la ministre Najat Vallaud-Belkacem est un projet scélérat qu'il faut dénoncer et combattre comme une atteinte inacceptable à la liberté de l'individu.

Pourquoi donc le fait de vendre son corps, d'offrir, moyennant rémunération, des services sexuels, quand on est un adulte responsable et libre de le faire ou pas, serait-il moralement et socialement plus répréhensible que toutes les autres façons de vendre son corps et d'en offrir les services pour argent comptant ? Travailler dans un supermarché, dans une aciérie, dans un hôpital, n'est-ce pas, tout autant, vendre son corps pour les services qu'il peut rendre ? Est-ce que tout salarié ne vend pas son corps ?. Ainsi, le mot de prostitution pourrait-il  désigner, tout autant que le commerce du sexe, toutes les formes de l'activité salariée. Enseigner, c'est vendre son corps. Opérer un malade, c'est vendre son corps. Jouer la comédie, c'est vendre son corps. La prostitution sexuelle n'est qu'une des formes de l'universelle prostitution.

Une fois de plus, on se trompe de cible. Ce n'est pas la prostitution qu'il faut interdire et sanctionner, c'est le proxénétisme. Le fait de se prostituer librement, en toute connaissance de cause, et d'en garder les profits pour soi, n'a rien que de naturel et de légitime, et ne peut provoquer la fureur que des cagots de toutes obédiences. Le proxénétisme, en revanche, est une abomination car c'est tirer profit, par la tromperie et la violence le plus souvent,  du corps de l'autre ; c'est exploiter le corps de l'autre. Je milite, aux côtés de quelques amis sur ce blog,  pour le rétablissement de la peine de mort : les proxénètes méritent la mort et méritent toujours la mort, une mort infamante précédée de sévices (émasculation précédée de l'ablation des oreilles, de la langue et du nez, éviscération etc.). J'aimerais rouler, avec ma petite auto, sur la tête d'un proxénète, jusqu'à ce que son crâne éclate ah !

Au lieu d'inquiéter les prostituées, l'Etat devrait les protéger, les soustraire à la domination des proxénètes, leur fournir des lieux de travail décents, les faire protéger par la police, et reconnaître enfin le plus vieux métier du monde comme une profession à part entière, dont la dignité et l'utilité sociale ne sont plus à démontrer.  "La prostitution joint l'utile à l'agréable" a écrit sur sa copie de philo un candidat au bac : on ne saurait mieux dire. Allons plus loin : la prostitution est une occupation nobel (3), compatible avec les aspirations et les sentiments les plus élevés.

Pourquoi ne pas créer, au sein d'un système éducatif résolument optionnel et tenant compte des réels besoins  sociaux, une option "prostitution" qui pourrait être proposée aux jeunes filles et jeunes gens intéressés dès quinze ans révolus (avec l'accord des parents, bien entendu ) ?. Pour laisser aux mentalités le temps d'évoluer, on pourrait, pendant quelques années au moins, s'en tenir à un enseignement purement théorique jusqu'à la majorité. L'option "prostitution" pourrait être proposée au bac et ouvrir à un master, une agrégation, un doctorat. La prostitution étant une activité éminemment artistique, on pourrait créer un Conservatoire ; des festivals pourraient avoir lieu à Paris et en province ; ce serait aussi l'occasion pour les chaînes de télé de dépoussiérer leurs sempiternels reality-shows.

Je suis moi-même une  ancienne prostituée. Initiée dès l'âge de quinze ans par un frère aîné particulièrement expert, puis formée par lui aux jeux de l'amour les plus sophistiqués durant une série de stages qu'il avait ouverts aussi à mes cousines et à mes amies, j'embrassai la profession de prostituée à ma majorité. Je me constituai peu à peu une clientèle triée sur le volet. J'ai toujours su gérer au mieux mon carnet de relations et n'ai jamais travaillé sur le trottoir (pour qui me prend-on?), encore moins par internet (je suis de la vieille école). J'ai tiré de ma profession, que j'ai toujours exercée comme un art, des profits substantiels et des plaisirs sans nombre jusqu'à l'âge de cinquante ans. Ayant su faire fructifier mes petites économies, les moyens financiers de la retraitée épanouie que je suis n'ont rien à voir avec ceux de l'ex-caissière de supermarché que j'aurais pu être. J'ai revendu ma petite entreprise  fort prospère à trois amies dont les affaires marchent du tonnerre (4) : un exemple pour tous nos patrons de PME.

Je continue d'ailleurs d'exercer, mais pour le plaisir , à l'intention de quelques vieux ou moins vieux clients et amis ; cela m'assure mon argent de poche du mois ( le triple environ du salaire d'un agrégé en fin de carrière). Inutile d'ajouter que je n'ai jamais payé un centime d'impôts. D'ailleurs mes comptes sont en Suisse, à Vevey, où je vis, vue imprenable sur le lac.

Récemment, j'ai vigoureusement repoussé l'offre d'un vieux client et ami qui m'avait proposé le mariage. "N'ayez crainte, m'a-t-il dit, croyant me rassurer, je paierai tout comme avant ".  Le mariage ! fi, quelle horreur ! pourquoi pas pute en camionnette au bois de Vincennes ? En tout homme, décidément, même bien élevé, sommeille un proxénète qui ne s'ignore pas.

Je précise que, comme probablement la mère Najat Vallaud-Belkacem,  je suis de culture  arabo-musulmane (comme on dit),  mâtinée de judéo-christianisme, le tout bonifié par des apports bouddhistes et surtout taoïstes. J'ai préféré dès mon plus jeune âge la lecture de la Philosophie dans le boudoir à celle du Coran et pratique un athéisme souriant.  Soit dit en passant, juste pour faire éventuellement éclater de fureur quelques crasseux barbus.

Note 1 . - Je me rappelle tout de même une scène de partouze qui n'a pas dû compter pour peu dans l'éveil de ma vocation.

Note 2 . - Un tribunal allemand vient de condamner  la circoncision comme atteinte au droit d'un enfant à son intégrité physique : et pan dans le jardin de l'imam et du rabbin; ça les leur coupe, à ces enfoirés, spécialistes du racolage spirituel actif. Je fais une exception pour l'imam de Bordeaux, que j'aime bien, et pour le rabbin Sitruk, à la famille de qui je ne veux pas faire de peine.

Note 3 . - "une occupation nobel" : je voulais dire une occupation noble mais on s'en voudrait de corriger certaines fautes de frappe. Il faut créer un prix Nobel de la prostitution !

Note 4 . - A Grasse, à l'enseigne des Trois Grâces (inutile de chercher l'adresse exacte ni le site internet, il faut être au parfum).

Additum (2 semptembre 2012 ) . Sur le Monde.fr  (1er septembre 2012) Dominique Noguez publie une intéressante prise de position intitulée Repensons la prostitution . Ce qu'il y dit rejoint dans l'ensemble mon point de vue. Cependant il y écrit :

Soyons clairs : il est légitime, bien sûr, et même urgent, de lutter contre la traite des êtres humains, à visée sexuelle ou non. Et donc de lutter efficacement contre le proxénétisme. Mais on n'y parviendra pas en mélangeant tout, en érigeant des cas minoritaires en loi générale

Eriger des cas minoritaires en loi générale ? J'ai bien peur que Dominique Noguez ne considère comme "cas minoritaire" celui de la pauvre fille condamnée à l'abattage au bois de Vincennes ou dans un hôtel de passe de bas de gamme, alors qu'au contraire, c'est le cas très majoritaire. Cette prostitution-là, il faut l'interdire et faire une chasse impitoyable aux gangsters et aux mafias qui usent de la violence pour faire prospérer leur commerce de chair humaine. L'existence de cette racaille, qu'il faudrait coller au mur sans autre forme de procès, justifie à elle seule le rétablissement de la peine de mort.

 (Rédigé par : Linda )

mardi 26 juin 2012

La fin des jours les plus longs

La semaine qui va de la Saint Léonce à la Sainte Eléonore est la semaine du  solstice d'été. Les jours y sont étales : ils ne rallongent ni ne raccourcissent ; le mouvement inexorable qui nous reconduit au solstice d'hiver reprend à la Saint Anthelme, le 26 juin , c'est-à-dire aujourd'hui ; alors, petit à petit, les jours vont raccourcir d'une à deux minutes à chaque fois. Aujourd'hui commence la période de l'année que je préfère, elle s'affirme d'abord bien timidement, puis de façon toujours plus assurée. Ma joie augmente au fur et à mesure que la nuit reprend ses droits, et avec elle la fraîcheur, et puis, enfin, le froid, tant souhaité. Bientôt, à nouveau, les belles, longues et pures nuits d'hiver, à nouveau  l'incomparable scintillement d'Orion au zénith, à nouveau le mistral glacé, à nouveau le sang des couchers de soleil figé par les frimas. L'été morne et vulgaire, l'inepte été va succomber ; la noble royauté de l'hiver annonce déjà imperceptiblement son majestueux retour. La nuit  prépare ses enchantements.

" L'hiver, saison de l'art serein, l'hiver lucide ", a écrit Mallarmé. Lucide, lumineux. Serein, silencieux.

Enfant, retenu au lit par la maladie, je me suis laissé happer par la tendre lumière dorée d'un  matin d 'hiver, venue rôder trop près de la fenêtre, prise au piège de la glace, matière merveilleuse moirant la vitre, plus précieuse que l'ambre translucide. Quel souvenir vaut celui-là ? quelle expérience a plus de valeur que celle-là ? La plus délicate beauté m'a été donnée ce matin-là, et m'a pris le coeur.. Le reste compte peu. C'est pour ces moments-là que la vie vaut d'être vécue. C'est cet amour-là qui dure. Vivre n'a d'autre intérêt que de permettre, en de trop rares instants hélas, la contemplation de la beauté.

J'ai marché sur la route enneigée. A l'horizon, les montagnes roses s'éteignaient, fondaient dans le bleu assombri où paraissaient les premiers astres, puis d'autres, puis d'autres encore ; Vénus brûlait au-dessus des bois ; dans les taillis, de lourds mouvements de bêtes aménageant leur couche nocturne. Je me fondais dans le silence et dans le noir; au loin, des villages s'allumaient.

Je te salue, Hiver qui viens. Je te salue, roi du monde et maître des splendeurs. Je vais vivre de ton attente.

( rédigé par : SgrA° )



lundi 25 juin 2012

Mais où Henry James avait-il donc les yeux ?

Sur son promontoire, Poitiers n'a pas bouleversé d'enthousiasme Henry James :

" Poitiers occupe une large superficie, et c'est une ville aussi tortueuse et désordonnée que vous pouvez l'imaginer; mais ces agréments ne s'accompagnent d'aucun trait marquant ni d'aucune richesse architecturale particulière. Bien que les maisons pittoresques ne soient pas nombreuses, il y a cependant deux ou trois curieuses vieilles églises. Notre-Dame-la Grande, sur la place du marché, est un petit édifice roman du XIIe siècle, doté d'une intéressante et vénérable façade. "

Suit une intéressante description de Notre-Dame-la-Grande, du baptistère Saint-Jean et de Sainte-Radegonde. Intéressante mais succincte. Il est vrai qu'apparemment, Henry James manquait de temps pour entrer dans le détail, sur cette colline du vieux Poitiers, où, sur quelques hectares, s'offrent au visiteur quelques pièces majeures d'un musée d'architecture religieuse en plein air assez exceptionnel.

La cathédrale Saint-Pierre, en revanche, à mi-chemin de Notre-Dame-la-Grande et de Sainte-Radegonde, déçoit notre voyageur. Il note l' "extraordinaire largeur de sa façade qui "toutefois, ne réussit pas à donner une noblesse à l'édifice, qui ressemble de l'intérieur, comme le note Murray, à une grande salle publique."

" Grande salle publique" -- que l'expression soit de Murray ou de James -- n'est pas mal trouvé, et nous rappelle qu'une église, à l'origine, n'est pas autre chose en effet qu'une salle publique, dont la fonction est de rassembler les fidèles pour la célébration du culte. Le mot "église" ( "ecclèsia" ) désigne d'ailleurs aussi bien l'assemblée des croyants que le lieu où ils se rassemblent.

" Il n' y a ici, ajoute James, aucun beau vitrail ancien pour diffuser une obscurité bienveillante ".

Il aurait pourtant dû remarquer celui qui orne la fenêtre axiale du chevet et qu'il est difficile de ne pas voir, vu son emplacement, ses dimensions remarquables, le chatoiement de ses couleurs et sa puissance expressive qui en font un exceptionnel représentant de l'art du vitrail dans l'Europe du XIIe siècle. Je ne suis entré qu'une fois dans la  cathédrale Saint-Pierre et j'ai été, comme James, impressionné par le volume et la luminosité de l'espace dans l'édifice, mais l'effet de ce vitrail extraordinaire,  qui domine l'autel, est d'une incomparable puissance : il vous force littéralement à lever les yeux et à le contempler. Le fait que le chevet de la cathédrale soit plat (disposition assez rare) a permis à l'artiste de donner à sa composition des dimensions et une complexité inusitées, qui lui confèrent tout son pouvoir de fascination.

Le centre en est occupé par une crucifixion dont le pathos m'évoque celui des Christs en croix sur bois de l'aire catalane à la même époque. Au bas du vitrail, une scène non moins saisissante : la crucifixion de Saint-Pierre, la tête en bas : la composition met en miroir le martyre du maître et celui du disciple.

James se contente souvent de noter des observations et des  impressions sommaires ; s'il est sensible à la beauté des vitraux de la cathédrale du Mans, qui comptent eux aussi parmi les plus beaux vitraux romans conservés en Europe, il ne se soucie pas de préciser sa description. Sans doute n'en a-t-il pas la possibilité, vu la hauteur à laquelle ils se trouvent. Il est vrai aussi que depuis l'époque de son voyage, la connaissance de l'art religieux médiéval en France et en Europe a beaucoup progressé. Je ne sais pas trop quand certains traits spécifiques de l'art roman en Poitou ont été repérés, sinon explicités, mais j'imagine que, du temps de James, on n'en était pas encore à ces subtilités, même si  l'importance d' édifices situés à l'écart des centres urbains, l'église de Saint-Savin-sur-Gartempe (sauvée par Mérimée) ou celle d'Aulnay , était reconnue. Jules Quicherat, le père de l'archéologie médiévale en France, disparaît en 1882, l'année du voyage de James. Les travaux de Henri Focillon ou d'Emile Mâle  viendront bien après cette date.  Après la Seconde Guerre mondiale, les monographies érudites accompagnées de remarquables photographies, publiées aux éditions Zodiaque, font encore figure, dans le domaine de la vulgarisation des connaissances sur le Roman, sur tout le territoire français, de travail de pionnier.

cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, vitrail du chevet




Henry JamesVoyage en France   ( Laffont)

Poitou roman , Yvonne Labande Maillefert  (éditions Zodiaque)

Saintonge romane, François Eygun  (éditions Zodiaque )

Haut-Poitou roman , Raymond Oursel  ( éditions Zodiaque )


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits vitreux.


(Rédigé par : Jambrun )

dimanche 24 juin 2012

De l'inconvénient de ne pas savoir chanter "La Marseillaise"

Certains membres de notre équipe de France de football ne savent toujours pas chanter La Marseillaise. Pendant que les fanfares locales exécutent (au propre et au figuré) notre hymne national, ils gardent obstinément leur clapet fermé. Ce syndrome, dit de "la Marseillaise occluse", frappe préférentiellement nos joueurs issus de peuples qui ont beaucoup souffert, à l'instar de notre vedette Karim Benzema. On peut le comprendre : traumatisés par le martyre de leurs parents, grands-parents et ancêtres, ils peinent toujours à balbutier paroles et musiques de l'unique tube de Rouget de Lisle. Perso, j'avoue avoir du mal à chanter les paroles fameuses qui disent : "Qu'un sang impur abreuve nos sillons poil au con", que je trouve passablement racistes. A propos, pourquoi ne pas suggérer à ces brillants sportifs d'ajouter "poil au con" à la fin, ça les aiderait peut-être.

Mais j'ai tort de faire la fine bouche, et ils ont tort eux aussi de refuser de la chanter in extenso, en ajoutant ou non un poil au con. C'est que la Marseillaise, chant viril par excellence, chant de guerre et de victoire, donne à qui la chante des couilles au cul et un moral de super-vainqueur. Comme produit dopant, on n'a jamais trouvé mieux depuis l'invention des amphétamines. Si Jacques Anquetil avait plus souvent chanté à pleins poumons la Marseillaise sur son vélo dans les cols, il se serait mieux oxygéné et ne serait pas mort d'un cancer. Moi-même, au temps de mes études, j'entonnais la Marseillaise en entrant dans les salles d'examen ; les appariteurs médusés n'osaient pas me virer car l'hymne national est universellement respecté.  D'où ma brillante réussite scolaire, de l'entrée en sixième à l'agrégation en passant par le BEPC et le bac, examens et concours que j'ai tous foirés, mais ce n'aura pas été faute d'avoir chanté (faux) l'hymne national pour me donner du coeur au ventre.

Pour en revenir au football, chanter en choeur La Marseillaise en début de match confère à l'équipe une cohésion et une gnaque qui risquerait de lui manquer autrement. On s'en est aperçu hier soir pendant le match Espagne-France : au long de quatre-vingt dix minutes interminables, nos artistes de la baballe se sont mollement échinés à courir après sans généralement parvenir à s'en emparer, et quant aux tirs au but, n'en parlons pas. Je me trompe peut-être, car je m'étais endormi devant mon poste un peu après le début de la seconde mi-temps. Je me suis réveillé juste à temps  pour assister à un tir au but réussi ! le gardien espagnol, habillé en jaune-canari, s'en allait ramasser le ballon au fond de ses filets. "Vive la France !" , me suis-je écrié. Je n'ai pas bien compris qu'on se retrouve menés 2 à zéro.

Et encore, j'ai eu de la chance. On ne se méfie pas assez des effets soporifiques des matches de l'équipe de France de football. Mon voisin, qui regardait le match depuis sa piscine, à cause de la chaleur, s'est endormi et s'est noyé. Sans s'en apercevoir, heureusement.

Paralysés par leur admiration pour leur prestigieux adversaire , les Bleus se sont contentés du rôle de sparring-partners, sans aucune envie réelle de faire mentir les pronostics en se défonçant pour une cause jugée d'avance perdue. L'énergie et l'envie de jouer de Ribéry et de Malouda n'ont pas suffi pour sauver l'honneur et faire rêver d'une autre équipe.

Sans doute ses supporters attendent-ils trop de l'équipe de France de football . En un peu plus d'un siècle d'existence, les périodes "sans" ont été bien plus longues que les périodes glorieuses. Entre l'équipe de Kopa et de Fontaine et celle de Platini, il y eut la longue disette des années soixante, avec une série de confrontations aussi ternes que ces deux dernières. Même longue parenthèse entre l'équipe de Platini et celle de Zidane. La fin de l'ère Zidane inaugure une époque miteuse qui dure depuis dix ans. Mais après tout, l'Espagne, aujourd'hui triomphante, a connu, elle aussi, de longues années obscures. Une équipe nationale qui tourne, dans un sport aussi soumis aux exigences du rendement financier et du vedettariat que le football, sport bien plus collectif qu' individuel mais où, paradoxalement, ce sont toujours quelques individualités qui tirent l'essentiel de la couverture à elles, c'est à chaque fois un petit miracle. Les vedettes de l'équipe de France sont des mercenaires jouant pour la plupart dans de grands clubs étrangers, et dont la priorité n'est pas l'équipe de France. Gagner le championnat d'Angleterre, d'Espagne,d'Italie ou d'Allemagne, qui sont aujourd'hui les grandes nations européennes du football, gagner la coupe d'Europe des clubs, c'est autrement plus rentable en matière de rendement financier et de notoriété que faire de la figuration peu intelligente dans l'équipe de France à l'Euro.

Mais enfin tout de même : ces jeunes gens devraient être persuadés que faire partie de l'équipe de France, c'est représenter la France. Selon Cohn-Bendit, on ne peut demander à un footballeur d'être un modèle national. Mais on ne le lui demande pas ! On ne lui demande pas non plus de fournir des preuves d'un patriotisme aussi hystériques qu'hypocrites. On ne lui demande même pas de donner le meilleur de son talent sportif. On attend de ces sportifs si bien payés et si adulés, simplement, un minimum de dignité et de décence, ce qui implique que, représentants et ambassadeurs de la France, c'est-à-dire de nous tous, ils ne se comportent pas comme des mercenaires cyniques aux caprices de divas. Et dans ce petit vademecum de décence devrait figurer, à mon avis, le devoir de connaître les paroles de notre hymne national et de le chanter.

Consolons-nous en nous disant que, dans le dernier carré de cet Euro 2012, ne figurent, non seulement que les quatre meilleurs équipes du moment, mais aussi quatre équipes authentiquement européennes, ethniquement et culturellement homogènes, dont les membres ne répugnent pas à chanter leur hymne national et qui, en plus, jouent bien au football. Je crois que je vais finir par m'abonner à Minute, moi.



La paix soit avec nous. Et avec nos esprits penauds.


Additum (30 juin 2012 ) : équipes ethniquement homogènes tu parles. L'auteur des deux buts italiens est un  superbe Noir d'origine ghanéenne. Qui me rendra la pureté ethnique d'antan ? Les Russes, peut-être ?

Additum 2 ( 2 juillet ) . - Qui me rendra la pureté ethnique d 'antan ? Mais les Espagnols, pardi  ! Et en plus, quel football, ma doué !

( Rédigé par : Baballe )

samedi 23 juin 2012

Henry James voyage en France

L'été et les vacances approchent, et quel guide plus charmant pourrait-on conseiller aux touristes que ce Voyage en France, par Henry James, que Robert Laffont a réédité dans sa collection Pavillons poche ?

James parcourut la France à l'automne de  1882, en commençant par la Touraine ; elle lui inspire une série de chapitres qui ouvrent  de la façon la plus  heureuse la relation d' un périple qui le mènera ensuite vers le Midi, d'où il reviendra par le Lyonnais et la Bourgogne.. C'est un voyageur prompt à la sympathie, à l'empathie, qui sait prendre son temps et qui sait voir, les choses et les gens, qui sait capter une ambiance, une atmosphère, et les restitue avec justesse, avec ce qu'il faut d'humour et d'ironie. Il a connu la Touraine à l'époque où ce qui restait de Plessis-lez-Tours, la résidence préférée de Louis XI, était ravalé au rang de cantonnement d'éboueurs,  où Blois, au contraire, rutilait sous les restaurations abusives, où Chambord était encore la résidence du comte de Chambord qui le 5 juillet 1871, invita le peuple français à répudier le drapeau tricolore et la République dans une proclamation que James apprécie en ces termes :

" Cette stupéfiante épître, qui invite virtuellement le peuple français à répudier, comme emblème national, l'immortel drapeau tricolore, bannière de la Révolution et de l'Empire, sous laquelle il  a gagné la gloire qu'il chérit entre toutes et qui est liée à la période la plus romantique, la plus héroïque, la plus épique, la plus réconfortante de son histoire, cet infortuné manifeste, donc, permet de prendre la mesure du sens politique de cet excellent Henri V."

Je me suis jeté sur le chapitre que James consacre à ma bonne ville du Mans. De la gare où il est descendu, il a saisi la particularité du site de la ville, implantée à l'origine sur la crête d'un coteau calcaire s'élevant doucement vers le Nord-Ouest, et qui dévale ensuite sur la vallée où la Sarthe a creusé son lit. Cette disposition géographique me semble assez typique des marges du Bassin Parisien. La ville moderne s'est progressivement étendue aux flancs de ce très vaste coteau, masquant peu à peu la géographie primitive. Quel magnifique spectacle devait offrir, au XIIIe siècle,  au voyageur qui l'abordait par le Sud,  la ville allongée sur sa crête, derrière ses remparts. Beauté, sinon abolie, du moins masquée depuis des siècles, et dont, moi qui ai vécu plusieurs années dans cette ville et croyais la connaître, je n'avais pas su trouver la clé. C'est James, l'étranger de passage, qui me la donne.

Dans la vieille ville, James s'est surtout attardé à la cathédrale Saint-Julien, dont il juge la façade "miteuse", ce qui est un jugement  hâtif ; il est vrai que, lorsqu'on la regarde de l'extérieur, de la petite place sur laquelle elle s'ouvre, on manque de recul pour bien en apprécier les proportions et l'intérêt. De l'autre côté de la place, James s'attarde à décrire une maison ancienne qui doit être la Maison canoniale Saint-Paul.

" Il y a, devant la cathédrale, une place assez tranquille et intéressante, qui comporte quelques bons "morceaux", notamment une tourelle à l'angle de l'une des tours d'une habitation au toit pentu, très belle, derrière des murs  bas qu'elle domine, avec une haute grille de fer. Cette maison a deux ou trois tours pointues, un gros toit noir incliné, et l'apparence générale d 'avoir vécu une histoire. Il y a des maisons qui sont des théâtres et des maisons qui ne sont que des maisons. Le problème de l'architecture civile aux Etats-Unis, c'est qu'elle n'est, Dieu merci, pas théâtrale ; et la chance d'une vieille construction comme la demeure aux tourelles du coteau du Mans est de n'être pas qu'une simple maison. C'est, pour ainsi dire, aussi une personne."  

En dehors de la cathédrale Saint-Julien et de quelques maisons anciennes, James ne décrit guère de curiosités touristiques au Mans. Même à l'époque où j'ai vécu au Mans, entre 1950 et 1964, les richesses de la ville ancienne n'étaient guère mises en valeur ni même visibles. Le quartier du Vieux Mans jouissait encore d'une réputation de quartier mal famé, voué à des activités douteuses, voire de coupe-gorge : dans les années trente encore, l'avenue Wilbur Wright, qui le coupe pour descendre à la Sarthe, y était le théâtre, à la nuit, de règlements de comptes au couteau entre apaches locaux, et les vénérables demeures médiévales abritaient des maisons closes. Ce fut un beau tollé dans la ville, le jour où un journaliste du Canard enchaîné, Georges de la Fouchardière, révéla, au début des années vingt, que ces maisons appartenaient presque toutes... à l'évêché, qui en percevait les loyers ! C'est ainsi que l'évêque du Mans, à l'époque Monseigneur Grente, fut présenté par les milieux anticléricaux comme le principal proxénète de la ville ! (voir les détails sur cette affaire burlesque dans l'article de Wikipedia consacré à ce prélat).

Georges Grente, proxénète malgré lui, fut élu à l'Académie Française en 1936, puis fait archevêque du Mans et enfin cardinal. Les anticléricaux  lui prêtaient, à tort ou à raison, des goûts de luxe qui lui valurent le surnom peu élégant de Pète-en-soie, par lequel mes parents, tragiquement dépourvus de  ferveur catholique, le désignaient en famille, quelle honte quand j'y pense.

Depuis l'esplanade des Jacobins, James admire la vue du chevet de la cathédrale, qu'il trouve "très jolie" . Il n'a cependant pas joui comme moi du privilège d'admirer de haut, par les fenêtres de la salle où je suivais mon cours d'histoire, au lycée Montesquieu (ancien collège de l'Oratoire),  la splendide volée d'arcs-boutants, une des plus belles de France, tandis que la pluie d'un matin d'automne toilettait doucement les ardoises des toitures. Qu'elle était tendre et douce  la pluie du matin sur les toits de ma ville.

Saint Julien, qui vécut au IVe siècle, fut le premier évêque du Mans. Comme de juste, un de mes fils s'appelle Julien. Quand il s'est agi de lui choisir un prénom, c'est plutôt à Julien Sorel que j'ai pensé. Ce n'est que bien plus tard que j'ai fait le rapprochement avec le saint protecteur de la ville de mon enfance. Un lointain signe de reconnaissance un peu narquois du gamin qui suivait le catéchisme ? Qui sait...

Depuis l'époque où James y est passé et où j'y ai vécu moi-même, un intelligent travail de restauration a mis en valeur un ensemble remarquable de ces maisons médiévales et Renaissance, et dégagé les ruines encore imposantes du rempart gallo-romain -- peut-être le mieux conservé de France -- qui domine la Sarthe.

Du Mans, Henry James écrit encore :

" Le Mans, si je ne m'abuse, a une sonorité féodale vigoureuse qui suggère quelque chose de sombre et de carré, une vision de vieux remparts et de grilles. Sans doute avais-je été indûment impressionné par le fait qu'Henri II, premier des Plantagenêts anglais, y était né. [...] Il existe parfois un plaisir à risquer une déception. J'assumai le mien, tel qu'il était, avec suffisamment de calme, alors qu'assis à la terrasse d'un café, sur la place du Marché, avant le dîner, je sirotais un "bitter-et-curaçao" (prétexte inestimable à une telle heure) pour me tenir compagnie. Je me souviens que, dans cette situation , je fus envahi par une impression qui à la fois incluait et excluait toutes les déceptions possibles. L'après-midi était chaude et tranquille ; l'air était admirablement doux. Les braves Manceaux, par petits groupes ou par deux, étaient assis à mes côtés ; mes oreilles étaient bercées par les douces sonorités de l'élocution française, par les syllabes détachées de cette langue parfaite. Il n'y avait rien de particulièrement destiné à charmer ; c'était un spectacle français normal. Cependant je ressentis un charme, une sorte de sympathie, le sentiment de la complétude de la vie en France et de la légèreté et de la vivacité de l'air ambiant, en même temps que le désir de formuler des jugements bienveillants, d'exprimer un intérêt positif. Je ne sais pas pourquoi cette humeur métaphysique m'a pris à ce moment et dans cet endroit-là. Mais cette demi-heure oisive devant le café, par cette douce soirée d'octobre remplie de sonorités humaines, est sans doute le souvenir le plus précis que j'emportai du Mans."

Ainsi, les sonorités du nom du Mans inspirent à James une remarque qui annonce celles que fera Proust sur les noms de lieux, comme Balbec, dans A la recherche du temps perdu. Quelques pages et cent kilomètres plus loin, c'est le nom d'Angers qui l'inspire à son tour :

" Angers la Noire", en bref, est une victime des améliorations modernes, indigne de son admirable nom -- nom qui, comme celui du Mans, a toujours été à mes yeux, hautement chargé de pittoresque. Il a particulièrement belle allure sur la page shakespearienne ( dans King John ) où nous l'imaginons prononcé (bien que la prononciation de l'époque n'ait sûrement pas été celle-là) avec un bon vieil accent insulaire ."

Même si le voyageur réserve une place de choix aux cathédrales, aux églises et aux châteaux, nobles témoins du passé, il n'est pas moins attentif aux moeurs et aux façons d'être des autochtones, comme on le voit dans ce passage sur la ville du Mans. James note à plusieurs reprises le rôle privilégié joué dans la société française par les femmes :

" Il n'y a d'ailleurs en France aucune branche de l'activité humaine où l'on ne risque pas de trouver une femme. De fait, les femmes ne sont pas prêtres, mais les prêtres sont, plus ou moins, femmes. On dira peut-être qu'on ne les trouve pas dans l'armée : quelle importance, l'armée, c'est elles. Elles sont redoutables. En France, il faut compter avec les femmes. "

 C'est ainsi que le récit de James circule avec bonheur entre passé et présent, entre réel et imaginaire aussi. Son livre, publié d'abord aux Etats-Unis, ne se proposait pas seulement d'initier ses compatriotes aux richesses touristiques de la France, mais aussi à une façon particulière de vivre au quotidien dans un pays souvent si beau que ça en est poignant, à un art de vivre raffiné, unique, en somme, ainsi qu'à la littérature française dont James est un connaisseur fin et passionné. Passer par Le Mans, c'est retrouver Scarron ; c'est mieux comprendre Scarron ; s'arrêter à Tours, ce n'est pas seulement visiter Saint-Gatien, c'est se remémorer, c'est mieux savourer les pages du Curé de Tours et du Lys dans la vallée. L'évocation de Clochegourde compense largement la déception de la visite aux ruines sordides du château de Louis XI.


Henry James,   Voyage en France , préface de Léon Edel, traduit par Philippe Blanchard ( Pavillons/poche,  Robert Laffont )

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits cénomans.


( Rédigé par :  Jambrun )

chevet de la cathédrale Saint-Julien du Mans




vendredi 22 juin 2012

60 000 enseignants de plus, pour quoi faire ?

Le pouvoir socialiste, conformément au programme de François Hollande, s'apprête à recruter 60 000 enseignants de plus. A quoi cela servira-t-il ?

1/  A plomber davantage et pour longtemps les finances publiques. Car ces enseignants seront aussi des fonctionnaires, qui bénéficieront du statut actuel de la fonction publique, notamment la sécurité de l'emploi à vie.

2/  A peu près à rien sur le plan pédagogique. Le mammouth éducatif qui est la spécialité de la France a fait la preuve de son inefficacité depuis fort longtemps. Y remédier ne passe pas par des effectifs supplémentaires ni par des apports financiers supplémentaires; Le mal est structurel. Tant qu'on n'aura pas changé en profondeur le fonctionnement du système, ses pesanteurs étoufferont tout réel progrès.

Reprenons :

1/  Il faut revoir en France le statut de la fonction publique. Rien n'oblige l'Etat à engager à vie ses fonctionnaires. Rien ne l'oblige à mettre en place pour eux un système de rémunération, d'avancement, de protection sociale, de retraite, qui diffère en quoi que ce soit des dispositions auxquelles  sont soumis les salariés du privé. L'Etat devrait être libre de négocier au cas par cas avec ses salariés leurs conditions d'embauche : CDD ou CDI. CDD de préférence en période de crise, comme à l'heure actuelle. Modalités de licenciement alignées sur le privé. Un fonctionnaire ne serait plus lié à vie avec ce seul employeur : l'Etat. La crainte permanente d'être virés pour insuffisance de résultats créerait un fort climat d'émulation. Une telle réforme, véritablement révolutionnaire en France, allégerait de façon spectaculaire le budget de l'Etat, tout en éliminant les tire-au-flanc et les incapables.

2/  Il faut travailler à une réforme en profondeur du système éducatif qui aboutirait, non à augmenter le nombre d'enseignants, donc de salariés de l'Etat, mais au contraire à une diminution spectaculaire de leurs effectifs, sans dommage pour l'efficacité du système, bien au contraire.

Depuis la création de la scolarité obligatoire, et sans doute depuis plus longtemps (la création napoléonienne des lycées),  la France utilise un système éducatif dérivé, au fond, de l'institution militaire : tous les élèves d'une classe d'âge dans une même classe ; les multiples CP, CE1, CM2, sixièmes, quatrièmes ou terminales, ne sont en réalité que des sous-ensembles d'une classe unique au plan national ; par exemple, il  existe en France une seule classe de première, divisée en de très nombreux segments, répartis en de nombreux établissements ; malgré de multiples assouplissements et accommodements locaux, on y enseigne selon un même programme, avec un même objectif : faire passer le plus grand nombre d 'élèves d'une même classe dans la classe supérieure.

L'inefficacité de ce système atteint le degré caricatural que l'on sait : pour l'enseignement des langues, la France occupe l'avant-dernier rang en Europe ; un très grand nombre d'enfants quittent l'enseignement primaire sans savoir ni lire ni écrire ni compter correctement ; à la fin de leurs études secondaires, les lycéens subissent un examen, le baccalauréat, parfaitement inutile, puisque presque la moitié des étudiants d'une classe d'âge quittent prématurément l'Université, faute d'avoir le niveau suffisant pour s'y maintenir et, sans doute, faute de réelle motivation.

Face à ce désastre, la gauche n'a proposé depuis des années que la solution des créations de postes. Emplâtre sur une jambe de bois. Mais ce "remède" a l'avantage de plaire aux syndicats et de remettre continuellement à plus tard l'examen sérieux du problème.

Qu'est-ce qui conditionne l'efficacité d'un enseignement, c'est-à-dire de la procédure de transmission d'un savoir, quel qu'il soit ? La compétence de l'enseignant, évidemment ; la mise à sa disposition de moyens adéquats (parmi lesquels, aujourd'hui, l'outil informatique) ; et, du côté de l'enseigné, les dispositions, certes, mais surtout la motivation, c'est-à-dire l'existence d'un besoin réellement ressenti, condition de la mobilisation de l'énergie dans l'apprentissage.

Qu'est-ce qu'on voit en France depuis des années, à tous les niveaux du système, de la maternelle à la terminale, ainsi qu'à l'Université? Une perpétuelle remise en question des procédures éducatives et des contenus pour "adapter" l'enseignement aux moyens de plus en plus réduits des enseignés. C'est systématiquement le nivellement par le bas, toujours plus bas. Seule une minorité de privilégiés échappe aux effets pervers de ce système pervers.

Or il ne sert à rien d'entasser dans la même classe une trentaine d'élèves démotivés, sinon à décourager la petite minorité d'élèves motivés; ni de ralentir les progrès d'une classe parce qu'il faut traîner un paquet de gens qui n'ont pas le niveau. Il est contre-productif de mettre ensemble dans la même classe des élèves d'un bon niveau mathématique mais qui se foutent du cours d'histoire ou d'espagnol.

Il existe un seul enseignement incontournable et dont l'efficacité conditionne celle de tous les autres enseignements : c'est l'enseignement du français. Tous les autres enseignements (les mathématiques comprises) devraient être optionnels.

Un élève qui progresse est un élève motivé, un élève qui sait pourquoi il suit tel enseignement, à quoi ça lui sert. Motivé, qu'est-ce que ça veut dire ? Pas forcément que l'élève ait le goût de la matière qu'il étudie. Avoir la peur au ventre, cela vous motive tout aussi bien. Se conformer à une tradition familiale, tout autant. En matière de motivation, tout fait ventre.

Dans  un système d'enseignement rénové, le mot d'ordre devrait donc être : dans un module d'enseignement X ou Y, on n'acceptera aucun élève qui n'aura pas le niveau requis et qui ne sera pas motivé. Ceux qui ne satisferont pas à ces deux critères seront priés d'aller voir ailleurs.

L'organisation traditionnelle par classe sera donc supprimée. On étudiera obligatoirement le français, en compagnie d' élèves d'un niveau très proche du sien, avec obligation de résultats, sinon, tout simplement, on ne sera pas pris ailleurs, ni en maths, ni en anglais, ni en histoire.

Toutes les autres matières seront optionnelles, mais les exigences de tous les modules seront les mêmes:   possession du niveau requis, motivation, obligation de résultats.

Un panel d'options (par exemple : français + dix options) sera fixé comme minimum obligatoire. On ne pourra être admis dans un module supérieur que si l'on a satisfait aux exigences du module précédent. Les redoublements ne seront pas admis. A la fin de leur scolarité (au niveau de l'actuelle terminale) les élèves qui auront atteint le niveau dans telle ou telle matière recevront un diplôme de fin d'études, discipline par discipline. La distinction entre lycées d'enseignement général / lycées techniques / lycées d'enseignement professionnel / centres d'apprentissage, sera supprimée. On pourra achever ses études secondaires avec, par exemple, en poche, les diplômes suivants :  un diplôme de philosophie, un diplôme de grec ancien, un diplôme de tourneur-fraiseur, un diplôme de maître-chiens , un diplôme de boulanger.

L'organisation de l'Université obéira aux mêmes principes.

Pas de redoublements. Pas plus de vingt élèves par module. Dix options obligatoires. Que faire des élèves abonnés à l'échec et qui n'obtiendront pas leurs diplômes ?

Des théoriciens de la pédagogie moderne, dont je ne suis pas, proposent de les fusiller. D'autres suggèrent qu'ils soient recyclés dans les mines de charbon, de fer, d'uranium (qu'on réouvrirait éventuellement) ou comme cobayes dans nos prochaines expérimentations nucléaires, ou encore comme fournisseurs d 'organes pour les hôpitaux. Certains extrémistes (dont je ne suis pas non plus, étant, malgré ma pâleur, une démocrate version Taubiresque) seraient même partisans de la vente par lots des plus rebelles aux études, en Afrique (dont beaucoup sont d'ailleurs originaires), aux Amériques ou aux Russes, pour y exercer les métiers d' esclaves ouvriers, d' auxiliaires sexuels ou d'enfants soldats. On se doute que je réprouve absolument cette façon indigne de renflouer les caisses de l'Etat. Je me demande même comment elle a pu germer dans des cervelles pourtant taubirinement éduquées et cadrées. J'ai même entendu parler d'une association pour la revente des immigrés. Quelle horreur vraiment. Preuve que l'hominisation peine à progresser.

Il n'empêche que la motivation ne passe pas nécessairement par le goût de l'étude ; la peur au ventre en tient lieu très efficacement. " Si tu ne réussis pas à l'école, on t'enverra au charbon " : menace efficace dans bien des cas, même si en Lorraine il arrivait qu'on réussisse à l'école et qu'on aille quand même au charbon.

L'ascenseur social de l'école obligatoire est en panne et les ascenseurs des puits de mine sont à la casse. Que faire de toute cette belle jeunesse dont les deux tiers (au moins) se moquent d'apprendre ce que leurs professeurs sont censés leur inculquer ? On voit, en tout cas, que le principe de l'enseignement obligatoire est obsolète. Il faut le supprimer. Seuls iront à l'école ceux qui le souhaiteront, ou que leurs parents souhaiteront y envoyer. Et encore, pas tous, car de substantiels droits d 'inscription, propres à décourager dès l'entrée les populations scolaires non souhaitées, seront exigés, aidant de surcroît à la résorption des déficits. Du même coup, le nombre d'enseignants baissera fortement. A vrai dire, l'idéal serait de fermer définitivement la plupart des écoles, collèges et lycées, qu'on pourrait reconvertir en HLM ou en résidences branchées, selon. Déjà, à la fin du XIXe siècle, Henry James, séjournant en France à l'époque de la rentrée scolaire, s'étonnait de voir la France encaserner rituellement sa jeunesse à la saison des poires. Aujourd'hui, à l'heure de la tablette numérique, de la visioconférence et de Youtube,  la formule qui consiste à enfermer face à face dans une pièce une trentaine de galopins et un adulte censé leur transmettre la bonne parole a manifestement fait son temps. C'est à domicile (ou à la rigueur au cybercafé du coin) que nos jeunes de 7 à 77 ans s'instruiront. Je ne perdrai pas mon temps à détailler les avantages d'une telle réforme : ils sont évidents pour tout le monde.

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits rectoraux.

(Rédigé par : Jeanne la Pâle nue dans ses châles )

Mammouth dégraissé


jeudi 21 juin 2012

Toute une histoire

J'étais nu dans la salle de bains, le pied gauche sur le rebord de la baignoire, attentif à bien ajuster mon bas noir de contention, quand soudain mon beau-frère, pénétrant à l'improviste dans mon intimité, me ceinture et m'impose une sodomie rapide mais ferme.

J'ai eu la révélation foudroyante, là, le pied sur le bord de la baignoire, que ma sexualité connaissait une mutation substantielle, décoiffante, décisive.

Dans l'heure, j'ai pris contact par  ymèle (est-ce le mot ?) avec les collaboratrices de Sophie Davant, l'animatrice de l'émission Toute une histoire.  Je pense que la mienne d'histoire devrait faire péter l'audimat de cette émission fort prisée des ménagères ayant posé leur panier (avec la permission de l'INSEE).

 Mon cas, il est vrai,  n'est pas courant : j'ai déjà 72 ans et Paul (c'est mon beau-frère) en a 81. Il m'a promis de me monter avec moi à Paris, pour l'occasion.

Je rêve depuis tout petit de passer à la télé et d'aller applaudir Jacqueline Maillan, de la Comédie Française, à la Comédie Française : je sens que le moment est  venu.

On ne vit qu'une fois.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits rectaux.

Un toucher rectal. Des touchers rectaux.


Note - On me permettra de recommander chaudement la lecture de Corydon, d'André Gide

( Rédigé par : Babal )

J'aime les animaux  mais là,  j'atteins mes limites





mercredi 20 juin 2012

Abdallah = Mohammed = Fethi = Fayçal ?= les autres ?

La presse donne des détails sur le parcours d'Abdallah Boumezaar, l'assassin des deux jeunes femmes gendarmes à Collobrières. Les ressemblances avec celui de Mohammed Merah, le tueur de Toulouse, sont nombreuses et troublantes : tous deux sont jeunes (vingt quatre ans pour le second, trente pour le premier), tous deux  sont nés de parents d'origine maghrébine ; tous deux ont grandi dans une cité "sensible" d'une ville du sud de la France ; tous deux ont vécu, à partir de l'adolescence, une dérive délinquante ( trafics, vols, actes de violence ) ; tous deux ont connu la prison, tous deux ont purgé des peines relativement légères, compte tenu de la gravité de leurs actes ; tous deux se sont comportés comme des terreurs domestiques, cassant tout dans l'appartement familial, battant leur mère, qui bien que leur victime, continue de prendre leur défense, au cours de crises de violence incontrôlables ; tous deux ont souffert de l'absence d'un père, reparti  pour l'Algérie voici des années pour l'un , mort récemment pour l'autre ; tous deux ont commis des assassinats de sang-froid, véritables "exécutions" selon les témoins, dans un apparent mépris total de la vie. 

 Il y a des différences, certes : l'endoctrinement salafiste joue un rôle déterminant chez l'un,  chez l'autre c'est, semble-t-il, l'alcoolisme. Pourtant ce faisceau de similitudes interpelle.

Les criminologues n'ont pas attendu ces récents drames pour étudier l'influence des conditions sociologiques et psychosociologiques sur les formes de la délinquance et de la criminalité. Dans le cas d'Abdallah et de Mohammed, cette influence semble flagrante, presque caricaturale. Le syndrome de la désespérance du jeune Français d'origine algérienne : Khaled, puis Mohammed, puis Abdallah, et maintenant un certain Fethi... Islamistes approximatifs, authentiques paumés.

La cité Berthe de la Seyne-sur mer, où Abdallah Boumeazzar a vécu sa jeunesse et où sa mère vit toujours, fait partie des cités les plus sensibles de France et elle a, dans la région, la réputation d'être un ghetto, en même temps qu'un foyer de délinquance et de violence urbaine. Pourtant, ouverte sur le reste de la ville, située à deux pas du littoral et des plages, dans une des zones les plus actives, les plus vivantes de la côte méditerranéenne, elle est certainement plus vivable que bien des cités analogues de la région parisienne. Eh bien, c'est effectivement un ghetto, parce que dans ces tours d'une vingtaine d'étages (on en a récemment détruit plusieurs), ceinturées par des voies rapides qui les isolent spatialement du reste de la ville, s'entasse une population que réunit l'origine ethnique et, surtout, la pauvreté; une population qui subit au quotidien, pendant des années, voire tout au long de la vie, et sur plusieurs générations, les effets négatifs du déracinement géographique et culturel, du confinement, du chômage (entre 40 et 50% de jeunes au chômage à la cité Berthe). On n'a pas fini de mesurer les effets destructeurs de la ségrégation sociale, quand celle-ci est renforcée par la ségrégation ethnique et par la pauvreté, et qu'elle s'exhibe de façon flagrante dans la géographie urbaine. On ne va pas à la cité Berthe si on n'y habite pas ; on ne la traverse pas ; on la contourne, on l'évite. La cité Berthe, c'est le repoussoir de la ville qui la cerne, c'est son négatif. Dépotoir social. Lieu de relégation.

Pas étonnant que les Varois aient l'occasion,  au quotidien, de relever des manifestations (verbales et autres) de racisme anti-maghrébin. Ces récents faits-divers ne risquent pas d'en faire baisser la fréquence. En tout cas,  ce ne sont pas eux qui contribueront à restaurer la réputation déjà depuis longtemps dégradée de la communauté maghrébine et musulmane dans une large partie de l'opinion française. Les récents avatars des "révolutions" dans les pays arabes n'y contribueront pas non plus. Pour beaucoup de nos compatriotes, la "culture" arabo-musulmane contemporaine, c'est le fanatisme religieux, le mépris des femmes, l'excision, des pratiques judiciaires et sociales d'un autre âge, la persistance de l'esclavage, la récurrence d'une violence barbare ; et pour les mêmes, un jeune d'origine maghrébine en France est censé s'adonner les trois-quarts du temps à ses péchés mignons : incivilités, trafics (de drogue au premier chef),  vols, viols (de préférence en réunion). Le tout assorti d'une arrogance haïssable et d'une hypocrisie insupportable, la pratique religieuse s'accommodant fort bien d'une conduite qui bafoue en permanence les préceptes de la religion qu'on prétend professer. Voilà l'image que les deux-tiers au moins de nos compatriotes ont des Maghrébins et de l'Islam. Prétendre qu'il n'en est pas ainsi, c'est verser dans l'illusion. Et bien entendu il se trouve toujours des imbéciles ou des malades pour arborer ce costume avec la conviction d'être de dignes représentants de la communauté.

Tout le monde sait pourtant, ou devrait savoir, que l'immense majorité de nos concitoyens d'origine maghrébine et de culture musulmane , jeunes et moins jeunes, sont des gens parfaitement honnêtes, intégrés, pacifiques, sociables, et qui, souvent, ont réussi un parcours remarquable; mais rien n'y fait : l'arbuste tordu continue de cacher la forêt. Que des ordures du plus bas étage comme ce Boumeazzar ou ce Merah passent pour représentatifs de la communauté maghrébine, voilà ce que celle-ci ne devrait pas supporter. On a tout de même entendu des membres de leur famille se désolidariser publiquement de leurs actes, c'est une bonne nouvelle.

 La population varoise (celle du moins qui se déplace pour aller voter) vote massivement à droite : UMP et Front National. Tous les élus aux législatives de 2012 sont de droite. On peut se demander pourquoi il en est ainsi dans une région où les citoyens pauvres (ouvriers, petits employés, chômeurs) sont certainement beaucoup plus nombreux que les riches et où la gauche fut historiquement puissante : les causes sont nombreuses. Le rejet plus ou moins ouvertement avoué des Maghrébins en fait partie.

Au plan national, la gauche possède aujourd'hui pratiquement la totalité du pouvoir politique, législatif en tête. Pour la première fois depuis de longues années, la crise aidant,  il lui est possible de montrer qu'une politique de gauche efficace ne passe pas nécessairement par la mobilisation massive des ressources financières, mais peut passer aussi par une série de mesures capables de faire évoluer la société en profondeur. Un de nos présidents de la République a montré que c'était possible : Valéry Giscard d'Estaing. La loi instituant la majorité à 18 ans et la loi Veil sur l'avortement et le contrôle des naissances ont changé en profondeur la société française, et dans le bon sens. La gauche a cinq ans pour changer la France : les difficultés économiques et financières de l'heure ne sont pas un obstacle, elles devraient au contraire l' inciter à mener, dans tous les domaines, une action de rénovation qui  -- entre autres effets -- empêchera qu'Abdallah et Mohammed ne fassent des émules, empêchera que la xénophobie et le racisme ne progressent en France, parce que cette rénovation sociale se fera dans le sens de la justice.

Mais sans aucun doute, cette rénovation n'est  pas l'affaire de la seule gauche au pouvoir : elle est celle de tous les citoyens, et la révolution que nous espérons est d'abord une révolution des esprits. De tous les esprits. A quand une nuit du 4 août de la décrispation générale ? Quand le mot de fraternité cessera-t-il d'être le parent pauvre de la devise républicaine ? Et s'il l'est, n'est-ce pas surtout le symptôme d'une certaine misère morale des citoyens de ce pays ? Français, encore un effort...

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits gauchos.


Additum 1 : J'attends avec curiosité le CV du preneur d 'otages de Toulouse. "Il a la rage et a peur du monde extérieur", a déclaré sa soeur. Conflit familial à répétition, avec violences, pour lui aussi...

Additum 2  : Depuis, il a fallu ajouter Fayçal, le tueur de Lille.

Il faut compter aussi avec les effets de mode : rien de plus tendance, chez les jeunes délinquants issus d'un peuple qui a beaucoup souffert que de finir sous les balles du GIGN ou du RAID après avoir joué un dernier air de kalachnikov à celles et ceux qui, tout de même, rappelons-le, sont leurs compatriotes. Eh bien ma foi, si le coeur leur en dit... Autant de places libérées en prison (voir notre récent billet : Plaidoyer pour la peine de mort ). Le contribuable que je suis ne regrette pas, en tout cas, d'avoir aidé à payer les munitions des policiers qui nous débarrassent de ces gens-là. Cela vaut tout de même mieux que quelques escadrons de la mort à la française qui se chargeraient de ramener à la raison des populations ciblées (c'est le cas de le dire). On imagine avec horreur un programme d 'actions d'éliminations individuelles ou collectives, méthodiquement préparées, avec  des agents infiltrés dans les administrations policières, judiciaires et pénitentiaires, avec des opérations de liquidation à la kalachnikov camouflées en règlements de comptes entre truands, auxquelles s'ajouteraient des éliminations plus discrètes en milieu carcéral ou hospitalier (empoisonnements, injections de bactéries, de virus, malencontreusement mortelles). Mieux vaut tout de même la légalité. Tant que les formes légales de répression de la criminalité conservent un degré décent d'efficacité.

Il arrive que le bas de gamme aspire à se prendre pour le haut de gamme, ne serait-ce que le temps d'une salve. Le bas de gamme ? On dira que j'ai encore des progrès à faire vers la fraternité citoyenne que j'appelle de mes voeux. Mais après tout, messieurs les immigrés,commencez les premiers. Au fond, je suis un peu comme Stendhal : j'aime bien les pauvres, mais à distance. Surtout qu' avec la crise, le pauvre ne s'arrange pas. Pourquoi des pauvres, d'ailleurs, dans une société ? A quoi servent-ils, sinon à gâcher l'harmonie du paysage social ? Assommons-les. Périodiquement. Car le pauvre, comme le lierre et le chiendent, repousse si l'on n'y veille, et tend à envahir, comme les cafards à Naples, les quartiers convenable. Halte à la pollution sociale.

 " Les hommes sont des êtres conditionnés parce que tout ce qu'ils rencontrent se change immédiatement en condition de leur existence. Le monde dans lequel s'écoule la vita activa consiste en objets produits par des activités humaines ; mais les objets, qui doivent leur existence aux hommes exclusivement, conditionnent de façon constante leurs créateurs. Outre les conditions dans lesquelles la vie est donnée à l'homme sur terre, et en partie sur leur base, les hommes créent constamment des conditions fabriquées qui leur sont propres et qui, malgré leur origine humaine et leur variabilité, ont la même force de conditionnement que les objets naturels. Tout ce qui touche la vie humaine, tout ce qui se maintient en relation avec elle, assume immédiatement le caractère de condition de l'existence humaine. C'est pourquoi les hommes, quoi qu'ils fassent, sont toujours des êtres conditionnés. "

Additum 3 (24/07/2012) - J'attends avec curiosité le profil des deux chauffards de la banlieue parisiennes qui, roulant à grande vitesse, sans permis, en état d'ivresse et sous cannabis, ont tué plusieurs personnes ces derniers jours.

 Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne   ( Gallimard / Quarto )

Cité Berthe, la Seyne-sur-Mer


(  Rédigé par : la grande Colette sur son pliant )                                                                                                                                                                                                      

mardi 19 juin 2012

Feydeau à l'hôpital

Une vieille amie, cardiaque, souffre d'un calcul biliaire qu'il urge d' évacuer. La clinique de *** où elle a été admise, l'adresse à un hôpital de Marseille spécialisé dans ce type d'opération. Là, les chirurgiens renoncent à l'opérer : trop risqué, vu l'état de son coeur.

Elle est alors mise en observation dans la clinique d'où elle venait. Pas pour longtemps. Un fringant chirurgien décide de tenter l'opération. Il ne sera pas dit qu'on se sera laissé impressionner par l'avis de ces arrogants Marseillais.

L'opération a donc lieu.

Le soir, au fils de notre amie, venu s'enquérir de l'état de sa mère, le chirurgien annonce :

-- L'opération a parfaitement réussi.

-- Ah, tant mieux. Comment va Maman ?

-- Votre maman ? ... elle est... elle est...

-- Eh bien quoi ? qu'est-ce qu'elle est ?

-- Elle est... elle est... morte.


Et alors ! Techniquement parlant, l'opération est une  réussite : le calcul a été extrait.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits chirurgicaux.


( Rédigé par :  Babal )

lundi 18 juin 2012

C'est bien fait !

Viva Valérie ! La reine du tweet a su miser sur le bon cheval.  C'était lui le plus fort, et un personnage d'Ionesco conseille : "Ne suivez que les plus forts". Valérie a beau être relativement néophyte en politique, son analyse de la situation était autrement plus pertinente que celle de la Madone des Deux-Sèvres. On peut penser aussi que, si Valérie s'est aventurée à adopter une position opposée à celle de son auguste chéri, c'est qu'au PS beaucoup partageaient son avis. Il y est d 'ailleurs déjà fortement question de réintégrer le "traître".

La Madone des Deux-Sèvres n'a pas eu de mots assez durs  - "déshonneur", "trahison" -- pour stigmatiser son vainqueur. Elle devrait pourtant se demander si sa défaite ne s'explique pas par la médiocrité de son sens politique; par son arrogance, par son  style personnel aussi, sa sécheresse, son absence d'humour, son côté glacé.

C'est bien beau d'être parachutée, encore faut-il que le parachute s'ouvre. Ce n'est pas parce que la Charente-Maritime et les Deux-Sèvres font partie de la région Poitou-Charentes que les particularismes locaux ne sont pas à prendre en considération. Olivier Falorni a été perçu par les électeurs comme quelqu'un  du pays, ce qu'il est. Pas elle.

Si je ne me trompe pas, Ségolène avait annoncé en 2006 qu'elle ne se présenterait pas aux législatives, parce qu'elle refusait le cumul des mandats, décision confirmée après la présidentielle de 2007. Le PS a donc présenté à sa place, dans sa circonscription, Delphine Batho, élue en 2007 et réélue en 2012. D'où le parachutage, Ségolène ne disposant plus dans son département de circonscription où elle aurait été élue sans problème. Sa défaite va lui permettre de continuer de ne pas cumuler les mandats : de quoi se plaint-elle ?

Qu'elle continue donc de s'occuper du Conseil Régional de Poitou-Charentes, où elle aura le plaisir de retrouver... Olivier Falorni, lui aussi Conseiller régional (1). On s'en réjouit pour elle.

Depuis son échec de 2007, la Pasionaria de Melle accumule les déconvenues : battue à l'élection du premier secrétaire du PS en 2008, ratatinée à la primaire de 2011, et maintenant aux législatives, c'est trop pour une faible femme. Sans compter ses déboires sentimentaux et le triomphe de sa rivale abhorrée. Viva Valérie, Première Concubine de France !

Une "faible femme" vraiment ? En réalité Ségolène est menée par une ambition dévorante, persuadée qu'elle est d'être promise à un destin national. Il suffit de l'entendre prononcer trois phrases pour être convaincu de la soif de pouvoir du personnage, de sa dureté impitoyable. Cette femme qui ne manque pas de séduction n'est pas aimée, ne le sera jamais, dépourvue qu'elle est de vrai charisme. Son orgueil et sa rage lui ont fait commettre ces dernières heures des fautes qui ne s'oublieront pas : avoir annoncé le résultat de sa circonscription dix minutes avant l'heure prescrite, comme si le sort électoral de Madame Royale méritait qu'on soit fixé sur lui avant celui de tous les autres; avoir accablé d'injures son adversaire, ne pas avoir salué sa victoire (dans un style qu'on n'a retrouvé que chez les seuls candidats du Front National ). Il était comique de l'entendre annoncer qu'elle ne souhaitait que se rendre utile, au poste que son parti choisirait pour elle : comme technicienne de surface, peut-être ?

 Il paraît que, jamais découragée, l'hypocrite Mater Dolorosa des Deux-Sèvres songerait à prendre la direction du PS : tiens donc ; on imagine déjà le flot des impétrants à cet honneur s'ouvrant sans résistance devant ce Moïse en jupons... A moins que notre guignol femelle ne cherche obscurément une nouvelle occasion de se ramasser une nouvelle volée de bois vert... de la part de Martine cette fois ? Souhaitons-le lui, car c'est la correction à laquelle elle aspire sans doute inconsciemment . Le moment sera peut-être alors venu pour elle de se reconvertir : je la verrais assez bien en vieille peau vantant les produits d'une marque de cosmétiques : achetez-moi parce que je le vaux bien.

Note 1. - aux dernières nouvelles, Olivier Falorni renonce à siéger au Conseil Régional. Il ne pratique pas le cumul des mandats, lui non plus. Vil imitateur !

La Paix soit avec nous. Et avec nos charentaises.

(rédigé par : Momus )

Vu le look d'enfer de Delphine, peu probable que Ségolène retrouve sa circonscription avant la retraite.