vendredi 22 juin 2012

60 000 enseignants de plus, pour quoi faire ?

Le pouvoir socialiste, conformément au programme de François Hollande, s'apprête à recruter 60 000 enseignants de plus. A quoi cela servira-t-il ?

1/  A plomber davantage et pour longtemps les finances publiques. Car ces enseignants seront aussi des fonctionnaires, qui bénéficieront du statut actuel de la fonction publique, notamment la sécurité de l'emploi à vie.

2/  A peu près à rien sur le plan pédagogique. Le mammouth éducatif qui est la spécialité de la France a fait la preuve de son inefficacité depuis fort longtemps. Y remédier ne passe pas par des effectifs supplémentaires ni par des apports financiers supplémentaires; Le mal est structurel. Tant qu'on n'aura pas changé en profondeur le fonctionnement du système, ses pesanteurs étoufferont tout réel progrès.

Reprenons :

1/  Il faut revoir en France le statut de la fonction publique. Rien n'oblige l'Etat à engager à vie ses fonctionnaires. Rien ne l'oblige à mettre en place pour eux un système de rémunération, d'avancement, de protection sociale, de retraite, qui diffère en quoi que ce soit des dispositions auxquelles  sont soumis les salariés du privé. L'Etat devrait être libre de négocier au cas par cas avec ses salariés leurs conditions d'embauche : CDD ou CDI. CDD de préférence en période de crise, comme à l'heure actuelle. Modalités de licenciement alignées sur le privé. Un fonctionnaire ne serait plus lié à vie avec ce seul employeur : l'Etat. La crainte permanente d'être virés pour insuffisance de résultats créerait un fort climat d'émulation. Une telle réforme, véritablement révolutionnaire en France, allégerait de façon spectaculaire le budget de l'Etat, tout en éliminant les tire-au-flanc et les incapables.

2/  Il faut travailler à une réforme en profondeur du système éducatif qui aboutirait, non à augmenter le nombre d'enseignants, donc de salariés de l'Etat, mais au contraire à une diminution spectaculaire de leurs effectifs, sans dommage pour l'efficacité du système, bien au contraire.

Depuis la création de la scolarité obligatoire, et sans doute depuis plus longtemps (la création napoléonienne des lycées),  la France utilise un système éducatif dérivé, au fond, de l'institution militaire : tous les élèves d'une classe d'âge dans une même classe ; les multiples CP, CE1, CM2, sixièmes, quatrièmes ou terminales, ne sont en réalité que des sous-ensembles d'une classe unique au plan national ; par exemple, il  existe en France une seule classe de première, divisée en de très nombreux segments, répartis en de nombreux établissements ; malgré de multiples assouplissements et accommodements locaux, on y enseigne selon un même programme, avec un même objectif : faire passer le plus grand nombre d 'élèves d'une même classe dans la classe supérieure.

L'inefficacité de ce système atteint le degré caricatural que l'on sait : pour l'enseignement des langues, la France occupe l'avant-dernier rang en Europe ; un très grand nombre d'enfants quittent l'enseignement primaire sans savoir ni lire ni écrire ni compter correctement ; à la fin de leurs études secondaires, les lycéens subissent un examen, le baccalauréat, parfaitement inutile, puisque presque la moitié des étudiants d'une classe d'âge quittent prématurément l'Université, faute d'avoir le niveau suffisant pour s'y maintenir et, sans doute, faute de réelle motivation.

Face à ce désastre, la gauche n'a proposé depuis des années que la solution des créations de postes. Emplâtre sur une jambe de bois. Mais ce "remède" a l'avantage de plaire aux syndicats et de remettre continuellement à plus tard l'examen sérieux du problème.

Qu'est-ce qui conditionne l'efficacité d'un enseignement, c'est-à-dire de la procédure de transmission d'un savoir, quel qu'il soit ? La compétence de l'enseignant, évidemment ; la mise à sa disposition de moyens adéquats (parmi lesquels, aujourd'hui, l'outil informatique) ; et, du côté de l'enseigné, les dispositions, certes, mais surtout la motivation, c'est-à-dire l'existence d'un besoin réellement ressenti, condition de la mobilisation de l'énergie dans l'apprentissage.

Qu'est-ce qu'on voit en France depuis des années, à tous les niveaux du système, de la maternelle à la terminale, ainsi qu'à l'Université? Une perpétuelle remise en question des procédures éducatives et des contenus pour "adapter" l'enseignement aux moyens de plus en plus réduits des enseignés. C'est systématiquement le nivellement par le bas, toujours plus bas. Seule une minorité de privilégiés échappe aux effets pervers de ce système pervers.

Or il ne sert à rien d'entasser dans la même classe une trentaine d'élèves démotivés, sinon à décourager la petite minorité d'élèves motivés; ni de ralentir les progrès d'une classe parce qu'il faut traîner un paquet de gens qui n'ont pas le niveau. Il est contre-productif de mettre ensemble dans la même classe des élèves d'un bon niveau mathématique mais qui se foutent du cours d'histoire ou d'espagnol.

Il existe un seul enseignement incontournable et dont l'efficacité conditionne celle de tous les autres enseignements : c'est l'enseignement du français. Tous les autres enseignements (les mathématiques comprises) devraient être optionnels.

Un élève qui progresse est un élève motivé, un élève qui sait pourquoi il suit tel enseignement, à quoi ça lui sert. Motivé, qu'est-ce que ça veut dire ? Pas forcément que l'élève ait le goût de la matière qu'il étudie. Avoir la peur au ventre, cela vous motive tout aussi bien. Se conformer à une tradition familiale, tout autant. En matière de motivation, tout fait ventre.

Dans  un système d'enseignement rénové, le mot d'ordre devrait donc être : dans un module d'enseignement X ou Y, on n'acceptera aucun élève qui n'aura pas le niveau requis et qui ne sera pas motivé. Ceux qui ne satisferont pas à ces deux critères seront priés d'aller voir ailleurs.

L'organisation traditionnelle par classe sera donc supprimée. On étudiera obligatoirement le français, en compagnie d' élèves d'un niveau très proche du sien, avec obligation de résultats, sinon, tout simplement, on ne sera pas pris ailleurs, ni en maths, ni en anglais, ni en histoire.

Toutes les autres matières seront optionnelles, mais les exigences de tous les modules seront les mêmes:   possession du niveau requis, motivation, obligation de résultats.

Un panel d'options (par exemple : français + dix options) sera fixé comme minimum obligatoire. On ne pourra être admis dans un module supérieur que si l'on a satisfait aux exigences du module précédent. Les redoublements ne seront pas admis. A la fin de leur scolarité (au niveau de l'actuelle terminale) les élèves qui auront atteint le niveau dans telle ou telle matière recevront un diplôme de fin d'études, discipline par discipline. La distinction entre lycées d'enseignement général / lycées techniques / lycées d'enseignement professionnel / centres d'apprentissage, sera supprimée. On pourra achever ses études secondaires avec, par exemple, en poche, les diplômes suivants :  un diplôme de philosophie, un diplôme de grec ancien, un diplôme de tourneur-fraiseur, un diplôme de maître-chiens , un diplôme de boulanger.

L'organisation de l'Université obéira aux mêmes principes.

Pas de redoublements. Pas plus de vingt élèves par module. Dix options obligatoires. Que faire des élèves abonnés à l'échec et qui n'obtiendront pas leurs diplômes ?

Des théoriciens de la pédagogie moderne, dont je ne suis pas, proposent de les fusiller. D'autres suggèrent qu'ils soient recyclés dans les mines de charbon, de fer, d'uranium (qu'on réouvrirait éventuellement) ou comme cobayes dans nos prochaines expérimentations nucléaires, ou encore comme fournisseurs d 'organes pour les hôpitaux. Certains extrémistes (dont je ne suis pas non plus, étant, malgré ma pâleur, une démocrate version Taubiresque) seraient même partisans de la vente par lots des plus rebelles aux études, en Afrique (dont beaucoup sont d'ailleurs originaires), aux Amériques ou aux Russes, pour y exercer les métiers d' esclaves ouvriers, d' auxiliaires sexuels ou d'enfants soldats. On se doute que je réprouve absolument cette façon indigne de renflouer les caisses de l'Etat. Je me demande même comment elle a pu germer dans des cervelles pourtant taubirinement éduquées et cadrées. J'ai même entendu parler d'une association pour la revente des immigrés. Quelle horreur vraiment. Preuve que l'hominisation peine à progresser.

Il n'empêche que la motivation ne passe pas nécessairement par le goût de l'étude ; la peur au ventre en tient lieu très efficacement. " Si tu ne réussis pas à l'école, on t'enverra au charbon " : menace efficace dans bien des cas, même si en Lorraine il arrivait qu'on réussisse à l'école et qu'on aille quand même au charbon.

L'ascenseur social de l'école obligatoire est en panne et les ascenseurs des puits de mine sont à la casse. Que faire de toute cette belle jeunesse dont les deux tiers (au moins) se moquent d'apprendre ce que leurs professeurs sont censés leur inculquer ? On voit, en tout cas, que le principe de l'enseignement obligatoire est obsolète. Il faut le supprimer. Seuls iront à l'école ceux qui le souhaiteront, ou que leurs parents souhaiteront y envoyer. Et encore, pas tous, car de substantiels droits d 'inscription, propres à décourager dès l'entrée les populations scolaires non souhaitées, seront exigés, aidant de surcroît à la résorption des déficits. Du même coup, le nombre d'enseignants baissera fortement. A vrai dire, l'idéal serait de fermer définitivement la plupart des écoles, collèges et lycées, qu'on pourrait reconvertir en HLM ou en résidences branchées, selon. Déjà, à la fin du XIXe siècle, Henry James, séjournant en France à l'époque de la rentrée scolaire, s'étonnait de voir la France encaserner rituellement sa jeunesse à la saison des poires. Aujourd'hui, à l'heure de la tablette numérique, de la visioconférence et de Youtube,  la formule qui consiste à enfermer face à face dans une pièce une trentaine de galopins et un adulte censé leur transmettre la bonne parole a manifestement fait son temps. C'est à domicile (ou à la rigueur au cybercafé du coin) que nos jeunes de 7 à 77 ans s'instruiront. Je ne perdrai pas mon temps à détailler les avantages d'une telle réforme : ils sont évidents pour tout le monde.

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits rectoraux.

(Rédigé par : Jeanne la Pâle nue dans ses châles )

Mammouth dégraissé


2 commentaires:

JC (Dieu que ce mammouth éducationnel est monstrueux !) a dit…

Jeanne, vous n'auriez jamais dû regarder en face l'Education Nationale de notre cher (!) vieux (!) pays...
Avoir regardé le monstre dans les yeux, cela explique votre pâleur, eu égard aux problèmes posés à une peuplade qui n'aime pas se réformer, nos chers compatriotes !

JC(petit Swift) a dit…

Dites Jeanne, et si les enseignants (60.000) c'était pour démarrer un élevage d'enseignants en vue de les exporter ?
Un coup de l'avocat MonteBourge pour réindustrialiser le pays ?...
Dans le lot, il y a bien quelques mâles pour féconder les autres, non ? Un moyen élégant de résorber la dette en vendant les petits...
(comment ça ? IL N'Y A PAS DE DEMANDE ?!.....Mauvais esprit !)