mercredi 20 juin 2012

Abdallah = Mohammed = Fethi = Fayçal ?= les autres ?

La presse donne des détails sur le parcours d'Abdallah Boumezaar, l'assassin des deux jeunes femmes gendarmes à Collobrières. Les ressemblances avec celui de Mohammed Merah, le tueur de Toulouse, sont nombreuses et troublantes : tous deux sont jeunes (vingt quatre ans pour le second, trente pour le premier), tous deux  sont nés de parents d'origine maghrébine ; tous deux ont grandi dans une cité "sensible" d'une ville du sud de la France ; tous deux ont vécu, à partir de l'adolescence, une dérive délinquante ( trafics, vols, actes de violence ) ; tous deux ont connu la prison, tous deux ont purgé des peines relativement légères, compte tenu de la gravité de leurs actes ; tous deux se sont comportés comme des terreurs domestiques, cassant tout dans l'appartement familial, battant leur mère, qui bien que leur victime, continue de prendre leur défense, au cours de crises de violence incontrôlables ; tous deux ont souffert de l'absence d'un père, reparti  pour l'Algérie voici des années pour l'un , mort récemment pour l'autre ; tous deux ont commis des assassinats de sang-froid, véritables "exécutions" selon les témoins, dans un apparent mépris total de la vie. 

 Il y a des différences, certes : l'endoctrinement salafiste joue un rôle déterminant chez l'un,  chez l'autre c'est, semble-t-il, l'alcoolisme. Pourtant ce faisceau de similitudes interpelle.

Les criminologues n'ont pas attendu ces récents drames pour étudier l'influence des conditions sociologiques et psychosociologiques sur les formes de la délinquance et de la criminalité. Dans le cas d'Abdallah et de Mohammed, cette influence semble flagrante, presque caricaturale. Le syndrome de la désespérance du jeune Français d'origine algérienne : Khaled, puis Mohammed, puis Abdallah, et maintenant un certain Fethi... Islamistes approximatifs, authentiques paumés.

La cité Berthe de la Seyne-sur mer, où Abdallah Boumeazzar a vécu sa jeunesse et où sa mère vit toujours, fait partie des cités les plus sensibles de France et elle a, dans la région, la réputation d'être un ghetto, en même temps qu'un foyer de délinquance et de violence urbaine. Pourtant, ouverte sur le reste de la ville, située à deux pas du littoral et des plages, dans une des zones les plus actives, les plus vivantes de la côte méditerranéenne, elle est certainement plus vivable que bien des cités analogues de la région parisienne. Eh bien, c'est effectivement un ghetto, parce que dans ces tours d'une vingtaine d'étages (on en a récemment détruit plusieurs), ceinturées par des voies rapides qui les isolent spatialement du reste de la ville, s'entasse une population que réunit l'origine ethnique et, surtout, la pauvreté; une population qui subit au quotidien, pendant des années, voire tout au long de la vie, et sur plusieurs générations, les effets négatifs du déracinement géographique et culturel, du confinement, du chômage (entre 40 et 50% de jeunes au chômage à la cité Berthe). On n'a pas fini de mesurer les effets destructeurs de la ségrégation sociale, quand celle-ci est renforcée par la ségrégation ethnique et par la pauvreté, et qu'elle s'exhibe de façon flagrante dans la géographie urbaine. On ne va pas à la cité Berthe si on n'y habite pas ; on ne la traverse pas ; on la contourne, on l'évite. La cité Berthe, c'est le repoussoir de la ville qui la cerne, c'est son négatif. Dépotoir social. Lieu de relégation.

Pas étonnant que les Varois aient l'occasion,  au quotidien, de relever des manifestations (verbales et autres) de racisme anti-maghrébin. Ces récents faits-divers ne risquent pas d'en faire baisser la fréquence. En tout cas,  ce ne sont pas eux qui contribueront à restaurer la réputation déjà depuis longtemps dégradée de la communauté maghrébine et musulmane dans une large partie de l'opinion française. Les récents avatars des "révolutions" dans les pays arabes n'y contribueront pas non plus. Pour beaucoup de nos compatriotes, la "culture" arabo-musulmane contemporaine, c'est le fanatisme religieux, le mépris des femmes, l'excision, des pratiques judiciaires et sociales d'un autre âge, la persistance de l'esclavage, la récurrence d'une violence barbare ; et pour les mêmes, un jeune d'origine maghrébine en France est censé s'adonner les trois-quarts du temps à ses péchés mignons : incivilités, trafics (de drogue au premier chef),  vols, viols (de préférence en réunion). Le tout assorti d'une arrogance haïssable et d'une hypocrisie insupportable, la pratique religieuse s'accommodant fort bien d'une conduite qui bafoue en permanence les préceptes de la religion qu'on prétend professer. Voilà l'image que les deux-tiers au moins de nos compatriotes ont des Maghrébins et de l'Islam. Prétendre qu'il n'en est pas ainsi, c'est verser dans l'illusion. Et bien entendu il se trouve toujours des imbéciles ou des malades pour arborer ce costume avec la conviction d'être de dignes représentants de la communauté.

Tout le monde sait pourtant, ou devrait savoir, que l'immense majorité de nos concitoyens d'origine maghrébine et de culture musulmane , jeunes et moins jeunes, sont des gens parfaitement honnêtes, intégrés, pacifiques, sociables, et qui, souvent, ont réussi un parcours remarquable; mais rien n'y fait : l'arbuste tordu continue de cacher la forêt. Que des ordures du plus bas étage comme ce Boumeazzar ou ce Merah passent pour représentatifs de la communauté maghrébine, voilà ce que celle-ci ne devrait pas supporter. On a tout de même entendu des membres de leur famille se désolidariser publiquement de leurs actes, c'est une bonne nouvelle.

 La population varoise (celle du moins qui se déplace pour aller voter) vote massivement à droite : UMP et Front National. Tous les élus aux législatives de 2012 sont de droite. On peut se demander pourquoi il en est ainsi dans une région où les citoyens pauvres (ouvriers, petits employés, chômeurs) sont certainement beaucoup plus nombreux que les riches et où la gauche fut historiquement puissante : les causes sont nombreuses. Le rejet plus ou moins ouvertement avoué des Maghrébins en fait partie.

Au plan national, la gauche possède aujourd'hui pratiquement la totalité du pouvoir politique, législatif en tête. Pour la première fois depuis de longues années, la crise aidant,  il lui est possible de montrer qu'une politique de gauche efficace ne passe pas nécessairement par la mobilisation massive des ressources financières, mais peut passer aussi par une série de mesures capables de faire évoluer la société en profondeur. Un de nos présidents de la République a montré que c'était possible : Valéry Giscard d'Estaing. La loi instituant la majorité à 18 ans et la loi Veil sur l'avortement et le contrôle des naissances ont changé en profondeur la société française, et dans le bon sens. La gauche a cinq ans pour changer la France : les difficultés économiques et financières de l'heure ne sont pas un obstacle, elles devraient au contraire l' inciter à mener, dans tous les domaines, une action de rénovation qui  -- entre autres effets -- empêchera qu'Abdallah et Mohammed ne fassent des émules, empêchera que la xénophobie et le racisme ne progressent en France, parce que cette rénovation sociale se fera dans le sens de la justice.

Mais sans aucun doute, cette rénovation n'est  pas l'affaire de la seule gauche au pouvoir : elle est celle de tous les citoyens, et la révolution que nous espérons est d'abord une révolution des esprits. De tous les esprits. A quand une nuit du 4 août de la décrispation générale ? Quand le mot de fraternité cessera-t-il d'être le parent pauvre de la devise républicaine ? Et s'il l'est, n'est-ce pas surtout le symptôme d'une certaine misère morale des citoyens de ce pays ? Français, encore un effort...

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits gauchos.


Additum 1 : J'attends avec curiosité le CV du preneur d 'otages de Toulouse. "Il a la rage et a peur du monde extérieur", a déclaré sa soeur. Conflit familial à répétition, avec violences, pour lui aussi...

Additum 2  : Depuis, il a fallu ajouter Fayçal, le tueur de Lille.

Il faut compter aussi avec les effets de mode : rien de plus tendance, chez les jeunes délinquants issus d'un peuple qui a beaucoup souffert que de finir sous les balles du GIGN ou du RAID après avoir joué un dernier air de kalachnikov à celles et ceux qui, tout de même, rappelons-le, sont leurs compatriotes. Eh bien ma foi, si le coeur leur en dit... Autant de places libérées en prison (voir notre récent billet : Plaidoyer pour la peine de mort ). Le contribuable que je suis ne regrette pas, en tout cas, d'avoir aidé à payer les munitions des policiers qui nous débarrassent de ces gens-là. Cela vaut tout de même mieux que quelques escadrons de la mort à la française qui se chargeraient de ramener à la raison des populations ciblées (c'est le cas de le dire). On imagine avec horreur un programme d 'actions d'éliminations individuelles ou collectives, méthodiquement préparées, avec  des agents infiltrés dans les administrations policières, judiciaires et pénitentiaires, avec des opérations de liquidation à la kalachnikov camouflées en règlements de comptes entre truands, auxquelles s'ajouteraient des éliminations plus discrètes en milieu carcéral ou hospitalier (empoisonnements, injections de bactéries, de virus, malencontreusement mortelles). Mieux vaut tout de même la légalité. Tant que les formes légales de répression de la criminalité conservent un degré décent d'efficacité.

Il arrive que le bas de gamme aspire à se prendre pour le haut de gamme, ne serait-ce que le temps d'une salve. Le bas de gamme ? On dira que j'ai encore des progrès à faire vers la fraternité citoyenne que j'appelle de mes voeux. Mais après tout, messieurs les immigrés,commencez les premiers. Au fond, je suis un peu comme Stendhal : j'aime bien les pauvres, mais à distance. Surtout qu' avec la crise, le pauvre ne s'arrange pas. Pourquoi des pauvres, d'ailleurs, dans une société ? A quoi servent-ils, sinon à gâcher l'harmonie du paysage social ? Assommons-les. Périodiquement. Car le pauvre, comme le lierre et le chiendent, repousse si l'on n'y veille, et tend à envahir, comme les cafards à Naples, les quartiers convenable. Halte à la pollution sociale.

 " Les hommes sont des êtres conditionnés parce que tout ce qu'ils rencontrent se change immédiatement en condition de leur existence. Le monde dans lequel s'écoule la vita activa consiste en objets produits par des activités humaines ; mais les objets, qui doivent leur existence aux hommes exclusivement, conditionnent de façon constante leurs créateurs. Outre les conditions dans lesquelles la vie est donnée à l'homme sur terre, et en partie sur leur base, les hommes créent constamment des conditions fabriquées qui leur sont propres et qui, malgré leur origine humaine et leur variabilité, ont la même force de conditionnement que les objets naturels. Tout ce qui touche la vie humaine, tout ce qui se maintient en relation avec elle, assume immédiatement le caractère de condition de l'existence humaine. C'est pourquoi les hommes, quoi qu'ils fassent, sont toujours des êtres conditionnés. "

Additum 3 (24/07/2012) - J'attends avec curiosité le profil des deux chauffards de la banlieue parisiennes qui, roulant à grande vitesse, sans permis, en état d'ivresse et sous cannabis, ont tué plusieurs personnes ces derniers jours.

 Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne   ( Gallimard / Quarto )

Cité Berthe, la Seyne-sur-Mer


(  Rédigé par : la grande Colette sur son pliant )                                                                                                                                                                                                      

2 commentaires:

JC (sévère, mais juste...) a dit…

"La gauche a cinq ans pour changer la France"

Certes, certes...souhaitons-le, il est toujours excellent de changer.
La France changera, peut être, car c'est le plus facile : il suffit d'emprunter un peu plus !
La Cité Berthe, engluée dans sa délinquance reconnue comme vertu de résistance à l'occupé,....jamais.

JC (évitons la sainteté à tout prix) a dit…

Allons ! Allons ! Les pauvres, c'est utile !
Cela permet de laisser croire à ceux qui le sont moins qu'ils ont réussi leur vie...
Les pauvres ? Des faire-valoir parfaits !