dimanche 24 juin 2012

De l'inconvénient de ne pas savoir chanter "La Marseillaise"

Certains membres de notre équipe de France de football ne savent toujours pas chanter La Marseillaise. Pendant que les fanfares locales exécutent (au propre et au figuré) notre hymne national, ils gardent obstinément leur clapet fermé. Ce syndrome, dit de "la Marseillaise occluse", frappe préférentiellement nos joueurs issus de peuples qui ont beaucoup souffert, à l'instar de notre vedette Karim Benzema. On peut le comprendre : traumatisés par le martyre de leurs parents, grands-parents et ancêtres, ils peinent toujours à balbutier paroles et musiques de l'unique tube de Rouget de Lisle. Perso, j'avoue avoir du mal à chanter les paroles fameuses qui disent : "Qu'un sang impur abreuve nos sillons poil au con", que je trouve passablement racistes. A propos, pourquoi ne pas suggérer à ces brillants sportifs d'ajouter "poil au con" à la fin, ça les aiderait peut-être.

Mais j'ai tort de faire la fine bouche, et ils ont tort eux aussi de refuser de la chanter in extenso, en ajoutant ou non un poil au con. C'est que la Marseillaise, chant viril par excellence, chant de guerre et de victoire, donne à qui la chante des couilles au cul et un moral de super-vainqueur. Comme produit dopant, on n'a jamais trouvé mieux depuis l'invention des amphétamines. Si Jacques Anquetil avait plus souvent chanté à pleins poumons la Marseillaise sur son vélo dans les cols, il se serait mieux oxygéné et ne serait pas mort d'un cancer. Moi-même, au temps de mes études, j'entonnais la Marseillaise en entrant dans les salles d'examen ; les appariteurs médusés n'osaient pas me virer car l'hymne national est universellement respecté.  D'où ma brillante réussite scolaire, de l'entrée en sixième à l'agrégation en passant par le BEPC et le bac, examens et concours que j'ai tous foirés, mais ce n'aura pas été faute d'avoir chanté (faux) l'hymne national pour me donner du coeur au ventre.

Pour en revenir au football, chanter en choeur La Marseillaise en début de match confère à l'équipe une cohésion et une gnaque qui risquerait de lui manquer autrement. On s'en est aperçu hier soir pendant le match Espagne-France : au long de quatre-vingt dix minutes interminables, nos artistes de la baballe se sont mollement échinés à courir après sans généralement parvenir à s'en emparer, et quant aux tirs au but, n'en parlons pas. Je me trompe peut-être, car je m'étais endormi devant mon poste un peu après le début de la seconde mi-temps. Je me suis réveillé juste à temps  pour assister à un tir au but réussi ! le gardien espagnol, habillé en jaune-canari, s'en allait ramasser le ballon au fond de ses filets. "Vive la France !" , me suis-je écrié. Je n'ai pas bien compris qu'on se retrouve menés 2 à zéro.

Et encore, j'ai eu de la chance. On ne se méfie pas assez des effets soporifiques des matches de l'équipe de France de football. Mon voisin, qui regardait le match depuis sa piscine, à cause de la chaleur, s'est endormi et s'est noyé. Sans s'en apercevoir, heureusement.

Paralysés par leur admiration pour leur prestigieux adversaire , les Bleus se sont contentés du rôle de sparring-partners, sans aucune envie réelle de faire mentir les pronostics en se défonçant pour une cause jugée d'avance perdue. L'énergie et l'envie de jouer de Ribéry et de Malouda n'ont pas suffi pour sauver l'honneur et faire rêver d'une autre équipe.

Sans doute ses supporters attendent-ils trop de l'équipe de France de football . En un peu plus d'un siècle d'existence, les périodes "sans" ont été bien plus longues que les périodes glorieuses. Entre l'équipe de Kopa et de Fontaine et celle de Platini, il y eut la longue disette des années soixante, avec une série de confrontations aussi ternes que ces deux dernières. Même longue parenthèse entre l'équipe de Platini et celle de Zidane. La fin de l'ère Zidane inaugure une époque miteuse qui dure depuis dix ans. Mais après tout, l'Espagne, aujourd'hui triomphante, a connu, elle aussi, de longues années obscures. Une équipe nationale qui tourne, dans un sport aussi soumis aux exigences du rendement financier et du vedettariat que le football, sport bien plus collectif qu' individuel mais où, paradoxalement, ce sont toujours quelques individualités qui tirent l'essentiel de la couverture à elles, c'est à chaque fois un petit miracle. Les vedettes de l'équipe de France sont des mercenaires jouant pour la plupart dans de grands clubs étrangers, et dont la priorité n'est pas l'équipe de France. Gagner le championnat d'Angleterre, d'Espagne,d'Italie ou d'Allemagne, qui sont aujourd'hui les grandes nations européennes du football, gagner la coupe d'Europe des clubs, c'est autrement plus rentable en matière de rendement financier et de notoriété que faire de la figuration peu intelligente dans l'équipe de France à l'Euro.

Mais enfin tout de même : ces jeunes gens devraient être persuadés que faire partie de l'équipe de France, c'est représenter la France. Selon Cohn-Bendit, on ne peut demander à un footballeur d'être un modèle national. Mais on ne le lui demande pas ! On ne lui demande pas non plus de fournir des preuves d'un patriotisme aussi hystériques qu'hypocrites. On ne lui demande même pas de donner le meilleur de son talent sportif. On attend de ces sportifs si bien payés et si adulés, simplement, un minimum de dignité et de décence, ce qui implique que, représentants et ambassadeurs de la France, c'est-à-dire de nous tous, ils ne se comportent pas comme des mercenaires cyniques aux caprices de divas. Et dans ce petit vademecum de décence devrait figurer, à mon avis, le devoir de connaître les paroles de notre hymne national et de le chanter.

Consolons-nous en nous disant que, dans le dernier carré de cet Euro 2012, ne figurent, non seulement que les quatre meilleurs équipes du moment, mais aussi quatre équipes authentiquement européennes, ethniquement et culturellement homogènes, dont les membres ne répugnent pas à chanter leur hymne national et qui, en plus, jouent bien au football. Je crois que je vais finir par m'abonner à Minute, moi.



La paix soit avec nous. Et avec nos esprits penauds.


Additum (30 juin 2012 ) : équipes ethniquement homogènes tu parles. L'auteur des deux buts italiens est un  superbe Noir d'origine ghanéenne. Qui me rendra la pureté ethnique d'antan ? Les Russes, peut-être ?

Additum 2 ( 2 juillet ) . - Qui me rendra la pureté ethnique d 'antan ? Mais les Espagnols, pardi  ! Et en plus, quel football, ma doué !

( Rédigé par : Baballe )

1 commentaire:

JC (plutôt Voile et Rugby) a dit…

Rien ne tient dans votre discours, mon bon ami ! Car vous partez sur des bases fausses. Ceux qui ont appartenu, du temps de leurs splendeurs musculaires et cérébrales, à une Equipe de france savent ce que veut dire ce mot : équipe.

Il n'y a pas d'Equipe de France de Football ! Pas de joie de jouer, pas de satisfaction d'être ensemble, pas d'intérêt... ça se voit. Ce sont de sales gosses !

Qu'ils gagnent leur pognon dans ce jeu de cons...! Rien à foutre qu'ils chantent ou pas : sans intéret.