mardi 26 juin 2012

La fin des jours les plus longs

La semaine qui va de la Saint Léonce à la Sainte Eléonore est la semaine du  solstice d'été. Les jours y sont étales : ils ne rallongent ni ne raccourcissent ; le mouvement inexorable qui nous reconduit au solstice d'hiver reprend à la Saint Anthelme, le 26 juin , c'est-à-dire aujourd'hui ; alors, petit à petit, les jours vont raccourcir d'une à deux minutes à chaque fois. Aujourd'hui commence la période de l'année que je préfère, elle s'affirme d'abord bien timidement, puis de façon toujours plus assurée. Ma joie augmente au fur et à mesure que la nuit reprend ses droits, et avec elle la fraîcheur, et puis, enfin, le froid, tant souhaité. Bientôt, à nouveau, les belles, longues et pures nuits d'hiver, à nouveau  l'incomparable scintillement d'Orion au zénith, à nouveau le mistral glacé, à nouveau le sang des couchers de soleil figé par les frimas. L'été morne et vulgaire, l'inepte été va succomber ; la noble royauté de l'hiver annonce déjà imperceptiblement son majestueux retour. La nuit  prépare ses enchantements.

" L'hiver, saison de l'art serein, l'hiver lucide ", a écrit Mallarmé. Lucide, lumineux. Serein, silencieux.

Enfant, retenu au lit par la maladie, je me suis laissé happer par la tendre lumière dorée d'un  matin d 'hiver, venue rôder trop près de la fenêtre, prise au piège de la glace, matière merveilleuse moirant la vitre, plus précieuse que l'ambre translucide. Quel souvenir vaut celui-là ? quelle expérience a plus de valeur que celle-là ? La plus délicate beauté m'a été donnée ce matin-là, et m'a pris le coeur.. Le reste compte peu. C'est pour ces moments-là que la vie vaut d'être vécue. C'est cet amour-là qui dure. Vivre n'a d'autre intérêt que de permettre, en de trop rares instants hélas, la contemplation de la beauté.

J'ai marché sur la route enneigée. A l'horizon, les montagnes roses s'éteignaient, fondaient dans le bleu assombri où paraissaient les premiers astres, puis d'autres, puis d'autres encore ; Vénus brûlait au-dessus des bois ; dans les taillis, de lourds mouvements de bêtes aménageant leur couche nocturne. Je me fondais dans le silence et dans le noir; au loin, des villages s'allumaient.

Je te salue, Hiver qui viens. Je te salue, roi du monde et maître des splendeurs. Je vais vivre de ton attente.

( rédigé par : SgrA° )



1 commentaire:

JC a dit…

"La plus délicate beauté m'a été donnée ce matin-là, et m'a pris le coeur.. Le reste compte peu."

Manipulateur hors-pair, je ne dirais jamais cela sans ajouter, finaud comme une enclume : "Ce n'était rien, ma bien aimée, jusqu'à notre rencontre...!"