dimanche 3 juin 2012

Le malheur des uns...


J'adore le site Planet Terre de l'ENS de Lyon. C'est un site pédagogique destiné aux enseignants de SVT mais qui s'adresse aussi au grand public. J'y ai appris beaucoup. Nos géologues lyonnais mettent souvent en ligne des informations et des explications concernant des événements très récents. C'est ainsi que les tremblements de terre du  20 et  du 29 mai en Italie y font déjà l'objet de commentaires fort intéressants pour qui s'intéresse à la tectonique des plaques. C'est mon cas, et je ne m'en lasse pas. Il y a une érotique de la tectonique des plaques qu'on ignore généralement ; ces chevauchements de morceaux de lithosphères dinosauriennes m'excitent au plus haut point ; dans leurs copulations continentales, elles se frottent l'échine sans trop se soucier si les poux qui s'agitent à la surface se trouvent à leur aise ou non. Le poème sur le désastre de Lisbonne, de Voltaire, y gagne régulièrement une actualité toute neuve. C'est dire si j'attends avec impatience le moindre séisme, où qu'il se produise dans le monde.


Pleins d'un zèle pédagogique bien compréhensible, les géologues de l'ENS de Lyon écrivent :


«  Ces évènements sismiques sont l'occasion de rappeler comment connaitre toutes les caractéristiques géologiques d'un séisme dès le lendemain. C'est également un séisme "intéressant" pour les lycéens, car son contexte géologique (le front d'une chaîne de collision) est au cœur du programme. De plus, ce séisme est associé à un phénomène de subsidence due à une réponse isostatique, et localisée au niveau d'une anomalie négative de la gravité (anomalie à l'air libre). Or l'isostasie rentre au programme de terminale S dès la prochaine rentrée. »


Eh bien, voilà un séisme qui tombe vraiment à point, aux approches du bac. Les élèves de première et de terminale et leurs professeurs ne peuvent que s'en féliciter. Tu vas voir l'examinateur, comment que je vais le bluffer.


L'isostasie appliquée à la terre, c'est le coup de l'iceberg ou du cargo cales pleines / cales vides. C'est un truc simple et qui réussit à tout coup. En Italie, la plaine du Pô, subsidente, ne cesse de s'alourdir sous le poids des sédiments; donc elle s'enfonce. Comme, en plus, elle est chevauchée par les Apennins, plus légers, qui remontent vers le Nord (quelle idée), ça frotte, ça ne passe pas ; pour que ça passe, faut que ça casse. Tout ceci, bien entendu, très schématiquement résumé. J'adore ça, je me sens redevenir potache de terminale. En surface, bien sûr, ça tangue, ça roule, faut avoir le pied marin.


Très en verve décidément, nos géologues ne s 'en tiennent pas là :


« Le contexte géologique de la plaine du Po est bien expliqué dans de nombreux ouvrages, en particulier dans Les Grandes Structures Géologiques de J. Debelmas, G. Mascle et C. Basile (Dunod 2008), livre que chaque professeur de SVT se doit d'avoir dans sa bibliothèque. »


D'accord, c'est un ouvrage incontournable, que j'ai depuis longtemps dans ma bibliothèque, bien que n'étant pas prof de SVT. Je l'ai même relu plus souvent que je n'ai relu Proust. Mais l'ENS de Lyon, établissement public, devrait tout de même s'abstenir de faire la pub d'un éditeur -- Dunod en l'occurrence, excellentissime dans sa partie, certes. La concurrence appréciera.


Vive le séismodrame où Margot a peut-être un peu pleuré mais sûrement beaucoup appris.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits cénozoo-mésozoïques.

http://planet-terre.ens-lyon.fr/planetterre/


( Rédigé par : Jeanne la Pâle nue dans ses châles, toute seule dans un restant de châle sur la placette après l'écroulement de sa chambrette )

Source : Le Monde.fronde.fr





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