jeudi 19 juillet 2012

Céline , sa vie, son oeuvre

Pierre Assouline, dans un billet récent (19/07/2012), mis en ligne sur son blog, la République des livres, nous parle d'un récent colloque organisé à Berlin par la Société d'études céliniennes, sur le thème : "Céline et l'Allemagne".

Parmi les sujets abordés figurent notamment les relations de Céline avec Marcel Déat, qu'il vit beaucoup lors de leur séjour commun à Sigmaringen. On apprend que Céline,  après la guerre, occulta soigneusement toutes ces conversations. Il fut aussi question de l'attitude de Céline à l'égard des Allemands pour lesquels, selon un chercheur américain, il eut de la sympathie tant qu'il crut qu'ils allaient gagner la guerre ; cette sympathie fit place à une antipathie marquée quand il comprit qu'ils allaient  la perdre ! Cette attitude ne serait d'ailleurs pas pour me déplaire, moi qui sais, depuis que j'ai lu le Macbett d'Eugène Ionesco, qu'il ne faut jamais suivre que les plus forts. On apprend beaucoup en lisant les bons auteurs.

L'homme Céline ne sort pas grandi des résultats de ces recherches. A vrai dire, on savait déjà plus ou moins tout cela. On connaissait l'antisémite frénétique, l'homme à l'occasion vindicatif, intéressé, pas toujours scrupuleux ni élégant envers ses amis ou anciens amis. Quant à l'écrivain Céline, c'est une autre affaire.


 Le cas Céline illustre jusqu’à la caricature la distinction proustienne entre l’homme et l’écrivain. Toutes ces recherches présentées à ce colloque de Berlin ont un point commun : une démarche au fond sainte-beuvienne qui consiste à se concentrer sur l’homme et — sinon à se désintéresser de l’écrivain — du moins à le laisser de côté.  Tout ce travail d'ordre  biographique est intéressant, bien sûr, mais ne nous apprend pas grand-chose, sinon rien, sur l’écrivain et sur cette transfiguration hallucinée du réel qui est la marque de son génie. La fresque visionnaire, sans égale dans la littérature mondiale, que constitue l'ensemble des romans de Céline, est le résultat d'un travail forcené, étranger dans son essence aux tribulations et aux errements de l'homme : on s'en  rend compte en lisant la biographie récente que Henri Godard a consacrée à l'écrivain.

A Sigmaringen par exemple, Céline fait ami-ami avec tout le gratin de la collaboration, dont Déat. Après ça, il débine et ridiculise tout ce petit monde dans  D’un Château l’autre , transposition hilarante de ce qu'il y a vécu. Quel salaud, quand même. C’est dégueulasse de sa part mais le lecteur s’en fout, et même  le remercie chaleureusement pour toutes ces torsions infligées au réel,   parce que, qu’est-ce qu’il  se marre, lui le lecteur, en lisant son bouquin. 

Céline n'aimait guère Proust. Pourtant les deux écrivains ont plus d'un point commun : le Marcel ne s’est pas privé, lui non plus, de coqueter avec les duchesses et les Montesquiou , et voyez à quelle sauce il les cuisine ensuite. C’est pour ça que les entreprises à la Sainte-Beuve, n’en déplaise au Marcel, ne sont pas inutiles : elles vous font mesurer la vacherie de l’écrivain à l’égard des amis et connaissances ; si ce n’est pas pour leur bien, c’est pour le nôtre.

Peu importe, au fond, pour le lecteur des romans de Céline, qu’il ait été un antisémite frénétique, un manipulateur des données de sa biographie, vindicatif et intéressé. Ce qui compte pour lui, c’est l’enchantement où le plonge à chaque fois la petite musique célinienne, c’est la force de cette imagination visionnaire. Les précisions apportées par les chercheurs sur les errements et les petitesses de l’homme n’y changeront jamais rien. Il y a le médiocre Destouches et il y a Céline le grand. 

Note . - Marcel Déat fut député socialiste à l'Assemblée Nationale. A ce titre, il a droit à une notice biographique sur le site de l'Assemblée, dont voici le début :

"Né le 7 mars 1894 à Guérigny (Nièvre), mort le 5 janvier 1955 à Turin (Italie).

Député de la Marne de 1926 à 1928, de la Seine de 1932 à 1936, de la Charente de 1939 à 1942.

Ministre de l'Air du 24 janvier au 4 juin 1936.

Fils d'un petit fonctionnaire, Marcel Déat fit ses études au lycée de Nevers, puis à la « Khâgne du lycée Henri IV. Reçu en juillet 1914 à l'Ecole normale supérieure, il partit comme simple soldat à la guerre de 1914, dans l'infanterie. Il en revint capitaine, avec cinq citations et la croix de la Légion d'honneur. En 1920 il réussit l'agrégation de philosophie. Pendant trois ans il resta au Centre de documentation sociale de l'Ecole normale où il collabora étroitement avec Célestin Bouglé, disciple de Durkheim. Il était membre du Parti socialiste unifié depuis 1914.

Il fut nommé professeur de philosophie au lycée de Reims en 1923."

 Ce qu'on appelle un brillant sujet, en somme.


Henri GodardCéline   ( Biographies / NRF / Gallimard )


Rédigé par :  Toinou chérie )

Marcel Déat


2 commentaires:

Anonyme a dit…

Sincèrement, je passe aux aveux : je ne suis pas un littéraire. Je me borne à lire, depuis longtemps, le plus possible, dans les genres les plus divers. 40 m2 de bibliothèque aux étagères bourrées à bloc ....

Alors vous comprenez, la vie personnelle, politique, antisémite du grand monsieur Céline ou les petites manies du petit Marcel Proust...je m'en tamponne vigoureusement la coquillette !

J'adore l'écriture célinienne, je déteste l'écriture proustienne. Peu m'importe le reste !

JC a dit…

Signé JC, pas Furax du tout