dimanche 15 juillet 2012

Chez le docteur

J'arrive en voiture sur le vaste parking où se garent les patients du docteur T. mais, soucieux de n'être pas observé de lui, je contourne la maison bourgeoise où il officie et m'arrête dans la cour de derrière, entourée de bâtiments agricoles désaffectés.

Dans la salle d'attente, pièce rapportée faite de matériaux légers, probablement récupérés, je suis entrepris par un client surexcité qui m'expose, avec volubilité et une forte agressivité, son cas, auquel je ne comprends rien. A tort ou à raison, je subodore le maniaque dangereux et, pour échapper à cette compagnie pénible, je retourne  à ma voiture chercher un livre. Mais je le retrouve dans la cour en train de manoeuvrer une sorte d'énorme pompe sur remorque, réplique aux dimensions multipliées par deux cent d'une pompe en plastique mauve à gonfler les pataugettes pour bébé (made in China). Quelle énergie pour un malade.

Au fait, qu'est-ce que ça donne, la réplique multipliée par deux cents d'une pompe de trente centimètres de long par huit de diamètre ? Prenons garde aux invraisemblances.

Mais voici qu'apparaît le docteur. Mon allumé s'engouffre dans son cabinet dont la porte fermée mais mal ajustée laisse passer le bruit de la conversation en même temps que le jour. Je prête l'oreille. Il est question d 'expérimentation animale.

Dans la salle d'attente, un autre patient, arborant une laide chemise orange, qui ressemble à celle que ma femme n'aime pas, m'a précédé. Qui va chercher son livre perd sa place. L'instant d'après nous sommes trois dans le cabinet du docteur : l'allumé aux expérimentations animales, l'homme à la chemise orange et moi. Le docteur, l'air un peu égaré, visiblement fatigué mais attentif, écoute les explications croisées des deux autres. Comme je suis un peu pressé, je lui propose de le régler. Il m'annonce une somme à trois chiffres, nettement plus élevée que d'habitude, avec de surcroît des décimales après la virgule. N'ayant pas de monnaie, ni lui non plus, je lui propose de le régler par chèque. Il accepte. Je sors une liasse de billets neufs de vingt euros. Je le paie mais je m'aperçois que je lui ai donné au moins le double de la somme, ayant oublié de décoller les billets neufs et raides les uns des autres. Je le lui signale mais il les a déjà engouffrés dans l'échancrure de sa chemise dégrafée qui ressemble à un chemisier de ma femme. J'entrevois une paire de seins, Il  m'assure qu'il vérifiera, me rendra la différence, mais que maintenant, il n'a pas le temps. Je le laisse avec les deux autres énergumènes.

Le voilà qui repasse en coup de vent dans la salle d 'attente et me remet les lambeaux de divers chèques déchirés qui s'éparpillent par terre et dont je ne tarderai pas à m'apercevoir qu'ils sont libellés d'une autre écriture que la mienne et que, du reste, ils n'émanent pas de ma banque.

De retour chez moi, je me rends compte que je suis totalement à la merci du docteur T., qui détient plusieurs chèques en blanc mais signés de moi. Comme c'est dimanche, je ne puis me rendre à ma banque faire opposition. Il a une longueur d'avance.

 Il ne me reste plus qu'à espérer qu'un reste d'honnêteté l'empêchera de vider mes comptes.

Quelle idée aussi de ne pas défroisser des chèques neufs avant de les donner.

Peut-être, après les quatre erreurs de diagnostic dont la plus vénielle aurait suffi  à m'envoyer au cimetière, vais-je me décider à quitter le docteur T., malgré sa gentillesse et sa compétence, et à changer de médecin de famille.

Mais auparavant, je retournerai une dernière fois le consulter et l'inviterai de se déshabiller devant moi car je tiens à en avoir le coeur net.


( Rédigé par : J.-C. Azerty)


Esculape et Galien

1 commentaire:

JC a dit…

Rien n'est plus important que de rencontrer un toubib exclusivement en lieux neutres : messe ou bordel !

(on me signale que les réunions EELV ou FdG peuvent astucieusement remplacer l'entreprise privée ...)