jeudi 12 juillet 2012

Et ta soeur, elle habite toujours Beijing ?

En quoi le moderne Beijing l'emporte-t-il sur le Pékin traditionnel s'il s'agit d'aider le pékin moyen à progresser dans la connaissance de la prononciation du mandarin ?

En rien.

Aucune lettre de l'alphabet français, en effet, ne note les phonèmes qui composent le nom de la capitale chinoise, lesquels se situent quelque part entre les graphies de Beijing et de Pékin. Par exemple le B de Beijing et le P de Pékin notent un phonème fantôme, consonne labiale intermédiaire entre les deux. De même pour K et J, qui tentent de noter une semi-consonne proche de notre [ i-j ]  mais subtilement gutturalisée, enfin c'est comme ça que je la sens. Et ainsi de suite.

Utiliser l'alphabet phonétique international pour noter les mots chinois ne ferait que compliquer les choses pour le lecteur et locuteur français, ces signes ne correspondant à rien dans le système phonologique du français.

Le seul intérêt de Beijing est de nous rapprocher de la prononciation chinoise, à la condition de confronter cette nouvelle orthographe avec l'ancienne. On arrive ainsi à se faire une idée approximative de la prononciation réelle, à condition, bien entendu, de ne pas prononcer  "Baie-jingue". Prononciation qui, pourtant, ne manque pas de charme, tout en étant parfaitement licite en français.

Et encore, on est loin du compte puisque dans ledit compte entrent aussi des questions d'accentuation, de modulation, de consonnes fortes et de consonnes faibles etc.

Pour prononcer correctement Mao Tsé-toung, on a vivement intérêt à confronter cette graphie traditionnelle avec les autres graphies usuelles en Occident : Mao Zedong, Mao Tsé-tung, Mao Tsö-tong. Avec ça, on se fait sa petite soupette personnelle.

On pourrait aussi envisager d'apprendre les idéogrammes chinois, mais la vie est courte. Et puis ça ne nous avancerait pas. L'écrit est chou mais échoue. Rien ne vaut l'oral.

Le mieux est donc de procéder à une immersion linguistique prolongée en milieu local, et pas n'importe lequel. La Chine du Nord n'est pas la Chine du Sud et encore moins la Chine de l'Ouest.

Mais rassurons-nous : nous ne sommes pas mieux lotis avec les autres langues étrangères : les graphies Londres, Moscou, Naples, Athènes ou Mexico ne sont pas moins approximatives.

Mon père ne se posait pas ce genre de problèmes. Il a toujours dit  fotballe pour football et campingue pour camping sans chercher midi à quatorze heures. Il faut dire qu'il était anglophobe.

C'est comme moi. Je ne me vois pas remplacer Pékin par Beijing dans "Et ta soeur, elle habite toujours Pékin ?", surtout dans la prononciation Lino Ventura.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits mandarinaux.

(Rédigé par : Jambrun )

Les Chinois, dans le couloir (en mandarin sous titré) : " On va lui faire voir le Yang-Tsé, à ce gros con   /  Ventura, dans le compartiment : "Et ta soeur, elle habite toujours Pékin ?"


1 commentaire:

JC a dit…

Pékin, c'est d'un nul !
D'ailleurs "un pékin", c'est d'abord un bourgeois au sens militaire du terme : un trouduc, un planqué, un civil, quoi !
Beijing, c'est mieux : ça fait "je connais, j'y ai trainé ma flemme, deux trois fois...". classe. Touriste.

Pour la prononciation déformante, combien j'ai regretté la disparition du regretté Ike : quand notre crémière antiboise parlait du général "Eze-est-nowhere", elle avait un charme fou !