mercredi 25 juillet 2012

" La Mouette" , d' Anton Tchékhov : calamiteux Nauzyciel


Vu « la Mouette », d’Anton Tchékhov, dans la mise en scène d’Arthur Nauzyciel, retransmission en léger différé de la Cour d’honneur. L’intérêt d’un spectacle comme celui-là, c’est qu’on découvre très vite l’avantage de le voir à la télé plutôt que sur place. On n’est pas obligé, comme le spectateur d’Avignon, de rester vissé sur son fauteuil à avaler sa potion jusqu’à la nauzyciel, on peut aller pisser, boire un coup, mettre la poubelle. On revient, on s’aperçoit qu’on n’a pas raté grand chose, vu que Nauzyciel, quand il a une idée de mise en scène, il en a pas trente six, il la coince solide dès le départ et on vit avec jusqu’à la fin du spectacle. Donc c’est aéré, y a une ambiance musicale, enfin ambiance c’est un mot un peu fort, disons qu’il y a un fond musical, on comprend bien le texte qui est déclamé avec toute la lenteur souhaitable, ça respire (j’ai même cru entendre des ronflements dans les gradins). A un moment, un acteur dit : « Un ange est passé ». Il en est même passé deux pour le prix d’un. Personne ne rit dans la salle à ce trait de comique involontaire. C'est l'inconvénient des grandes messes théâtrales, le public est aussi coincé que la mise en scène. Cette forte réplique m’a paru la clé du spectacle. J’ai encore tenu un bon quart d’heure, puis, comme je pensais avoir bien compris le parti pris de mise en scène (y a qu’un parti-pris dans la tête à Arthur), j’ai pris le parti d’aller me coucher. 

Je m'aperçois que je suis un peu injuste car il y a un moment que j'ai beaucoup aimé, où l'on voit une actrice   plastiquement superbe venir déclamer une tirade très écolo sur la fin du monde; on s'aperçoit que Tchékhov était un auteur déjà très moderne. Elle est en petite culotte noire, en soutien-gorge noir, qu'on voit très bien sous son petit voile noir, surtout grâce au gros plan qui est un des avantages de la retransmission télé. On voit même son ventre bouger quand elle respire, c'est poignant. Pas un gramme de graisse, j'en bave. Je voudrais être elle. C'est l"effet d'identification bien connu. Surtout qu'elle ne doit pas avoir plus de vingt-cinq ans. Elle évolue dans une chorégraphie qui m'a rappelé celle que j'avais vue au Crazy Horse il y a quelques années. C'est un moment très chouette.

Condoléances aux acteurs, qui font très bien ce qu'on leur demande de faire. Heureusement qu'ils sont là.

Additum 1 . -  Ce spectacle me paraît typique d'une réalisation calamiteuse où la responsabilité des acteurs n'est en rien engagée. Tous sont excellents. Encore une fois, en professionnels aguerris, ils font --très bien -- ce que leur metteur en scène leur demande de faire. Ils appliquent les consignes de diction, de tempo, de rythme,  de déplacements qu'il  leur a fixées. Ils défendent un spectacle auquel ils croient ( il ne manquerait plus qu'ils n'y croient pas ). Les choix du metteur en scène et leurs effets pervers sont seuls en cause.

Après la surprise du jeu au masque du début (fausse surprise qui donne l'impression que les intentions de l'auteur sont surjouées ), un ennui pesant s'installe. Il est dû principalement au choix d'un tempo démesurément étiré, qui détermine aussi bien la profération du texte que les déplacements, à la distribution statique des acteurs dans l'espace. Le texte de Tchékhov résiste mal à ce traitement : ce n'est pas qu'il soit mal dit ou qu'on ne l'entende pas, mais tout son charme, toute sa magie se sont évaporés. La moindre réplique prend un tour lourdement didactique. Il ne semble pas que la traduction d'André Marcowicz et Françoise Morvan y soit pour quelque chose. Les intervention des deux musiciens, belles en elles-mêmes, n'apportent absolument rien à l'intérêt du spectacle.

On se demande ce qui justifie ces choix. On finit par se dire que, pour Nauzyciel, l'important était de relever le défi de monter la Mouette dans l'espace surdimensionné de la Cour d'honneur. A priori, c'est le genre de théâtre qui s'y prête le moins : Brecht ou Mouawad, à la bonne heure, mais Tchékhov ? Donc, occupons l'espace ! posons un acteur ici, un autre là, prescrivons des déplacements à grandes enjambées, etc. Pour la voix, équipons discrètement les acteurs d'un micro (visible sur les gros plans télé).

Pari stupide, pari perdu. Tchékhov regimbe à ce genre de traitement. Peut-être que la bonne idée, au lieu d'essayer d'occuper tant bien que mal cet espace démesuré, aurait été de jouer la pièce dans un mouchoir de poche : défense aux acteurs en jeu de sortir d'un cercle de cinq mètres de diamètre; peut-être que cette option n'a jamais encore été essayée sur cet immense plateau. Il me semble bien que Nauzyciel a été piégé par la nature de l'espace scénique auquel il avait affaire. Il ne l'a pas dominé, il a été dominé par lui. L'art de la mise en scène s'apparente à celui de la tauromachie. A Avignon,  le taureau s'appelle l'espace.

Au théâtre en tout cas,  Peter Brook l'a rappelé une fois pour toutes : le diable, c'est l'ennui.

( Rédigé par : John Brown )


1 commentaire:

JC a dit…

Il faut comprendre que, ce qui intéresse le metteur en scène c'est qu'on parle de son "travail de création". Si important, son travail ...!

L'auteur ? L'auteur est à son service. Pas l'inverse.