dimanche 1 juillet 2012

Les femmes et la politique

Malgré de récents progrès, la France n'est pas encore très bien placée parmi les nations européennes pour ce qui est de la proportion de femmes élues aux fonctions représentatives. Elle reste encore loin du groupe de tête formé, comme on s'en doute, des nations scandinaves accompagnées du Danemark et des Pays-Bas.

Les femmes ont-elles plus de dispositions que les hommes pour la politique, moins de dispositions qu'eux, ou ni plus ni moins qu'eux ? Je pense qu'elles en ont bien plus. Je me fonde pour l'affirmer sur plusieurs décennies de vie conjugale au cours desquelles j'ai pu constater la supériorité de ma femme sur moi dans ce domaine. Pourtant je m'intéresse beaucoup à la politique, mais s'intéresser à la politique n'implique pas qu'on soit doué pour la politique. C'est un peu comme le foot : commenter les matches dans un fauteuil  n'implique pas qu'on se débrouillerait sur un terrain avec un ballon.

Me fondant donc sur la pertinence des réflexions politiques de ma femme et de ses choix dans ce domaine, j'en infère, sans grand risque de me tromper, que les femmes ont plus de dons que les hommes pour la politique.

C'est la lecture d' Hannah Arendt qui m'a fait comprendre pourquoi.

Constatant que l'existence humaine toute entière se déroule sous la tension des deux pôles de la naissance et de la mort et donc,  pour ce qui est de l'espèce, de la natalité et de la mortalité, Hannah Arendt définit le pôle de la mortalité comme le pôle de la pensée métaphysique, et le pôle de la natalité comme le pôle de la pensée politique et de l'action politique.

Qu'est-ce qu'un nouveau-né ? C'est, dit Hannah Arendt, un étranger sur la Terre, aussi étranger qu'un cosmonaute débarquant sur une planète inconnue. La tâche de ceux qui sont  arrivés avant lui, c'est de l'initier aux usages du lieu, c'est de lui apprendre à se débrouiller dans ce monde où il entre sans en rien connaître. L'éducation est donc un aspect fondamental de la politique.

Qu'est-ce que, plus largement, la politique au sens le plus noble du  terme ? c'est  savoir quel monde nous voulons transmettre, au terme de notre existence si éphémère, à ceux qui vont prendre notre place, et c'est agir pour aménager ce monde que nous voulons leur remettre, à eux qui en deviendront à leur tour responsables. C'est leur intérêt et leur avenir à eux -- très secondairement le nôtre -- qu'une pensée et une action politiques dignes de ce nom devraient avant tout prendre en compte. L'exemple de la dette publique française a montré, depuis des années, à  quel point cette façon d'envisager la politique est systématiquement négligée, malgré de multiples avertissements et voeux pieux.

Si la politique se définit comme cela, il est clair pour moi que les femmes ont immédiatement plus de dispositions pour en faire que les hommes.

Les hommes sont bien plus du côté de la mort que les femmes. Enfin, il me semble. Ce sont plutôt eux qui se posent les questions métaphysiques. Ils sont aussi,  en général, beaucoup plus individualistes et égoïstes que les femmes. Quant à l'action politique, on sait comment, depuis la nuit des temps, ils la conçoivent : comme un moyen d'accaparer le pouvoir et de le conserver, généralement par l'élimination des rivaux, et souvent par leur élimination physique. Partout dans le monde, la politique selon les mâles a partie liée avec le meurtre, des hommes, des femmes, et -- sacrilège des sacrilèges -- des enfants.

Les femmes, au contraire, parce qu'elles sont immédiatement du côté de la naissance et de la perpétuation de la vie et de l'espèce, sont immédiatement plus aptes à la transmission et à la préparation de l'avenir pour les générations suivantes, donc à la politique dans sa forme la plus noble.

En tout cas, vu le bilan catastrophique de millénaires de politique gérée par les mâles, l'humanité n'a rien à perdre à confier résolument les responsabilités politiques aux femmes.

Bon, ça, c'est les principes, mais de la féminité idéale de l'action politique à l'action politique des femmes réelles subsiste une certaine distance. Je n'en reste pas moins persuadée qu'une politique moins violente et plus soucieuse de l'avenir des nouvelles générations passe par la participation accrue des femmes à la politique.


Hannah Arendt,   Condition de l'homme moderne, traduction de Georges Fradier ( Gallimard / Quarto )


( Rédigé par : la grande Colette sur son pliant )





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