samedi 14 juillet 2012

Remonter à pied la Durance (1)

C'est un de mes rêves,  jamais réalisé : remonter à pied le cours d' un des grands fleuves, d' une des grandes rivières de France. Prendre le temps qu'il faut. Dans mes cartons, quelques projets : l'Allier. La Bléone. La Dordogne. L'Yonne. La Vienne. La Charente. La Durance.

Pourquoi remonter, et pas descendre ? Parce que c'est plus sportif. Parce que, vers le haut, c'est toujours plus beau. De toute façon on peut se retourner à tout moment pour admirer le paysage. Parce qu'il est toujours bon de remonter aux sources. Et, dans le cas de la Durance, pour ne pas avoir le soleil dans les yeux les trois quarts du temps. En somme, la remontée du cours d 'une rivière s'apparente de près à l'exploration amoureuse du corps d 'une femme. Du reste, presque toutes ont un nom féminin.

Belle entreprise, idéale pour un marcheur retraité, car je compte trois à quatre mois de voyage, au bas mot. Le cours de la Durance dépasse en effet les 300 km, pour un dénivelé de plus de 2000m : plus d'un ouvrage d'art fut nécessaire pour discipliner le cours de ce torrent impétueux, et qui le reste en amont du lac de Serre-Ponçon. Et tout ce qui mérite un détour, comme disait naguère le guide vert, ne saurait être négligé.

Druentia : tel est le nom de la Durance dans Tite-Live : " Hannibal ab Druentia campestris maxime itineribus ad Alpes pervenit " ( "Parti de la Durance, Hannibal parvint aux Alpes en empruntant presque toujours des chemins de plaine.") . Il semble qu'il ait tenté le passage du Rhône à Caderousse, un peu au Nord d'Avignon. Je vais donc suivre l'itinéraire emprunté par Hannibal pour atteindre les Alpes, les franchir avec ses éléphants et débouler dans les plaines du Piémont. En fait, il n'est pas sûr qu'Hannibal ait emprunté la vallée de la Durance. Le récit de Polybe, antérieur d'un siècle à celui de l'historien  latin, suggère qu'il remonta plutôt le cours de l'Isère. Et s'il a bien remonté, partiellement ou en totalité, celui de la Durance, plusieurs passages étaient possibles, du col de Larche au col du Montgenèvre. Jusqu'à présent, aucune découverte archéologique n'a permis de départager les candidats. On finira bien par trouver une défense d'éléphant sous un pierrier d'Ubaye, du Queyras ou du Briançonnais !

Donc,  un matin de juillet, à l'aube, à l' heure où blanchit la campagne, je partirai. Mon point de départ sera la pointe de Courtine, sorte de bec d'Ambès provençal (ça me donne envie de remonter la Dordogne, tiens, mais on ne peut pas tout à la fois) que j'espère voir dans sa splendeur naturelle avant que les promoteurs et aménageurs ne l'aient complètement bétonné, ce qui ne devrait pas tarder. De là je rejoindrai Avignon car le festival viendra de commencer et je compte y passer une bonne huitaine, avec, peut-être, une soirée dans la Cour d'honneur, où  je n'ai plus mis les pieds depuis la Mère courage de Brecht / Vilar. Tout le monde sait, ou plutôt tout le monde ignore que le site d'Avignon fut choisi et s'est développé  parce que son rocher contrôlait le confluent du Rhône et de la Durance.

( A suivre )


( rédigé par : la grande Colette sur son pliant )




1 commentaire:

JC (annibal de 14 juillet) a dit…

Courageux, à l'âge mûr, de tenter l'expérience de cette remontée annibalesque ! Ne pas y aller seul.

Il m'arrive parfois d'être attiré par cette envie de rupture (non, pas celle du pitre agité trop tôt retiré à notre affection... !), ce désir de rompre les racines, de partir au loin .... bref de me comporter comme un aventurier antique, aventurier Carte Bleue.

Alors, n'écoutant que mon courage, je pars de la terrasse du troquet où je rêve, pour l'autre terrasse de bar de la place... cinquante mêtres plus loin !