lundi 23 juillet 2012

Un liquidateur du gaullisme : François Hollande

Aux insurgés syriens


 Lors des cérémonies commémoratives de la rafle du Vel d'Hiv, François Hollande a déclaré qu'elle fut un crime "commis en France par la France ".

Affirmer cela suppose qu'on liquide les valeurs du gaullisme en ce qu'elles eurent de meilleur. Des valeurs dans lesquelles il n'est pas besoin d'être gaulliste pour se reconnaître. Et celui qui l'affirme méconnaît gravement, à mon avis, l'essence du politique, en ce qu'il a de plus haut.

Que ce crime ait été commis en France, tout le monde le sait. Mais qu'il ait été commis par la France, halte là !

Ce n'est pas en effet "la France" qui commit ce crime, mais les dirigeants et les exécutants d'un Etat inféodé à la puissance occupante et qui prétendait représenter la France. D'un Etat-croupion soumis à l'occupant nazi au point de calquer ses "lois" scélérates sur les siennes.

A l'époque, le général de Gaulle ne cessait de répéter depuis Londres que ces gens-là ne représentaient pas la France, qu'ils n'étaient pas la France. Et il avait raison.


De Gaulle est l'inventeur de l'expression " la France libre ". Ce faisant, il a formulé un pléonasme :  la France est libre, autrement elle n’est pas la France. Dans son essence (dans son Idée platonicienne, si on veut),  il y a la liberté. De même, un Français est un citoyen libre, ayant voix au chapitre sur les décisions politiques, c’est-à-dire les décisions de la cité, autrement il n’est pas un Français. De même, un citoyen participe librement aux décisions de la cité, autrement ce n’est pas un citoyen mais un esclave. Pour les Athéniens du temps de Périclès, c'était une évidence, que nous avons tendance à oublier.

Le régime de Vichy ne pouvait, de toute façon, ni incarner la France ni la représenter, puisque, depuis la fin de l'année 1940, la France, en tant qu'entité politique distincte et indépendante digne de ce nom, n'existait plus. Le territoire dépecé qui, autrefois, s'était appelé France, ne méritait plus, lui non plus, ce beau nom. Quant à la population qui vivait sur ce territoire, elle ne méritait plus, elle non plus, pour l'essentiel, le nom de peuple, et encore moins le nom de peuple français, étant, dans son immense majorité, réduite, comme le dit Chateaubriand des Athéniens de son temps, à l'état de populace esclave. Tels étaient les effets terribles de la défaite de 1940. Elle avait ôté d'un coup à des millions de gens le titre et la dignité de citoyens libres d'une nation libre. Les hommes ont des droits tant qu'ils savent les défendre...

 En France, on n'a pas pris la pleine mesure, encore aujourd'hui, du cataclysme que fut cette défaite et de la gravité de ses suites : dès les pleins pouvoirs à Pétain votés, la République est morte, la démocratie est morte. La continuité établie par ce vote entre la IIIe République et le régime de Vichy est purement formelle. Elle est vide de sens. Pétain, représentant légal de la France, est dans le rôle d 'un exécuteur testamentaire bien décidé à trahir les dernières volontés du défunt, en l'occurrence un pays lui-même défunt puisque découpé en deux zones, dont l'une est entièrement soumise au bon vouloir de l'occupant, tandis que l'Alsace et une partie de la Lorraine sont annexées, que les côtes sont interdites d'accès. Dès l'entrevue de Montoire (24 octobre 1940), la France cesse de fait d'exister en tant que nation indépendante. Les droits de ceux qui avaient été les citoyens libres d'un pays libre sont bafoués, anéantis. Il n'est pas questions de débattre, sous aucune forme, des décisions prises par le pouvoir. Nous avons eu la chance inouïe que ça n'ait duré que quatre ans. Imaginons dix, vingt, trente ans d'occupation, que serait-il resté de ce pays qu'on avait appelé autrefois la France et qui, entre 1940 et 1944, n'était pas plus la France que la Grèce du temps de Chateaubriand, soumise aux Turcs, n'était la Grèce, mais seulement une obscure province de l'empire ottoman.

Les dates des lois antisémites de Vichy sont un bon indicateur de la progression de l'asservissement de la France : dès juillet 1940, les lois de dénaturalisation privent un grand nombre de Juifs français de leur nationalité, dont tous les Juifs d'Algérie. Un premier statut des Juifs est promulgué au début du mois d'octobre 1940. Que ces lois soient aussi le produit de l'antisémitisme bien présent et virulent d'une partie de la société française, cela ne fait pas de doute. Mais il ne fait pas de doute non plus qu'elles s'inscrivent dans un processus d'alignement de la législation française sur la législation nazie. Le personnel  "politique" de Vichy n'est formé qu'en apparence de "citoyens" "français" gouvernant et administrant une nation indépendante ; il s'agit en réalité de larbins aux ordres chargés, qu'ils en aient conscience ou non, d'exécuter la politique des nazis. Ironie de la situation : ceux qui privent alors les Juifs de leur nationalité ne se rendent pas compte qu'en agissant ainsi, ils s'en dépouillent eux-mêmes, ainsi que leurs compatriotes. D'où l'hystérie de leurs gesticulations patriotiques, destinées à occulter la vérité de leur situation. Même aujourd'hui, admettre la radicalité de cet asservissement en fait reculer plus d'un. Que le vainqueur de Verdun  se soit mué en serf objectif de Hitler et en exécutant zélé de sa politique, cela reste difficile à avaler.

C'est cela, la réalité des années 1940/1944, aujourd'hui encore largement occultée en France. On sait très bien pourquoi il en est ainsi : la période fut un tel festival de valses-hésitations et de palinodies, on retrouva si souvent aux commandes les mêmes avant et après (voir le parcours politique de Mitterrand, les affaires Papon et Bousquet),  qu'il fallut bien, après la Libération, raccommoder les meubles en déclarant venu le moment de la "réconciliation" des Français et en admettant que, n'est-ce pas, les choses n'étaient pas si simples, qu'il y avait des patriotes dans les deux camps, que la nature humaine, n'est-ce pas, etc. C'est ce discours lénifiant et mensonger qui a conduit à cet autre mensonge qui prétend que la France est partie prenante dans les crimes de Vichy. En proclamant officiellement que "la France" a commis le crime de la rafle du Vel d'Hiv, François Hollande ne met pas fin à ce mensonge, il le perpétue au contraire. L'hommage, dans la foulée, aux Français qui ont continué la lutte contre les nazis illustre les contorsions  logiques auxquelles le conduit cette attitude, et qui se résument à l'art bien connu qui consiste à mélanger les torchons avec les serviettes.


Que reste-t-il en effet de  la France, dans ces années sombres ? Où est-elle ? Elle est à Londres et partout dans le monde et sur le territoire de l'ancienne France, dans les maquis, dans les réseaux de résistance, partout où des femmes et des hommes qui, eux, méritaient pleinement le nom de Français et de citoyens français, continuaient la lutte contre l'occupant nazi, en distribuant des tracts, en organisant des attentats, en cachant des Juifs. Nulle part ailleurs.

La vérité est donc que le crime de la rafle du Vel d'Hiv ne put  être commis par la France ni par le peuple français, qui n'existaient plus, mais par une minorité d'imposteurs, d'escrocs politiques, prétendant agir au nom de la France et représenter le peuple français.

On dira que, dans le coeur de ces millions de femmes et d'hommes réduits à la servitude, vivait l'amour de la patrie et la haine de l'occupant. Mais que valent un amour et une haine qui restent scellés dans le silence du coeur et qui ne s'expriment pas par des actes? Peut-on dire seulement qu'ils existent ? Au vrai, c'est comme s'ils n'existaient pas.Qui ne dit mot consent. Qui ne lève pas le petit doigt pour empêcher le crime s'en fait le complice. Si l'esclavage auquel on prétend te soumettre te révolte, ose la révolte.

Ainsi la France n’a pas commis le crime de la rafle du Vel d’Hiv. Puisque ce n’était pas la France. Puisque la France était ailleurs.

Qui a dit : "Rome n'est plus dans Rome , elle est toute où je suis  " ?


Additum 1  : L'existence d'un espace politique  ( au sens que les anciens Grecs donnaient au mot politique ) est subordonnée à la liberté des citoyens qui le peuplent, et qui détiennent seuls le privilège de délibérer des affaires de la cité. Autrement, soit le mot de politique n'a aucun sens, soit il est gravement détourné de son usage légitime, comme nous le constatons dans le monde contemporain. Un espace tyrannique n'est pas un espace politique, autrement dit un espace authentiquement public (l'espace où délibèrent les citoyens), mais un espace privatisé par l'usage de la force. Le régime encore au pouvoir en Syrie déploie des efforts désespérés pour sauver cette privatisation de l'espace public à laquelle s'emploie tout régime tyrannique et pour empêcher la restauration -- ou l'instauration -- d'un authentique espace public (ou politique, les deux mots étant synonymes -- on rappellera que politique vient de polis, mot qui désigne la cité en tant que collectivité des citoyens, tandis que public vient de populus, mot qui désigne le peuple, ensemble des citoyens ).

Additum 2  :  Heureusement, l’esclavage n’est pas une essence, c’est un état qui, comme tout état, peut être transitoire. Qui a perdu sa liberté politique, même momentanément, est ravalé au rang d’esclave. Qu’on soit un protégé, un privilégié du nouveau régime ou non, ne protège pas de ce sort. Pétain, ses ministres et ses hauts fonctionnaires, n'étaient pas moins esclaves que les autres. Dans la Rome antique, certains esclaves jouissaient de commodités de toutes sortes que plus d’un homme libre pouvait leur envier. En perdant leurs droits de citoyens, de 1940 à 1944, les Français accédèrent à l’enviable statut d’esclaves. Je dis « enviable » parce qu’à certains égards ce statut est confortable : il rejoint, au fond, le statut de mineur en tutelle. Le maître pense à la place de l'esclave, il délibère à sa place, il décide à sa place, comme il le fait de l'enfant mineur, le maintenant dans l'ignorance de ce qu'il décide et fait. L'esclave, comme l'enfant, n'a qu'à se laisser guider, les yeux fermés. C'est ainsi que le statut d'esclaves auquel étaient tombés les Français entraînait, par exemple, qu’ils pouvaient aisément se foutre de ce qui arrivait aux Juifs ; on leur faisait comprendre qu'ils n’avaient pas à s’en préoccuper, qu'ils  ne le devaient pas, que les autorités s’en occupaient pour eux, tout en les maintenant soigneusement, par surcroît de précautions, dans l'ignorance de la réalité, ou leur en présentant une image soigneusement édulcorée..

Qui a dit que le sort d’un citoyen libre était plus enviable que celui de l’esclave ? Ce dernier n’a pas à assumer chaque matin ses responsabilités de citoyen libre. Et puis un régime autoritaire est souvent bien plus efficace, pour le meilleur comme pour le pire, qu’un régime démocratique. Les citoyens et leurs représentants y sont soumis à toutes sortes de pression qui visent à restreindre leur liberté de décider et d'agir dans l'intérêt commun. L' affaire du vote des pleins pouvoirs à Pétain en 1940 montre d'ailleurs quelle tentation de se défausser de leurs inconfortables responsabilités peut s'emparer des citoyens dans une situation critique  : ces députés,  affolés, tout à leur hâte de brader la République, de la solder à l’homme providentiel…, quelle misère.  De Gaulle avait un mot pour ça : la chienlit. C’est de cette faiblesse inhérente à la démocratie que mourut jadis la démocratie athénienne. Montesquieu l’explique très bien dans  l’Esprit des lois . A contrario, l'exemple d'un Démosthène luttant jusqu'au bout pour sauver la liberté du citoyen reste et restera toujours d'une totale actualité.

Sur cette problématique de la liberté, un film, hier soir, sur Arte, disait beaucoup, sur le mode de la comédie :  The Graduate . Ménandre peut parfois donner un coup de main à Aristophane.

Additum 3 . -  L’un des aspects majeurs du système d’asservissement mis en place en Europe par les nazis, c’est la destruction systématique de l’espace politique des peuples soumis. La version hard du système, c’est la Pologne soumise à un gauleiter. La version soft, c’est Vichy. Mais c’est fondamentalement la même chose. Nous n’avons pas la « chance » d’avoir eu Vichy, et Vichy n’est pas une invention désespérée du génie français pour sauver ce qui pouvait l’être. C’est l’Allemagne nazie qui a daigné nous imposer Vichy, selon les modalités que les circonstances lui paraissaient nécessiter, comme le prouve l’occupation de la zone « libre » en 1942.

Le danger de toutes les tentatives pour trouver des excuses à Vichy, c’est de perpétuer l’idée fausse selon laquelle il peut être utile, humain, voire généreux, d’entretenir une illusion de liberté, quand la liberté a disparu, et celle de croire que l’esclave pourra récupérer sa liberté en servant fidèlement son maître. Et quoi de  plus merveilleusement pratique et efficace, pour un maître, qu'un esclave qui n'a pas conscience de l'être ?


Hannah Arendt,   Condition de l'homme moderne    (Gallimard / Quarto )

Montesquieu ,   L'Esprit des lois  (GF)

Chateaubriand,    Itinéraire de Paris à Jérusalem  ( Gallimard / Pléiade )

Corneille,            Sertorius      ( Gallimard / Pléiade )

La Rafle,  film de Josée Dayan


( Rédigé par : Onésiphore de Prébois )


2 commentaires:

JC a dit…

Enorme connerie, bien française, du nouveau Président légitimement élu ! Si énorme...qu'elle va certainement accoucher de beaucoup de petites durant 5 ans !

La peuplade gauloise a ce qu'elle mérite : un pître à la place d'un agité du bocal !

JC a dit…

Enorme connerie, bien française, du nouveau Président légitimement élu ! Si énorme...qu'elle va certainement accoucher de beaucoup de petites durant 5 ans !

La peuplade gauloise a ce qu'elle mérite : un pître à la place d'un agité du bocal !