jeudi 30 août 2012

"L'Opprobre", de Richard Millet : à manipuler avec précautions

" Dans le métro, il ne reste plus qu'un siège dans un carré de quatre places : je m'y assois près d'un Pakistanais qui pue les épices, d'un vigile caucasien dont le chien empeste le mouillé, d'une fillasse en chaussures de sport qui sent des pieds et d'un type, debout près de moi, qui exhale une haleine chargée de tabac froid. Je me lève, cherche une autre place : il n'y en a pas. Je reste donc debout, entre un Noir sentant un mélange de haschich et de transpiration et une ménagère qui écoute si fort son mp3 qu'à elle seule, en oscillant la tête de droite à gauche et inversement, elle résume l'ilotisme contemporain. Je descends du wagon, monte dans un autre où il n'y a pas plus de place, puis quitte le métro à la station suivante, bien avant ma destination, quoiqu'il pleuve et que les rues soient encombrées de voitures, et les trottoirs par des cyclistes agressifs. Je me réfugie dans l'église Saint-Antoine où je tente d'oublier le bruit du monde auprès d'une vieille femme qui rote de l'ail en marmonnant, et que je fuis en me signant comme si c'était le diable en personne. Que peut la littérature contre cela ? A quel saint me vouer ? Où trouver la force de rester humain ? "
                                      Richard Millet ,    l' Opprobre, essai de démonologie 


Allons, allons, tant qu'il existera des écrivains capables d'une telle verve, il n'y a pas lieu de désespérer de la littérature. Je soupçonne Richard Millet d'avoir fortement mis en  scène cette "chose vue mais bon, on ne va pas bouder le plaisir qu'il nous donne.

Tout n'est malheureusement pas de ce niveau dans ce recueil d'aphorismes et de textes courts qu'est l'Opprobre, où Richard Millet  fait l'inventaire de ses détestations et de ses rejets :

" Comment, vous n'aimez pas M. ? Pourtant, il est chrétien, comme vous, et s'intéresse à des auteurs rares ou réprouvés...
-- C'est lui qui ne m'aime pas, faisant même profession de me haïr après m'avoir encensé. Et puis, il a le cul gras ! Il m'a suffi de le voir terminer une assiette de frites pour comprendre qu'il écrit comme il fiente... "

Ce bref dialogue donne une idée de ce qu'on peut trouver de plus médiocre dans l'Opprobre  . Cela ne vole guère plus haut qu'une lunette de W.C.

Le plus drôle est que ces lignes sont immédiatement suivies de la remarque suivante :

" Nulle théorie nouvelle de la littérature, nulle définition des raisons pour lesquelles j'écris, ni pour qui : écrire, dans l'intransitif, envers et contre tout, dans l'allègement qui est musique. "

Inconscience ou habileté provocatrice ? Il faudra chercher ailleurs que dans ce bref règlement de comptes avec un confrère inconnu cet "allègement qui est musique ", et peut-être dans un autre ouvrage de Richard Millet que dans cet Opprobre, où les sentences aussi définitives qu'arbitraires, lourdes d'obsessions et des préjugés qui vont avec, abondent :

" S'en prendre à l'iconostase contemporaine, tel est le délit majeur : dire que Beckett est rasoir, que Toni Morrison écrit des romans politiquement corrects, qu'Elfriede Jelinek a eu le prix Nobel parce qu'elle est  anticatholique, que Jim Harrison fait de la littérature de gare, que Julien Gracq est quelque peu surestimé, tout comme Nabokov ou Yourcenar, c'est se vouer au bûcher ".

Prétendre que les effigies d'Elfriede Jelinek, de Jim Harrison ou même de Gracq trônent, universellement encensées, dans  " l'iconostase contemporaine ", c'est un peu vite laisser entendre qu'on est le seul à oser critiquer certains de leurs livres. Millet arrange cette iconostase à sa guise, de façon à émettre  sur ces auteurs des jugements à l'emporte-pièce aussi dépourvus de justification les uns que les autres . Cela ne me gêne pas qu'on trouve Beckett "rasoir" , je trouve seulement cela dommage pour celui qui s'en tient à cette appréciation. Et puis, cette façon de se poser en grand réprouvé de la critique et de la littérature contemporaines --  leitmotiv le plus ressassé de ce  livre, lui aussi dépourvu de la moindre justification -- devient assez vite exaspérante.

Ailleurs, ce catholique fervent trouve des formules autrement convaincantes pour dénoncer le vide spirituel qui, selon lui, mine nos sociétés :

" Le Christ, seul, s'adresse à notre souffrance : l'oublier, c'est faire en sorte que le Prozac ait remplacé la Parole . "

" Aux imbéciles qui tentent de me convaincre de l'inexistence de Dieu par les comptes qu'Il ne nous rend pas et par le mal qu'Il laisse proliférer,  je réponds sans relâche que nous n'avons nul compte à Lui demander, que c'est là une logique de boutiquier voltairien, Homais se mesurant à Hans Jonas, quelque chose de médiocre, d' indigne, en tout cas, de ceux qui savent que la traversée de soi qu'on effectue en écrivant ou en priant,  est une traversée du bien et du mal. "

Dieu ou l'Absolu, et rien d'autre. On se dit, en lisant ces lignes, qu'en fin de compte, le Dieu de l'Islam conviendrait mieux à Millet que le Père barbu du plafond de la Sixtine. Finira-t-il par nous faire le coup d'une conversion sur le tard à l'Islam ? Ce serait une fameuse surprise ! Je rigole.... quoique :

" Vient un moment où on ne peut que donner raison à Ben Laden, pour peu qu'il ne soit pas une fiction américaine ou islamiste. Je comprends qu'on déclare la guerre à l'Occident, lequel n'est plus une civilisation mais une idéalisation cynique de la démocratie, c'est-à-dire le contraire de toute vie spirituelle, de toute mémoire féconde : une puissance mortifère. Tout en haïssant l'islamisme, j'abhorre à peu près les mêmes choses que lui. Mais je ne serai pas un apostat. "

On verra. Pour le moment, ce que Millet abhorre, c'est, outre la démocratie, l'Islam et l'immigration :

" Là où l'Islam est soluble, c'est dans l'innombrable multiculturel des U.S.A. Plaçons-le dans une petite société fragile telle que le Québec, il devient le vecteur même de sa destruction, révélant par là sa vérité : 300 000 musulmans sur quelques millions de Québécois déchristianisés, et nous avons une problématique libanaise. "  Puissance d'autant plus destructrice que, selon Millet, l'Islam "rencontre un vide spirituel sidéral ". (1).

Extrapolons à la France en modifiant les chiffres et nous devrions conclure que nous ne sommes pas loin de la problématique libanaise, si nous admettons cette analyse, qu'on aurait tort, à mon avis, d'écarter avec mépris en traitant son auteur de fasciste à peine déguisé. N'oublions pas qu'il sait de quoi il parle, ayant longtemps vécu au Liban où il a combattu dans les rangs des Phalangistes chrétiens.

" Je regardais l'autre jour, au milieu d'une royale journée d'automne, or, rouge et bleu, une musulmane voilée des pieds jusqu'à la tête traverser le pont du Carrousel puis pénétrer dans la cour du Louvre ; le vent qui soufflait fort lui donnait l'air d'un personnage du Carnaval vénitien ; il était en tout cas impossible de penser que, dans ce paysage si français, cette femme pût être française -- ou alors il faudrait considérer que la France est devenue un émirat . Qu'on ne me jette pas tout de suite la pierre : je ne fais que réfléchir à ce que peut être que de vivre dans une France qui a perdu toute dimension symbolique et historique, et dont ce paysage reste la quintessence, laquelle réfute la possibilité d'un islam français . Et lorsque je dis ne pas croire qu'on puisse être français et musulman, je ne fais que rappeler que l'Europe est chrétienne. "

Où l'obsession de l'invasion islamique confine à la paranoïa... Rassurons-nous tout de même : il  semble bien que, pour Richard Millet, l'Islam soit soluble dans le Carnaval !

Voilà en tout cas un jusqu'auboutisme qui risque d'entraîner son auteur au-delà de sa croisade anti-islamique, comme on s'en aperçoit en modifiant légèrement la phrase finale selon la logique qui la sous-tend : " Et lorsque je dis ne pas croire qu'un puisse être français et ne pas être chrétien, je ne fais que rappeler que l'Europe est chrétienne. "

L'allégeance de Millet au catholicisme, dans le cadre plus large du christianisme, en référence aux valeurs chrétiennes, pose problème. Le refus de l'immigré musulman ou Noir me paraît faire fi du coeur de l'enseignement du Christ. Il semble que chez Millet, le catholicisme tende à se réduire à un marqueur communautaire (comme le suggère aussi son passé de phalangiste libanais), ce qui est malheureusement le cas aujourd'hui dans diverses régions du monde. Les phobies de Millet en dehors de l'Islam déclinent toutes une quête d'identité fondée sur la recherche de sa différence et non de ce qui l'unit aux autres. D'où cette antienne chez lui d'une solitude parfois déplorée mais surtout revendiquée. Le christianisme de Millet, en somme, c'est ce qui reste du christianisme quand on en a ôté l'essentiel.


Autre détestation de Millet : le multiculturalisme. Ainsi s'insurge-t-il contre l'inscription de cinq "morceaux"  ( les guillemets sont de lui ) de Jimi Hendrix au programme de l'épreuve de musique du baccalauréat, sous prétexte que l'éducation musicale doit embrasser toute la diversité des musiques . " Derrière ce voeu pieux, écrit-il,  il y a évidemment le mépris de la musique savante, rejouant pour la musique ce qui s'est passé pour la littérature : la destruction de la verticalité au profit de la parcellarisation de la culture redéployée en fourre-tout culturel .  "

"Il y a évidemment le mépris..." : le  moins qu'on puisse dire, c'est que les évidences de Millet ne le sont pas forcément pour son lecteur. On pourrait lui retourner le compliment en lui répondant que, derrière sa remarque, il n'est  pas difficile de repérer le mépris des musiques populaires et le vieux préjugé qui consiste à établir une frontière et une hiérarchie, forcément fragiles, entre musiques populaires et musiques savantes. " Baisse ta musique de nègre ", me criait mon père du bas de l'escalier quand j'écoutais Ray Charles un peu trop fort. En destructeur inconscient de la verticalité que j'étais, je n'établissais pas de hiérarchie entre mes deux compositeurs préférés de l'époque, Ray Charles et Jean-Sébastien Bach. Vieux préjugés ont la vie dure... Prétendre poser a priori de telles hiérarchies témoigne surtout d'une certaine...inculture musicale. Un grotesque, dans je ne sais plus quel film français des années 60, déclarait déjà, péremptoire : " Pour moi, la musique s'arrête au XVIIIe ". Juste avant la Révolution française, évènement que Millet considère comme le point de départ de la décadence de l'Europe.

Il est vrai qu'on a du mal à imaginer une jeune musulmane voilée dissertant au bac sur Jimi Hendrix ! Quoique...


" Le silence de Dieu rend la littérature possible ", écrit aussi Richard Millet. Rend-il aussi la morale possible ? C'est ce que pense un Michel Onfray ( dont je partage sur ce point l'opinion) pour qui la construction d'une morale n'a nul besoin de se référer à une transcendance divine, étant le résultat d'un arrangement entre les hommes pour rendre possible et tolérable la vie en société. Conception de la morale qui rend possible de concevoir une société laïque. Mais Richard Millet n'aime pas les sociétés laïques. Au fond, la charia, à la mode catho, ce serait bien son truc. Millet, encore un effort...

Note 1 . - " un vide spirituel sidéral " : voilà un exemple de ces formules saisissantes qu'affectionne Richard Millet dans ce livre et qui ne sont, en vérité, que le cache-misère de sous-entendus qui, pour peu qu'on les dévoile, révèlent des approximations intellectuelles elles-mêmes... sidérales. Car enfin, qu'est-ce qui autorise Millet à affirmer que nos sociétés sont affligées d'un "vide spirituel sidéral", sinon qu'elles sont largement déchristianisées ? Comme si, hors du christianisme, il ne pouvait exister de vie spirituelle digne de ce nom. D'autre part il est clair que Millet confond vie spirituelle et croyance de masse. Peut-on dire que dans bien des pays où l'Islam est la religion officielle et la religion de l'immense majorité des habitants, il existe une vie spirituelle beaucoup plus intense que dans nos sociétés laïcisées ? Ou alors c'est la formule qui est bancale : il ne fallait pas parler de "vide spirituel" mais de "vide religieux", ce qui aurait été, à mon sens, bien plus satisfaisant et aurait permis de poser déjà plus clairement le problème. Une formule apparemment bien tournée qui peut frapper l'esprit dans l'instant mais qui reste en définitive très approximative  ne saurait escamoter la complexité des réalités . Millet, champion d'une langue classique précise, voit là sa meilleure arme se retourner contre lui. Cet admirateur de Boileau devrait se répéter plus souvent la sentence célèbre :

" Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement
  Et les mots pour le dire arrivent aisément  "

On ne peut pas dire que les mots n'arrivent pas aisément à Richard Millet. Pour autant, énonce-t-il toujours clairement ce qu'il a bien conçu ?

Additum  - Je lis parmi les commentaires du billet que Pierre Assouline consacre, sur la République des livres,  au dernier pamphlet de Millet, ces lignes, signées du pseudo Royaume de Viam, qui porte un regard juste et éclairant sur cet écorché vif qu'est sans doute Richard Millet :

" Laissez Millet sentir son siècle, l’excréter, laissez-le nous montrer les fèces et les lambeaux de chair.
Il ne m’incite en aucune manière à me « fasciser », il me semble se protéger, faire de l’écorce, celle-là même que les latins ont complexifiée en cortex et liber.
Oui, l’écorce qui est liber et qui à donné le livre!
"
L'étincelle
( Rédigé par : John Brown )

mardi 28 août 2012

Pour Richard Millet

A-t-on le droit d'être d'extrême-droite en France ? A-t-on le droit d'afficher des opinions d'extrême-droite sans que cela nuise à sa situation professionnelle, par exemple ?

L'existence du Front national, d'élus de ce parti, d'une presse d'extrême-droite,  la candidature de Marine Le Pen aux dernières présidentielles suggèrent qu'on peut librement afficher en France des opinions d'extrême-droite et militer pour elles.

Pourtant, les réactions au dernier pamphlet  de Richard Millet, Eloge littéraire d'Anders Breivik, font peser une menace réelle sur l'activité professionnelle de l'écrivain, alors que cette activité n'a rien à voir avec ses positions idéologiques.

Richard Millet fait en effet partie du comité de lecture des éditions Gallimard, où l'on s'accorde à reconnaître son professionnalisme et son efficacité. Il ne semble pas qu'il ait jusqu'ici usé de son influence pour faire publier des ouvrages allant dans le sens de ses idées ou pour barrer le chemin à des livres qui s'y opposaient.

J'ai découvert  Richard Millet avec l'Opprobre (Gallimard / 2008). J'y avais apprécié un sens incisif de l'aphorisme et l'intérêt de réflexions qui, pour autant ne m'avaient pas toujours semblé procéder d'une rigueur intellectuelle suffisante. J'avoue que mes propres réflexions sur le déclin de l'Europe recoupent cependant partiellement les siennes , qui font écho, me semble-t-il, aux préoccupations de nombreux Européens. Le pessimisme provocant de l'écrivain n'est pas pour me déplaire. Question de goût personnel.

Il est certain que, même si le dernier brûlot de Millet est paru chez un autre éditeur, ce qu'il y dit risque de ne pas faire une bonne publicité à l'éditeur chez qui il travaille et qui  a publié nombre de ses livres. Certains écrivains maison ( Tahar ben Jelloun, Annie Ernaux ) expriment déjà leur gêne. Annie Ernaux souhaite manifestement le départ de Millet du comité de lecture.

Ce départ serait pourtant largement aussi gênant car il ne pourrait être interprété que comme une sanction infligée à Richard Millet, non pour la qualité de son activité professionnelle, mais pour ses opinions personnelles, ainsi que comme un acte de censure idéologique, au nom de l'idéologiquement correct.

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est pourtant claire à ce sujet. Elle protège Richard Millet comme un autre, tant que ses opinions ne tombent pas sous le coup de la loi.

Souhaitons, en tout cas, au dernier livre de Richard Millet un large succès public et soutenons sans faillir son droit à exprimer librement ses opinions.

" La violence de l'ordre, le nouvel ordre moral, voilà ce que je combats ", écrit Millet dans l'Opprobre. Sur ce terrain-là, on ne peut que se ranger à ses côtés.

Soutenons Richard Millet et surtout, lisons-le.

Additum . - De Richard Millet, prélevées au hasard dans l'Opprobre, essai de démonologie, ces quelques lignes, qu'un Cioran n'aurait sans doute pas désavouées :

 " Si je hais l'humanité ? Est-ce qu'on peut abhorrer sérieusement les vaches et les oiseaux ? Je ne déteste que l'érection de l'humanité en principe politique définitif. Quant à l'homme, autre principe sacralisé, il me suffit que Caïn ait tué son frère pour le tenir à distance, ou regarder avec méfiance cet ersatz de sacré à usage laïque. "

Et puis : " je suis l'étrangeté même du français que j'écris  ". Belle et profonde définition de l'écrivain authentique.

C'est peut-être ainsi qu'il faut lire un livre comme l'Opprobre : à l'aventure. La forme de l'aphorisme ou du texte court, d'ailleurs, y invite. On garde ce qui est bon et on oublie le reste.

Antoine Gallimard avait déclaré qu'il ne publierait pas d'autres livres comme l'Opprobre. Relisant quelques passages, je m'interroge sur les raisons d'une  telle frilosité, s'agissant d'un livre riche, souvent admirablement écrit, sinon la non-conformité effective  au politiquement correct de nombre de remarques.

Additum 2 -  Je mets ici en ligne un commentaire de notre ami John Brown qui, lui non plus, n'en est plus à une provocation près :

"L'approche esthétique que propose Richard Millet des actes d'Anders Breivik doit retenir l'attention. Elle s'inscrit dans la tradition du livre de Thomas de Quincey, De l'assassinat considéré comme un des beaux arts. Rien que de très classique donc. Au demeurant, la Norvège se situant géographiquement aux confins du monde habité et civilisé, et ne faisant pas partie de la communauté européenne, ce qui peut arriver à ses habitants doit nous être à peu près aussi indifférent que ce qui se passe chez les Papous ou chez les Mexicains. Débarrassons-nous donc de cette religion obscène de la compassion tous azimuts, produit abâtardi de la crétinisation chrétienne, qui nous conduit à nous apitoyer sur le sort du premier Rom venu, à mettre sur un pied d'égalité un enfant mort arabe et un enfant mort européen et, d'une manière générale, à considérer comme nos semblables des êtres que nous n'avons jamais vus. Millet écrit d'ailleurs (dans l'Opprobre ) :

" L'amitié entre les peuples est une foutaise politiquement correcte, pas plus digne de foi que ce qui lie un individu à d'autres ; de la même façon que chaque être humain est un échafaudage de chausse-trapes, de même les peuples ne peuvent que s'ignorer ou se haïr ."

Cette compassion tous azimuts nous dévirilise et nous rend inaptes aux guerres qui nous attendent. La pitié est une vertu femelle.

Au demeurant, je me demande comment Millet arrange ce genre d'assertions avec son catholicisme . Mais enfin je l'approuve de mettre momentanément entre parenthèses ses croyances chrétiennes ( on a le droit de se contredire, merde alors, sinon que devient le fun ?) pour dénoncer cet humanisme bêlant qui engendre des aberrations juridiques comme le crime contre l'humanité et rend presque impossible une lutte efficace contre les empiétements et les provocations de l'Islam. Rappelons tout de même à Millet qu'on ne peut pas à la fois se proclamer chrétien et soutenir des positions sinon néo-nazies, du moins ultra-droitières. Un jour ou l'autre, il va falloir te décider à choisir, mon Richard. Tes analyses et tes prédictions sont incompatibles avec ton catholicisme flamboyant et surtout avec la prédication du Christ, qu'il faut radicalement renier si tu veux être d 'accord avec toi-même.

Aux yeux d'Anders Breivik, ses victimes n'étaient  que des "petits-bourgeois métissés, mondialisés, incultes, sociaux-démocrates ".  A tuer. En attendant de réserver en toute charité un sort cruel (comme disait je ne sais plus quel ex-préfet de police)  à ceux dont ces sous-merdes éprises de démocratie entendent défendre les "droits" . Quels droits ? Celui de venir nous faire chier chez nous, sans doute.

Je tiens à faire savoir qu'en aucun cas je ne fais l'éloge d'Anders Breivik . Bien au contraire, j'ai la plus grande compassion pour ses victimes. Ah ma pauv' dame ! Ce que c'est que de nous ! Si c'est pas malhûreux tout de même. Toutes mes condoléances, cher Monsieuye.

" Aux caresses des amis, je préfère les crachats " : cet aveu de Millet dans l'Opprobre (quel titre !) me ravit. Ce sera désormais ma devise !

Bien à vous (comme dirait le Godefroy  Court de Bouillon)

John Brown  "



Richard Millet ,  Langue fantôme ( contient Eloge littéraire d'Anders Breivik ) (Pierre-Guillaume de Roux )

Richard Millet , L'Opprobre, essai de démonologie  ( Gallimard )


( Rédigé par : Marcel )

Richard Millet



Fin d'été en Paca

Intérieur semi-hollandais. Chaleur d'étuve. Au plafond, un ventilo poussif  brasse le bouillon ozonisé.

Un couple de téléspectateurs lambda.

A l'écran, feuilleton pompiéro-flicmanesque d'importation yankee, providence des chaînes de la TNT entre 14 h et  17h

1  /  Chambre d'hôpital. Sur le plumard, un pompiéro-flicmane fortement amoché, dûment branché. Entre une pompiéro-flicwomane.

Pompiéro-flicwomane  - Salut !

Pompiéro-flicmane         - Salut !

Pompiéro-flicwomane    - Je suis venue.

Pompiéro-flicmane         - OK !

Pompiéro-flicwomane     - ça va ?

Pompiéro-flicmane          - ça va.

Pompiéro-flicwomane     - Je t'ai apporté des...

Pompiéro-flicmane          - D'accord.

Pompiéro - flicwomane   - Bon, j'y vais.

Pompiéro-flicmane          - OK.

Pompiéro-flicwomane.    - Salut !

Pompiéro-flicmane          - Salut....  Au fait, merci pour les...

Pompiéro-flicwomane      - OK .


2  /  Escalier. Inspecteur en costard cravate. Flicmane en uniforme

Inspecteur en costard cravate   - Tu as eu mon message ?

Flicmane                                  - Ouais.

Inspecteur                                - OK .

Flicmane                                  - OK.

Inspecteur                                - Salut !

Flicmane                                  - Salut !


3  /  Commissariat. Gonzesse très remontée. Flicmane

Gonzesse très remontée             - C'est mon fils ! Il a besoin de moi !

Flicmane                                    - D'accord, OK.

Gonzesse très remontée              - Allez tous vous faire foutre !

Flicmane                                     - Où tu vas ?

Gonzesse très remontée               - J'en sais rien.

Flicmane                                      - Tu reviens quand ?

Gonzesse très remontée                - Je sais pas.

Flicmane                                       - OK, d'accord.


4  /  Commissariat. Flicmânesse. Flicmâne.

Flicmânesse                                  - J'ai tué un homme.

Flicmâne                                       - OK .

Flicmânesse                                  - C'est dur... Snif...

Flicmâne                                       - Ouais.



Téléspectateur, à téléspectatrice     - Je m'en vas piquer un petit roupillon, moué.

Téléspectatrice, à téléspectateur    - OK . Moué aussi.

Téléspectateur, à téléspectatrice    - D'accord. OK. D'accord.

Téléspectatrice, à téléspectateur     - OK.

Chat                                                 - Miaou.

Téléspectatrice et téléspectateur     - Ta gueule.

Chat                                                 - OK, d'accord.


Ronflements divers


Dialogues garantis d'origine, légèrement remaniés.



Additum : Cette fantaisie m'a été inspirée par quelques scènes d'une série américaine diffusée vers 14 heures sur une des chaînes de la TNT. C'est assez représentatif du niveau  des émissions de divertissement sur ces chaînes (exception faite, peut-être, des chaînes publiques), qu'il s 'agisse de séries policières, de téléfilms à l'eau de rose, ou de reality shows : le tout, affligeant.   C'est la soupe au au grand public, qu'on juge capable de l'assimiler sans trop d'effort, sans se prendre la tête, comme on dit. Le mépris dans lequel on le tient s'y étale en toute innocence.. Mépris qui a pour effet mécanique de tirer ce genre de productions encore davantage vers le bas.

On objectera que les téléspectateurs sont effectivement comme ça : un troupeau d'abrutis tout juste capables d'absorber ce brouet. Il ne fait aucun doute, hélas, que beaucoup de gens sont effectivement dans cette situation d'avachissement intellectuel et culturel ; sans doute même sont-ils la majorité; cela justifie-t-il une politique  du nivellement par le bas  systématiquement pratiquée par nombre de responsables des chaînes de télévision ? Il est clair que ce n'est pas une logique éducative et culturelle qui inspire ces gens-là, mais uniquement une logique de l'audimat et du fric.

( Rédigé par :  Gerhard von Krollok )

Paul Edel et John Brown dans " Au fond, tout est plus clair "

dimanche 26 août 2012

" Cosmopolis " (Don DeLillo) : vertiges de l'autodestruction

" Chin lâcha un de ses pets végétariens. Le système de régulation d'air l'avala aussitôt" (page 47)

" Elle était à bout de souffle et en sueur d'avoir couru, et elle se laissa tomber sur le strapontin sous le coup de cette espèce de sombre délivrance qui accompagne le lâcher d'un poids mort dans les toilettes. " (page 49)

C'est vrai que j'ai un goût prononcé pour le scatologique, mais à deux pages de distance, ces deux notations de Cosmopolis, de Don  DeLillo, semblent inciter le lecteur à faire le rapprochement.

Elles s'inscrivent en fait dans une thématique-clé de ce roman, celle du corps. Dans l'univers contemporain-futuriste mis en scène par DeLillo , les manifestations physiques sonnent ici ou là comme les rappels narquois d'une réalité naturelle et triviale qui persiste à s'inviter dans la fête d'un monde sophistiqué, fort des séductions d'une "réalité" toujours plus virtuelle, fabriquée par les systèmes vidéos, les ordinateurs et leurs relais de toutes sortes, écrans , caméras, téléphones portables...

" Il activa le retour des écrans dans leurs panneaux et leurs trappes, restaurant l'habitacle de la voiture dans la naturelle splendeur  de ses espaces, avec les lignes de perspective dégagées et son corps isolé dans l'espace, et sentit un éternuement commencer à se développer dans son système immunitaire. "

Le puissant et dérisoire héros de Cosmopolis est un magnat de la finance, sorte de trader inspiré travaillant pour son propre compte, possesseur d'une immense fortune. Au début du roman, il quitte son appartement de 48 (!) pièces, dans un building d'un quartier d'une ville qu'on identifie rapidement à Manhattan et à New York. Dans sa luxueuse voiture, il s'en va se faire couper les cheveux. De cette anodine sortie qui se transforme vite en inquiétante expédition dans la jungle de la ville, il ne reviendra pas vivant.

Cette énorme voiture, que son constructeur a rallongée à la demande du client, est sans doute la plus belle trouvaille du roman. Blindée, le sol couvert de marbre de Carrare (!!!),  suréquipée d'écrans de toutes sortes qui maintiennent entre son passager et les bourses du monde entier un contact permanent, et où défilent en continu les cours des devises et les actualités, encombrée de téléphones, de caméras perfectionnées qui lui permettent de filmer l'environnement mais le filment lui aussi en permanence, ne serait-ce qu'à destination du centre qui, pour le protéger, le soumet à une surveillance de tous les instants, pourvue de bars, de frigos et de toilettes, elle incarne de façon délirante et caricaturale le rêve de puissance, de richesse, de modernité, d'ubiquité qui dévore le personnage et ses pareils. En fait, immergée dans un monstrueux embouteillage aggravé par divers événements (un déplacement du Président des Etats-Unis, le cortège funèbre d'un chanteur populaire, une émeute anarchiste...), elle avance au pas, pendant des kilomètres, encadrée par les gardes du corps de son propriétaire. C'est d'ailleurs l'occasion pour DeLillo de nous faire voir New-York de façon  remarquable, en une symphonie d'espaces contrastés qui est une forte séduction de ce roman. Une scène burlesque, un des clous du livre, nous montre le héros, entouré d'écrans clignotants et de caméras, en train de faire une cour pressante à une collaboratrice récupérée en chemin, tandis qu'un médecin, lui aussi rameuté sur le parcours, lui sonde l'anus pour lui palper la prostate (asymétrique). Ce délirant passage à la limite dévoile quelles absurdités génère logiquement le vieil adage du capitalisme américain : le temps c'est de l'argent. Scène hilarante qui n'est pas sans rappeler certains moments des Temps modernes de Chaplin.

Car l'obsession du personnage, obsession du monde où il évolue, c'est de maîtriser toujours plus le temps, le présent, mais aussi et surtout le futur, grâce aux moyens qu'une technologie toujours plus sophistiquée, qui rend très vite obsolètes les brillantes avancées de la veille, met à la disposition de l'homme moderne.

Entreprise vouée à l'échec, on s'en doute,  par les contradictions qui la minent : ce monde qui se rêve tout-puissant est un monde de la dépendance ; l'omniprésence des multiples collaborateurs et larbins du personnage ne fait que le renvoyer la réalité de sa solitude; le rêve de vitesse et d'ubiquité se transforme en une lenteur d'escargot, le rêve de sécurité absolue s'inverse en une insécurité permanente, la récente union avec une riche et belle héritière se résout à des rencontres de quelques minutes volées au hasard, et la possession abstraite d'une immense quantité d'argent se mue en dépossession concrète : à quoi bon accumuler de l'argent pour acheter ce dont on ne peut jouir ?

Au point que ce brillant héros d'un capitalisme financier qui se nourrit sans cesse de la destruction de ce qu'il a construit en vient, sans qu'on sache vraiment trop pourquoi, sans doute autant par goût du jeu que par envie de savoir ce qui arrivera si l'on enfreint les règles de ce jeu, à organiser à son tour sa propre destruction, en perdant volontairement en un éclair sa fortune à la bourse et en tuant le dernier garde du corps censé le protéger. Rien de plus dangereux, il est vrai, qu'un garde du corps : il est le mieux placé pour vous flinguer.

Les réalisations les plus sophistiquées de la technologie moderne n'y changent rien : le défaut de la cuirasse de tout pouvoir humain, c'est d 'abord sa nature physique ; c'est en des corps humains qu'il s'incarne. C'est ensuite sa pesanteur et sa concentration. L'émeute anarchiste montre la fragilité de ce pouvoir concentré en un lieu, en l'occurrence la mégapole américaine. Ce qui se passe actuellement en Syrie, à Damas, où le pouvoir politique actuellement en place, est en passe d'être littéralement pris à la gorge par ses adversaires, le montre aussi.

Comment être à la fois puissant, admiré, envié et aimé ? Le cortège funèbre du chanteur Brutha Fez, vedette d'un rap muilticulturel, que ses admirateurs accompagnent jusqu'au cimetière en chantant et dansant, le suggère : c'est en pratiquant un art fondé sur le don, jetant un pont entre passé et présent, entre cultures, entre conditions sociales, capable de créer, au moins le temps d'un concert, les conditions d'une fraternité concrète, que Brutha Fez y est parvenu. Cette rencontre initie d'ailleurs un début de prise de conscience du personnage :

" Il était fatigué de regarder des écrans. Les écrans plasma n'étaient pas assez plats. Ils avaient paru plats pendant un temps, mais c'était terminé. Il regarda le Président de la Banque mondiale s'adresser à un aréopage d'économistes nerveux. Il trouvait que l'image aurait pu être plus nette. "

Ainsi commence à s'estomper la magie d'une technologie de l'image, toujours à la recherche d'un rendu plus fidèle du réel, mais par définition tout-à-fait incapable de parvenir à être aussi réelle que le réel lui-même.

Tout n'est sans doute pas pleinement réussi dans ce roman qui dit beaucoup, qui suggère beaucoup (peut-être trop). Il n'est pas sûr d'ailleurs que ce que dit ici le romancier n'ait pas déjà été dit par d'autres et qu'il ne renouvelle pas (avec talent) un certain nombre de poncifs sur les sociétés modernes..Les interventions  du futur tueur, sorte de portrait en miroir déformé du narrateur en loser, ne m'ont pas paru très  convaincantes, et la conversation finale entre sa victime et lui avant le coup de feu libérateur est vraiment un peu longuette. Tout cela cherche peut-être à être trop intelligent, de façon un peu trop voyante. Sus au bavardage ! Mais on retrouve chez DeLillo, comme chez Paul Auster, Bret Easton Ellis ou Russell Banks cette aptitude à peindre la société américaine contemporaine dans des fictions captivantes. Les romanciers français, à commencer par les plus doués, ont beaucoup à apprendre de ces maîtres d'outre-Atlantique.

Le travail de DeLillo pour ce roman s'apparente à celui que mène en France un Régis Jauffret mais il en est  aussi le contraire. Tous deux peignent le monde contemporain et sa violence, mais tandis que Jauffret se concentre sur un seul événement, un fait-divers, qu'il romance, tout en gardant néanmoins un contact proche avec les événements réels,  le romancier américain procède à une synthèse :  événements du 11 septembre, spéculations de Wall Street etc. Synthèse qui réserve beaucoup mieux les droits de l'imagination. Cette seconde méthode me paraît plus productive.


Don  DeLillo ,   Cosmopolis, traduit par Marianne Véron   ( Actes Sud  / 2003 )



( Rédigé par : Jeanne la Pâle nue dans ses châles )

Cosmopolis, film de David Cronenberg


Bédophiles : la chasse est ouverte

J'en suis encore tout retourné. Pas plus tard qu'à matin, je lis sur mon quotidien favori le gros titre suivant :

                       " Les bédophiles chassent les dédicaces à Solliès-Ville "

Les bornes de l'indécence, une fois encore, sont reculées ! Imaginez un instant qu'un enfant voie ça. Quelle honte.

A Nadine, ma boulangère favorite, à qui souvent j'entr'ouvre mon coeur, je m'en ouvre. Lui montre le canard. Elle regarde, et me dit froidement :

" Décidément, vous avez perdu toute crédibilité . "

Je reregarde le canard et lis :

" Les bédéphiles chassent les dédicaces à Solliès-Ville  "

Eh bien quoi ? Bédéphile ou bédophile, c'est synagogue. On ne va pas me chicaner sur une voyelle. Surtout qu'en plus bédophile sonne beaucoup mieux,  et puis au moins, c'est sans ambigüité.


Justement j'ai reçu de mon ami  John Brown un poulet en forme de confession. Scandaleux. Venant du personnage et de ses antécédents, ça ne m'étonne pas.


Avant de le soumettre au lecteur ( à la lectrice ) éventuel (le), j'estime de mon devoir, compte tenu du caractère scabreux des révélations qui s'y étalent avec une atroce impudeur, de mettre en garde les personnes mineures et fragiles contre les dangers de cet opuscule.

Après un premier examen des services de décryptage de Jambruns Ink. (1),  il semble que le code utilisé par l'auteur soit la méthode dérivée de la méthode S+7 (dite méthode Raymond Le Q., du nom de son inventeur)  et dont voici la clé : (X * 257 - 210557 / 427) x quarante-douze ²

Voici, en tout cas, le  boulet  le poulet en question.

Bon courage !


                 "           Fuis-je un bédophile qui ne s'ignora pas ?


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La p... soit avprn v   nooovoovns.   Et avdhe nos esprits bb((^('^p,b,b



 Bien à vous (2)

                     John Brown       "




Note 1 . -  " Jambruns Ink. " : sympathique !

Note 2 . -  Dans quel sens dois-je le prendre ? On dirait du Marc Court, c'est dire si c'est suspect.


( rédigé par : Guy le Mômô )










samedi 25 août 2012

Paul Edel acrostiché

obastre prétentieux bouffi de suffisance
talant sur son blog sa nullité totale,
ignouf invertébré se vautrant dans sa fiente,
gnorantin crasseux, malpropre sapajou
'efforçant mais en vain de penser, mais si mal,
ale diffamateur, plus laid que l'oeuf du pou,
nflé de vanité, baudruche dégonflée
A la première pique  à son cul infligée,
e pauvre X... Y..., du talent déserté,
ccable ses lecteurs de ses foutus billets
éclamant en retour des éloges glaireux.
ssommant Trissotin, aussi creux que pompeux,
l  tente vainement d'intéresser, mais qui ?
t n'obtient en retour que de cinglants lazzi,
e bonnes vacheries, de cruels démentis.
spérant retrouver enfin la faveur du
euple des fins blogueurs bien las de ce tordu,
A la fin épuisé de se battre les flancs,
sant d'un subterfuge il démarque en passant
e  Lagarde-&-Michard de sinistre mémoire,
squinte un bout de Sartre en le recopiant
e travers. De Balzac la pauvre Rabouilleuse,
lle-même étonnée de lui servir de poire (1) ,
ui inspire illico une étude foireuse.


Note 1 . -... à lavements

Note 2  . -( 26 /08/2012) . -  X... Y... et moi avons beau n'être d'accord sur rien, nous partageons la même admiration pour les films de Bertrand Tavernier. Cela efface bien des griefs. La présente salve sera donc la dernière.


( Rédigé par : John Brown )


vendredi 24 août 2012

O Scarpia, avanti a Dio !

C'était il y a quelques années à l'Opéra de Nice. On y donnait Tosca, avec, dans le rôle titre, Montserrat Caballé. La diva s'en était tirée haut la main et l'on en était au tableau final, au moment où l'héroïne, poursuivie par les sbires de Scarpia, n'a d'autre solution, pour leur échapper, que de se jeter dans le vide, du haut du château Saint-Ange, en donnant à Scarpia  rendez-vous devant le tribunal de Dieu : O Scarpia, avanti a Dio !

La diva arborait ce soir-là une ample robe du soir qui mettait en valeur  ses épaules superbes, tout en masquant des hanches un peu trop généreuses.

Le décorateur avait agrémenté la terrasse du château Saint- Ange d'un chemin de ronde bordé de magnifiques créneaux soigneusement découpés dans du contreplaqué.

Vient le moment de l'ultime réplique ! Tosca / Montserrat accède au chemin de ronde, s'engage entre deux créneaux.... et reste coincée !

Hurlements de rire dans la salle. La grande Montserrat, qui avait de l'humour, s'en tira avec un grand sourire, avant de regagner les coulisses... par la scène. Mais l'effet dramatique prévu par le livret était un peu loupé.


( Rédigé par : Momus )


Du cancer des testicules aux victoires dans le Tour : une transition logique ?

On  a appris tout-à-l'heure à la télé que, pour le public américain, Lance Armstrong, déchu de ses victoires dans le Tour, n'en restait pas moins un héros. Un héros de la lutte contre le cancer. Significativement, à l'annonce de sa radiation à vie, les dons ont afflué à sa fondation.

On est en droit de se demander si Lance Armstrong ne doit pas, justement, ses victoires dans le Tour à son cancer des testicules. S'il l'a vaincu, c'est sans doute, en partie, grâce à l'EPO.  Cette substance de synthèse est en effet couramment utilisée dans les hôpitaux pour remonter le niveau des globules rouges et des plaquettes chez un malade du cancer, quand les chimiothérapies ont eu un effet par trop destructeur sur son sang.

Au début de l'année 2010, dans un hôpital français, le coût d'une injection d'EPO s'élevait à environ 300 euros.

Je ne serais pas étonné si Lance Armstrong était passé tout naturellement d'une utilisation thérapeutique de l'EPO à une utilisation frauduleuse comme produit dopant.

Armstrong devenu accro à l'EPO à la suite de son traitement ? Pourquoi pas ? D'autres patients, naguère, devinrent accros à la morphine, après en avoir abusé pour la bonne cause à l'hôpital. Ensuite, avec l'a complicité de son entourage, il a monté, pour déjouer les contrôles, ces procédures sophistiquées que l'article de Laure Beaulieu (sur le Monde.fr) -- " Comment Armstrong est-il passé entre les mailles du filet ? "  -- décrit précisément.

Mais les choses ont-elles réellement changé depuis ? Rien n'est moins sûr. Tout ce qu'on peut dire, c'est que ni le vainqueur du Tour 2012 ni les cyclistes anglo-saxons  qui ont raflé quasiment toutes les médailles aux J.O. n'ont (pour l'instant) fait l'objet d'aucun contrôle positif. L'ère du soupçon n'est pas close : le sera-t-elle un jour ?

Il serait plus sain d'admettre que le sport (et pas seulement professionnel), parce qu'il est un spectacle, parce que les enjeux financiers, pour les uns et pour les autres, sont considérables, parce que la logique de la compétition et de ce que la compétition induit (quête des records, des médailles, des podiums etc.) y  mène immanquablement , est irrémédiablement bouffé par le dopage. Il y a des lustres qu'on le sait, mais tout le monde continue de faire semblant de l'ignorer et, à chaque fois, tout le monde fait semblant de tomber de la lune. Et ce sont à chaque fois les mêmes cris d'extase aux performances des bourriques chargées. L'inefficacité structurelle de la lutte contre le dopage rejoint celle, tout aussi structurelle, de la lutte contre la drogue. La solution passe par la légalisation : shit, cocaïne, EPO, dans le même sac, et en vente libre. Après tout les gens savent ce qu'ils risquent, et ils sont libres. Et s'il reste des niais pour aller applaudir les "champions" (de quoi au juste?), grand bien leur fasse. Je n'en serai pas.

Mais pour en sortir vraiment, encore faudrait-il travailler à réduire le sport, véritable cancer social et mental, à sa véritable importance : excessivement secondaire. Pour y parvenir, il faut sortir de l'hypocrisie, et donc autoriser le dopage dans le sport.

Additum . - Sur l'inefficacité de la lutte anti-dopage, l'interview du marcheur Bertrand Moulinet (supplément au journal Le Monde des 12/13 août 2012) est édifiante. Je souscris pleinement à la conclusion  qu'il tire de ses observations :

" Si on cherche tous les dopés, on ne s'en sort plus. Les gens regardent le sport parce que c'est un spectacle. Un grand chanteur bourré à la coke n'empêche pas son public d'apprécier ses chansons. A l'école, on fait lire à des gamins des poèmes d'auteurs toxicomanes qui ont écrit des vers sous l'effet de psychotropes, comme Rimbaud ou Baudelaire. En quoi sont-ils de meilleurs modèles que des marcheurs qu'on soupçonne de dopage ? "

( Rédigé par : Babal )


Le meeting Novarina

Dans une des vastes dépendances de Fort Médoc (département de la Gironde Inférieure) sont organisées les épreuves d'un concours Novarina. Les admis seront habilités à bavasser à perte de vue sur l'oeuvre du génial écrivain. Dès l'aurore ont afflué les candidats, acheminés par les moyens les plus divers (calèches, ferries, montgolfières,  trains express).

Dans la salle, Valère Novarina lui-même, l'air débonnaire, les cheveux réunis en catogan par un peigne d'argent, distribue les documents : il s'agit d'exemplaires de ses innombrables oeuvres, d'interminables questionnaires sur papier glacé de couleur verte, de découpages et de figurines colorées. Aucune directive n'est donnée sur la marche à suivre ni sur la durée de l'épreuve ; chacun fera à sa convenance.  Au vu de la masse des documents à traiter, on y sera encore à la nuit close.

Tout en disposant sur un coin de table  le matériel qui m'est échu , je me rends compte que je n'ai pas lu au moins 80% des opuscules, poèmes, pièces de théâtre, traités, essais, recueils d'aphorismes, qui constituent l'oeuvre (heureusement encore inachevée) de Novarina; que  j'ai oublié la teneur de la quasi-totalité du restant, et que, ce dont je me souviens, je n'en ai pas compris un traître mot. N'importe : l'essentiel est de participer.

Un  avorton borgne et podagre du nom de Marc Court, ignoble infirme intellectuel,  chien de garde  engagé  à mi-temps comme appariteur-surveillant, dépose avec difficulté sur une table l'énorme répertoire des oeuvres (incomplètes) de Novarina ; l'atroce ganache balaie au hasard de sa canne les documents déposés sur les tables à l'intention des candidats.

En le regardant clopiner, je m'aperçois que la table sur laquelle j'ai  déposé les miens est bancale. Ramassant à brassée le monceau de paperasses, je m'en vais les installer sur une autre, mal éclairée; or, pour traiter cette masse d'informations, j'ai besoin d'un maximum de lumières. Je peux d'ailleurs à peine m'asseoir, coincée que je suis par d'autres candidates manifestement peu soucieuses de se pousser.

Je retourne à ma place initiale mais entre temps d'autres se sont installées et ne me laissent qu'un espace bien chiche.

Novarina a disparu. En revanche, des militants d'une obscure société anarchiste à demi secrète sont entrés et mettent la pagaille sur les tables, échangeant et déchirant les papiers, y faisant couler des pots de miel. Une jeune personne complètement allumée (pas laide d'ailleurs), que j'ai connue dans une existence antérieure,  s'attaque à notre table. Tiphaine a  visiblement abusé de la liqueur de fenouil. Ses beaux yeux bleus chavirés s'harmonient  (1) merveilleusement à sa petite robe chiffonnée.

C'est le soir. Sur l'esplanade de Fort Médoc, le match de rugby en chute libre qui opposait l'Afrique du Sud à la France s'achève par la victoire incontestée de l'Afrique du Sud sur le score de 110 à zéro.

Note . - Question pour le Paul Edel : chez quel romancier la forme "s'harmonier" remplace-t-elle la forme aujourd'hui usuelle "s'harmoniser" ?  Réponds, vilain bougre !


Note.  - Toute ressemblance avec une personne réelle serait évidemment une pure coïncidence. Comme  on a pu s'en apercevoir, ce récit est un récit de rêve.

Rédigé par : Toinou chérie )
Représentation médiévale d'un marc court commun. Encore fréquent au bon vieux temps de la scolastique, le marc court, sorte de couleuvre gluante, est une espèce pratiquement disparue aujourd'hui. Le marc court commun se subdivise en deux sous-espèces : les courts et les longs



jeudi 23 août 2012

"La Princesse de Montpensier " ( Bertrand Tavernier )

Rappel

Ont été publiés sur ce blog trois billets sur ce film de Bertrand Tavernier :

En Carladès  ( 4 /11/ 2010 )

De la Princesse de Montpensier à la Princesse de Montpensier  ( 11/ 11 / 2010 )

Les trois éducations de la Princesse de Montpensier  ( 15 / 11 / 2010 )


Les Jambruns

Aux coeurs blessés l'ombre et le silence

Dans un souci d'apaisement et sur une pertinente suggestion de notre honorable correspondant JC,  le tandem Linda / John Brown ira prochainement faire retraite, aux frais des Jambruns, dans une thébaïde du Blayais. Au programme : cure de jouvence huîtres / entre-deux-mers.


Note  1 . - Rappelons à l'ignare Paul Edel que le titre de ce billet reprend l'épigraphe d'un roman célèbre : lequel ?

Note 2 . -  Le silence peut-être, mais l'ombre, faudra voir.

Les Jambruns


Entre Blaye et Fort Médoc, entre Vauban et Vauban, la belle Gironde

Note 3 . - A l'intention du cancre Paul Edel :  comment appelle-t-on la maladresse stylistique contenue dans l'expression :  " la belle Gironde " ?



Pour une résurrection de Paul Edel

A l'heure qu'il est, le blog de Paul Edel , Près, loin etc., reste fermé, au grand dam du dernier carré de ses lecteurs inconditionnels.

Pourquoi Paul Edel a mis la clé sous le paillasson, il est le seul à le savoir. Je regrette sincèrement (si, si ) la fermeture de sa boutique. Un petit commerçant qui baisse définitivement son rideau, c'est un peu de l'âme du quartier qui s 'en va, dit-on souvent. Dans le cas de Paul Edel ce serait sans doute un peu excessif de dire ça ; mais on reconnaîtra que c'est un petit trou de plus dans un tissu social déjà bien mité. Personnellement, je m'approvisionnais peu chez lui ; j'ai toujours trouvé sa marchandise un peu camelote. Mais sans être un client fidèle, il m'arrivait tout de même de m'y arrêter.

Du pas de sa porte, l'autre jour, Paul Edel m'a apostrophé et insulté. Gravement. Peut-être avait-il abusé de la liqueur de fenouil. Je ne reviendrai pas sur ses accusations fausses et  grossières (voir mes billets précédents). Mais passons. On ne va pas en faire un pataquès jusqu'à la Noël.

J'ai adressé en retour à Paul Edel quelques épithètes bien senties et méritées : délateur, calomniateur, diffamateur. Je me suis arrêté là. J'aurais pu le traiter de jean-foutre, de connard et de fils de pute. Je ne l'ai pas fait. J'ai le souci de garder le ton de la bonne compagnie.

Désespérant d'obtenir des explications de Paul Edel, j'ai un peu foutu le bordel dans son blog, en usurpant quelques pseudos. J'ai même piégé le dénommé Mauvaise Langue, j'en ris encore. Paul Edel l'a mal pris : il n'a pas, comme moi, le goût du jeu. Mais enfin, ce n'étaient là que quelques petites facéties sans conséquence : il ne va tout de même pas nous en chier une pendule.

J'ai  menacé Paul Edel de le poursuivre jusqu'en  enfer,  s'il le fallait, en tout  cas au moins jusqu'à son prochain blog, s'il s'avisait d'un  rouvrir un. Effet superbe. Directement inspiré du final de Tosca, quand l'héroïne saute dans le vide du haut du château Saint-Ange. O Scarpia, avanti a Dio !  Superbe. Un tantinet mélodramatique, mais superbe.

Bon, c'était hier. Tel Sartre à la fin des Mots, j'ai changé. En ce qui me concerne, j'ai depuis longtemps passé l'éponge sur les dérapages de Paul Edel. Je les lui pardonne bien volontiers.

Ne serait-ce que dans l'intérêt du petit commerce para-littéraire, je joins ma voix au choeur des pleureuses pauledélistes et je souhaite la réouverture de son blog.

Sans rancune, et bon vent.


(Rédigé par : John Brown )

Tu crois qu'il va ressusciter ?


Au premier plan des pleureuses, on reconnaît, de gauche à droite, Court, Albert Camion, Christiane.

Le Midi de Papa (4) : vive le pastis

Aux obsèques de Patrick Ricard, les ouvriers ont chanté en choeur, avec émotion et sincérité,   la Chanson du pastis .

Que des ouvriers et des employés reconnaissants rendent ainsi hommage à leur patron est suffisamment rare en France aujourd'hui pour valoir d'être signalé. Patrick Ricard était un bon patron, comme l'avait été son père Paul. Un peu paternaliste dans son style sans doute, mais qu'importe.

Il est tout de même assez significatif qu'une des rares entreprises industrielles performantes de la région PACA soit spécialisée dans la fabrication d'un alcool fort dont l'image est associée depuis des lustres à notre Midi. L'assent et le pastis, un zest de Pagnol, un soupçon de Raimu, et voilà un mélange estampillé Provence bien digne de figurer à côté des tomates et  perroquets.

Le pastis est pourtant un alcool redoutable dont les effets sur les neurones sont ravageurs. Quand j'étais bidasse dans une caserne, quelque part dans notre cher Midi, quelques copains partaient en virée le soir dans les bistrots du patelin voisin. C'était la chaîne des tournées de godets de pastis, qu'ils s'envoyaient pur. Le retour à pied au camp était pittoresque. Un ou deux, qui n'avaient pas vingt ans, arboraient déjà des trognes d'alcoolos quadragénaires.

Le circuit régional de courses automobiles s'appelle le circuit Paul Ricard. Qu'un temple de la bagnole et de l'excès de vitesse porte le nom d'un empereur de la bibine ne me paraît pas dépourvu de sens ni d'effets.

Le pastis, bien que dangereux ( à doses excessives, refrain bien connu, mais qu'est-ce qu'une dose excessive pour un foie ? ) possède pourtant quelques vertus. D'abord, il faut le reconnaître, c'est bon et rafraîchissant.  Ensuite il est obtenu par macération de l'anis dans l'alcool. L'anis a des effets laxatifs bien connus ; on ne saurait donc trop recommander la consommation du pastis à quelques inconditionnels du blog défunt de Paul Edel tristement dépourvus d'humour; je songe en particulier à un certain Court, pseudo-érudit gravement constipé, sorte de résurrection du Sénécal de Flaubert, à qui l'ingestion de quelques godets de pastis pur décoincerait en moins de deux le sphincter anal.



La paix soit avec nous. Et avec nos esprits anisés.


( Rédigé par : John Brown )


Avertissement :


Suite aux réclamations de quelques uns de nos rédacteurs, à un plaidoyer enflammé de Linda et aux menaces de l'intéressé, le Bureau Exécutif des Jambruns a décidé la réintégration provisoire de John Brown, assortie d'une mise à l'épreuve de trois mois.



mercredi 22 août 2012

La joie

Coup de téléphone du voisin. Demande de renseignements anodine.

Depuis des semaines, cet homme, plus jeune que moi d'une dizaine d'années,  et que je connais depuis longtemps -- nous avons été collègues --, ancien sportif de haut niveau, ne sort plus guère de chez lui. J'épie (il faut bien appeler les choses par leur nom, même si ce n'est pas volontaire) dans sa voix les marques de la souffrance.

Cancer du poumon. Il a subi deux chimios sévères. Bien plus dures que les miennes.

J'ai raccroché, après quelques mots chaleureux (sincères, je crois, mais comment en être absolument sûr ?).

Dans le silence, je me surprends en train de "me pencher" sur son cas. Souffre-t-il ? Où en est-il ? Que cache-t-il ?

Vais-je l'enterrer ? Ou bien est-ce que ce sera lui qui m'enterrera ? Le suspense, vraiment, vaut celui  d'un match des Experts. Peut-être que je vais gagner le match, après tout. Et puis, il y en aura un autre, un autre encore... C'est cela, une carrière de sportif de haut niveau...

La conscience morale,  c'est ce qui, en nous, dit : "Arrête". Arrête, ne va pas plus loin, c'est dégueulasse. C'est indigne, indigne même d'être pensé. Fais le vide de ça, tout de suite.

Exilé. Exilé, depuis tant d'années, de la joie. Relégué, au quotidien. Alors que celle avec qui je vis EST dans la joie. Comme un poisson dans l'eau. Dans son élément. Depuis toujours. J'ai bu chaque jour, à la source pure de son innocence. Désaltéré, chaque jour.

J'ai lâché sur elle, ce matin encore, le démon de ma perversité. Pas longtemps. De quoi la rendre malheureuse, un peu, pas longtemps, mais vivement. Pourtant je sais être tendre avec elle, et je l'aime. Depuis toujours. C'est sans aucun doute ce qui m'a sauvé.

                                                               *

La joie n'est pas ce qu'on croit. N'est pas ce que je crois,  ce que je croyais.

Ce que je croyais ?  Mais j'ai toujours su ce qu'elle est. J'ai toujours rêvé d'elle comme on rêve d'une source absente. Tarie.

La joie est comme une  eau profonde et pure.

Elle est le chant grave d'actions de grâces d'une âme réconciliée avec elle-même.

Une étroite sente de lumière dans le fouillis des taillis du mal.


                                                                *


Ouais. Mmouais. Ouèp.

Comme qui dirait que Pépé s'exalte. Pépé fait sa petite crise d'auto-flagellation ? Pépé court après je ne sais quel virginité perdue il y a très très longtemps, à se demander parfois si elle a jamais existé.

Oh le coupable Pépé. Coupable de n'être que ce qu'il est, et bien obligé de faire avec.

Consolons-nous en relisant notre cher Cioran :

" Après  tout, je n'ai pas perdu mon temps, moi aussi je me suis trémoussé, comme tout un chacun, dans cet univers aberrant.  "

Sentence bien digne de figurer sur une pierre tombale.


( Rédigé par : J.C. Azerty )







A la recherche de Monsieur X

Juliette, neuf ans, sera journaliste quand elle sera grande. Elle a des atouts pour ça : elle a l'esprit vif, elle est curieuse de tout, elle maîtrise déjà fort bien sa langue maternelle et il n'y a pas de raison pour qu'elle n'en maîtrise pas une ou deux autres dans un avenir proche. En plus, ses dons de dessinatrice feront d'elle une championne du croquis pris sur le vif, exercice souvent plus amusant et plus instructif que la photographie.

Je vois très bien Juliette en journaliste d'investigation. Mais il lui manque encore une corde à son arc. Ou plutôt la corde n'est pas encore bien fixée.

Juliette maîtrise mal ses tables de multiplication; elle a du mal à les apprendre. Par voie de conséquence, elle a du mal avec la multiplication, et encore plus avec la division.

Cet après-midi, on s'est entraînés à réviser les tables jusqu'à la table de douze. Puis on est passés à la division : 95 / 5 ... 115 / 5 ... 2155 / 5

On y est allés lentement, et proprement, en s'efforçant de bien identifier les étapes. Juliette a bien compris que la division, c'est l'inverse de la multiplication, et surtout que la multiplication, c'est une addition beaucoup moins compliquée, avec beaucoup moins de temps perdu et de risques d'erreur, tandis que la division, c'est une soustraction beaucoup moins compliquée, avec beaucoup moins de temps perdu et de risques d'erreur . A condition de bien savoir ses tables et de bien maîtriser quelques mécanismes simples, qu'on a compris.

Pendant qu'on y était, on a juste entrevu l'algèbre, en baptisant Monsieur X  le chiffre à trouver : 5 + x = 10.  J'ai dit à Juliette que les mathématiques s'apparentaient à une enquête policière où il s'agit d'identifier le fameux criminel inconnu (mais pas pour longtemps), Monsieur X  Je lui ai dit que, si elle s'entraînait à identifier avec succès Monsieur X dans les opérations, elle ferait une excellente journaliste d'investigation ou -- à défaut -- un excellent commissaire de police.

On fait un monde aux enfants de l'apprentissage des mathématiques. Pourtant c'est la chose la plus simple et la plus aisée qui soit, quand on a compris que l'on va toujours du plus simple au plus compliqué, en prenant soin de n'aborder une étape un peu plus compliquée qu'après avoir maîtrisé, par la mémoire et les exercices, les étapes moins compliquées. C'est un principe à ne jamais perdre de vue. Les titulaires de la médaille Fields savent très bien que tout leur savoir sophistiqué repose sur la connaissance préalable de 2 + 2 = 4.

Le goût de l'effort augmente avec la réussite. L'échec entraîne le découragement et favorise la paresse. C'est pour cela que les premières étapes  -- les plus simples -- d'un apprentissage doivent être réussies. Ainsi se met en place un cycle vertueux. Et l'avenir est au bout.



Rédigé par : Jambrun )




All by myself




     Se suicider, c'st apporter sa modeste contribution  à l'extinction de l'humanité.

     Noble tâche...




Note . -  Il paraît que l'armée américaine développe un spray nasal anti-suicide. Tous les vrais amis du suicide auront à coeur de se le foutre au cul.



( Rédigé par : Marcel )

mardi 21 août 2012

Paul Edel ne répond plus

Paul Edel ne répond plus. Depuis qu'il a fermé son blog -- Près loin : que de la littérature de Bernhard à Updike --, il est aux abonnés absents. Aucune des instances suppliantes de son dernier quarteron de fidèles n'a reçu de réponse. L'angoisse du manque s'installe.  "Revenez, Paul, revenez ! " : c'est le dénominateur commun des messages déposés à la porte hermétiquement close sur laquelle l'occupant des lieux, après s'être torché à la hâte d'un dernier billet, a punaisé  la reproduction couleur caca d'un dessin de Victor Hugo.

Comme on s'en doute bien, nous partagions l'inquiétude générale lorsque nous avons reçu, par e-mail, une lettre de notre ex-collaborateur John Brown, une lettre qui, à vrai dire, n'est pas faite pour nous rassurer. La voici :

" Archipel des Mariannes, le 19 août 2012,

Chers ex-amis,

J'apprends que, profitant de mon absence et sans même daigner m'entendre, vous m'avez viré. Vous ne perdez rien pour attendre. Sachez qu'on me surnomme l'Attila des blogs dans une partie non négligeable du monde sublunaire . Oui madame :  l'Attila des blogs. Vous n'allez pas tarder à comprendre pourquoi.. Pour commencer, ayant réussi à craquer la clé de votre code pour attardés de l'informatique, je continuerai de poster impunément ici ou là, notamment sur des sites pornographiques, où j'ai mes habitudesdes élucubrations propres à vous déconsidérer et à vous valoir de sérieux ennuis.

Paul et moi avons bien ri des commentaires postés sur son blog depuis qu'il a mis la clé sous la porte. Oui, vous m'avez bien lu : Paul et moi. Car il est temps de le révéler, Paul Edel et moi sommes depuis longtemps les meilleurs amis du monde. Le différend qui nous a opposés a été monté par nous de toutes pièces :  il fallait à Paul un prétexte pour en finir avec ce blog qu'il ne prenait même plus la peine de rédiger personnellement depuis des mois, ayant confié cette tâche rebutante à quelques étudiants en lettres en quête de petits boulots.

En réalité, il y a belle lurette que la littérature et ses pompes font CHIER Paul  (moi aussi d'ailleurs),  c'est rien que de le dire.

Non, la grande passion de Paul, c'est -- ça a toujours été -- l'océanographie. Depuis l'adolescence, Paul est  fasciné par les espaces glauques des profondeurs marines. Il y subodore l'existence d'innombrables espèces inconnues. Il rêve d'y traquer les secrets de la vie et -- qui sait -- d'y percer l'énigme de sa propre existence !

Autant dire que l'exploit de James Cameron, récemment descendu à 10898 m au fond de la fosse des Mariannes , a piqué Paul au vif et l'a incité à relever le défi. Des relevés océanographiques récents l'ont persuadé qu'il était possible de descendre encore plus bas. Vous connaissez l'audace de Paul : il ne lui en fallait pas plus pour se décider à se lancer dans l'aventure.

Grâce aux fonds levés en quelques années sur quelques uns de ses admirateurs inconditionnels, Paul Edel a donc fait construire un sous-marin de poche blindé, capable de descendre aux grandes profondeurs. Nous avons  loué à la Marine Nationale un vieux torpilleur qui rouillait au fond de la rade de Brest. Je dis nous car Paul, dont le sens de l'amitié et la générosité  sont au-dessus de tout soupçon, m'avait bombardé Directeur technique de l'expédition, en raison de mes connaissances technique (informatique, radio, bricolage etc).

Et nous voilà embarqués, notre sous-marin de poche et nous, sur notre aviso, rebaptisé WHY NOT ?, direction la fosse des Mariannes !

Dès notre arrivée sur site, il y a deux jours, Paul ne tenait plus en place. Il lui fallait plonger ! Nous préparons donc le sous-marin, il s'y enferme, derniers signes d'amitié par le hublot, n'oublie pas d'embrasser grand-mère pour moi, et l'engin disparaît sous la surface des flots.

Et c'est là, chers ex-amis, c'est là, chers ex-fidèles du blog de Paul Edel, que le drame se noue : depuis vint-quatre heures, je n'ai plus aucune nouvelle de Paul Edel.

Nous étions convenus d'établir un contact à chaque palier de cinq cents mètres. Au début, tout se passe comme prévu : ' Tout va bien, j'ai vu un noyé "... "Tout va bien, j'ai vu un poulpe "...  Tout va bien, je ne vois rien "...

Au-delà de six mille mètres, les messages deviennent moins audibles : ça crachote, ou bien c'est Paul qui crachote. On a parfois du mal à décrypter.

A partir de huit mille mètres, un long silence s'établit. Plus aucun contact. Plus aucun signal. Bruit de houle dans les écouteurs.. Nous commençons à nous inquiéter. Puis c'est l'affolement.  "Paul ? Paul ? Paul, tu nous entends , Paul, où es-tu ? Paul, réponds !

Une  heure se passe. Toujours rien. Le silence éternel de ces espaces marins quasiment infinis commence à nous foutre sérieusement les boules.

Soudain, dans le haut-parleur, la voix de Paul ! Enfin ! Un message bref, mais clairement audible :

     " Au fond,  Paul Edel n'est pas plus con qu'un autre. "

Alors là, vraiment, pour le coup, tout au fond.

Après une pareille révélation, rien ne dit qu'il remontera un jour.

Depuis, plus aucun signe de vie. Si ça continue, demain j'embarque dans le sous-marin de secours et je pars à la recherche de Paul Edel. Car je ne vois vraiment pas pourquoi, moi aussi, tout au fond, je serais plus con qu'un autre !


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits bord à bordédeliques.


Votre affectionné

                               John  Brown


Une photographie récente de Paul Edel