mercredi 22 août 2012

A la recherche de Monsieur X

Juliette, neuf ans, sera journaliste quand elle sera grande. Elle a des atouts pour ça : elle a l'esprit vif, elle est curieuse de tout, elle maîtrise déjà fort bien sa langue maternelle et il n'y a pas de raison pour qu'elle n'en maîtrise pas une ou deux autres dans un avenir proche. En plus, ses dons de dessinatrice feront d'elle une championne du croquis pris sur le vif, exercice souvent plus amusant et plus instructif que la photographie.

Je vois très bien Juliette en journaliste d'investigation. Mais il lui manque encore une corde à son arc. Ou plutôt la corde n'est pas encore bien fixée.

Juliette maîtrise mal ses tables de multiplication; elle a du mal à les apprendre. Par voie de conséquence, elle a du mal avec la multiplication, et encore plus avec la division.

Cet après-midi, on s'est entraînés à réviser les tables jusqu'à la table de douze. Puis on est passés à la division : 95 / 5 ... 115 / 5 ... 2155 / 5

On y est allés lentement, et proprement, en s'efforçant de bien identifier les étapes. Juliette a bien compris que la division, c'est l'inverse de la multiplication, et surtout que la multiplication, c'est une addition beaucoup moins compliquée, avec beaucoup moins de temps perdu et de risques d'erreur, tandis que la division, c'est une soustraction beaucoup moins compliquée, avec beaucoup moins de temps perdu et de risques d'erreur . A condition de bien savoir ses tables et de bien maîtriser quelques mécanismes simples, qu'on a compris.

Pendant qu'on y était, on a juste entrevu l'algèbre, en baptisant Monsieur X  le chiffre à trouver : 5 + x = 10.  J'ai dit à Juliette que les mathématiques s'apparentaient à une enquête policière où il s'agit d'identifier le fameux criminel inconnu (mais pas pour longtemps), Monsieur X  Je lui ai dit que, si elle s'entraînait à identifier avec succès Monsieur X dans les opérations, elle ferait une excellente journaliste d'investigation ou -- à défaut -- un excellent commissaire de police.

On fait un monde aux enfants de l'apprentissage des mathématiques. Pourtant c'est la chose la plus simple et la plus aisée qui soit, quand on a compris que l'on va toujours du plus simple au plus compliqué, en prenant soin de n'aborder une étape un peu plus compliquée qu'après avoir maîtrisé, par la mémoire et les exercices, les étapes moins compliquées. C'est un principe à ne jamais perdre de vue. Les titulaires de la médaille Fields savent très bien que tout leur savoir sophistiqué repose sur la connaissance préalable de 2 + 2 = 4.

Le goût de l'effort augmente avec la réussite. L'échec entraîne le découragement et favorise la paresse. C'est pour cela que les premières étapes  -- les plus simples -- d'un apprentissage doivent être réussies. Ainsi se met en place un cycle vertueux. Et l'avenir est au bout.



Rédigé par : Jambrun )




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