vendredi 24 août 2012

Du cancer des testicules aux victoires dans le Tour : une transition logique ?

On  a appris tout-à-l'heure à la télé que, pour le public américain, Lance Armstrong, déchu de ses victoires dans le Tour, n'en restait pas moins un héros. Un héros de la lutte contre le cancer. Significativement, à l'annonce de sa radiation à vie, les dons ont afflué à sa fondation.

On est en droit de se demander si Lance Armstrong ne doit pas, justement, ses victoires dans le Tour à son cancer des testicules. S'il l'a vaincu, c'est sans doute, en partie, grâce à l'EPO.  Cette substance de synthèse est en effet couramment utilisée dans les hôpitaux pour remonter le niveau des globules rouges et des plaquettes chez un malade du cancer, quand les chimiothérapies ont eu un effet par trop destructeur sur son sang.

Au début de l'année 2010, dans un hôpital français, le coût d'une injection d'EPO s'élevait à environ 300 euros.

Je ne serais pas étonné si Lance Armstrong était passé tout naturellement d'une utilisation thérapeutique de l'EPO à une utilisation frauduleuse comme produit dopant.

Armstrong devenu accro à l'EPO à la suite de son traitement ? Pourquoi pas ? D'autres patients, naguère, devinrent accros à la morphine, après en avoir abusé pour la bonne cause à l'hôpital. Ensuite, avec l'a complicité de son entourage, il a monté, pour déjouer les contrôles, ces procédures sophistiquées que l'article de Laure Beaulieu (sur le Monde.fr) -- " Comment Armstrong est-il passé entre les mailles du filet ? "  -- décrit précisément.

Mais les choses ont-elles réellement changé depuis ? Rien n'est moins sûr. Tout ce qu'on peut dire, c'est que ni le vainqueur du Tour 2012 ni les cyclistes anglo-saxons  qui ont raflé quasiment toutes les médailles aux J.O. n'ont (pour l'instant) fait l'objet d'aucun contrôle positif. L'ère du soupçon n'est pas close : le sera-t-elle un jour ?

Il serait plus sain d'admettre que le sport (et pas seulement professionnel), parce qu'il est un spectacle, parce que les enjeux financiers, pour les uns et pour les autres, sont considérables, parce que la logique de la compétition et de ce que la compétition induit (quête des records, des médailles, des podiums etc.) y  mène immanquablement , est irrémédiablement bouffé par le dopage. Il y a des lustres qu'on le sait, mais tout le monde continue de faire semblant de l'ignorer et, à chaque fois, tout le monde fait semblant de tomber de la lune. Et ce sont à chaque fois les mêmes cris d'extase aux performances des bourriques chargées. L'inefficacité structurelle de la lutte contre le dopage rejoint celle, tout aussi structurelle, de la lutte contre la drogue. La solution passe par la légalisation : shit, cocaïne, EPO, dans le même sac, et en vente libre. Après tout les gens savent ce qu'ils risquent, et ils sont libres. Et s'il reste des niais pour aller applaudir les "champions" (de quoi au juste?), grand bien leur fasse. Je n'en serai pas.

Mais pour en sortir vraiment, encore faudrait-il travailler à réduire le sport, véritable cancer social et mental, à sa véritable importance : excessivement secondaire. Pour y parvenir, il faut sortir de l'hypocrisie, et donc autoriser le dopage dans le sport.

Additum . - Sur l'inefficacité de la lutte anti-dopage, l'interview du marcheur Bertrand Moulinet (supplément au journal Le Monde des 12/13 août 2012) est édifiante. Je souscris pleinement à la conclusion  qu'il tire de ses observations :

" Si on cherche tous les dopés, on ne s'en sort plus. Les gens regardent le sport parce que c'est un spectacle. Un grand chanteur bourré à la coke n'empêche pas son public d'apprécier ses chansons. A l'école, on fait lire à des gamins des poèmes d'auteurs toxicomanes qui ont écrit des vers sous l'effet de psychotropes, comme Rimbaud ou Baudelaire. En quoi sont-ils de meilleurs modèles que des marcheurs qu'on soupçonne de dopage ? "

( Rédigé par : Babal )


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