samedi 18 août 2012

Le Midi de Papa ( 3 ) : le mystère de la tringle jaune

Mon beau-frère a longtemps consacré quotidiennement un moment de sa journée à découper le articles de journaux qu'il lirait PLUS TARD. Il a cessé le jour (récent) où il s'est aperçu que sa femme les brûlait au fur et à mesure. On ne dénoncera jamais assez la perversité féminine. Pauvre homme : lui qui s'apprêtait à prendre connaissance des résultats des J.-O.  de Pékin,  j'imagine quelle frustration doit être la sienne.

Eh bien, moi, non. Je ne découpe jamais les articles du journal. Je garde TOUT le journal, pour le lire PLUS TARD. Ce n'est que récemment que je me suis aperçu que ma femme les refilait à sa copine POUR SES LAPINS. Je vous demande un peu : est-ce que les lapins lisent Le Monde ? Qu'est-ce qu'ils en font ? Ils ne le mangent tout de même pas, indigeste comme il est.

Ainsi, faute d 'avoir pu mettre la main sur les articles de Var - Matin probablement bouffés par les lapins qui relataient cette surprenante affaire datant de quelques mois, je vais devoir la raconter de mémoire.

Premier acte : un beau matin, avant même d'avoir pris un exemplaire dans le présentoir, je lis un  gros titre pleine page : samedi soir, un distingué avocat de la sous-préfectance voisine a été sauvagement agressé à son cabinet par des voyous, qui, comble de barbarie, l'ont soumis à des sévices innommables à l'aide d'une tringle à rideaux. Ce n'est que le lundi matin que la femme de chambre l'a découvert dans les locaux fermés de l'intérieur, baignant dans son sang, les intestins défoncés.

Tout le département ou presque frémit d'horreur. Il n'est question que de ce nouveau mystère de la chambre jaune dans les conversations. Tous réclament des sanctions  exemplaires contre ces voyous qui que je vous les enverrais à la guillotine, ces gens-là, oui madame.

Deuxième acte : le lendemain matin, avant même d'avoir pris mon exemplaire dans le présentoir, je lis dans Var-Matin un gros titre pleine page :  il n'y a pas eu de sévices barbares. C'est à peine s'il y a eu agression.

Sensation. On s'interroge. On subodore le chantage,  les menaces de mort d'une mafia ; ce n'est pas ça qui manque dans le coinsteau ; et les règlements de comptes, ça existe. Pauvre homme. il n'est pas sorti de l'auberge. On le plaint.

Troisième acte : le surlendemain, avant même etc..., je lis dans Var-Matin , en gros titre pleine page,  que la victime supposée retire sa plainte. Il n'y a pas eu d'agression du tout. Donc  pas de sévices barbares non plus. C'est un malheureux accident. Il s'est fait ça tout seul.

Sensation. On s'interroge. Mais alors, la tringle à rideaux ? les intestins atrocement défoncés ?

Là, un effort d'imagination s'impose. Représentons-nous la scène.

1 /  Samedi soir. Le cabinet a fermé ses portes. Les collaborateurs sont rentrés chez eux. Notre distingué avocat reste seul dans les locaux. Il s'enferme à double tour.

2 /   Il monte sur une chaise. Il décroche la tringle à rideaux, en bois, de section ronde ; je donne ces détails parce que ça explique des choses. Il redescend de la chaise.

3 /   Il débarrasse la tringle à rideaux de ses rideaux et de ses anneaux : question de confort (c'est du moins comme ça que je vois les choses).

4 /   Il se déculotte.

5 /   Il monte sur son bureau (une tringle à rideaux, c'est long).

6 /   Il s'accroupit au bord du bureau.

Non. Non ! Vous ne croyez tout de même pas qu'on va gober un truc pareil. Il y a des limites à la galéjade, même méridionale.

Eh bien si. Si. Hélas, si.

7 /   Il s'installe le bout rond de la tringle à rideaux là où... là où... enfin , là, quoi.

8 /   Il l'enfonce délicatement. Ah ah ah !

9 /   Il perd l'équilibre et tombe du bureau, de façon très très malencontreuse. Houlà !


On rigole, on rigole; n'empêche que cette andouille a failli y rester. Si ça vous était arrivé,vous feriez moins le faraud.


Le journal n'a pas dit si l'intéressé avait été mis en examen pour faux témoignage et outrage à magistrat.


Notre sous-préfecture de l'Est-Varois a beau être une cité tranquille, il s'en passe des choses le samedi soir.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits fondamentaux.


Rédigé par : Babal )

Plus vraie que nature



1 commentaire:

JC (simeno-simiesque) a dit…

S'il s'avère que cette tringle à rideau est en bois d'olivier, j'ai une piste.....maghrébo-londonienne !
(suivez mon regard islamique !)