mercredi 22 août 2012

La joie

Coup de téléphone du voisin. Demande de renseignements anodine.

Depuis des semaines, cet homme, plus jeune que moi d'une dizaine d'années,  et que je connais depuis longtemps -- nous avons été collègues --, ancien sportif de haut niveau, ne sort plus guère de chez lui. J'épie (il faut bien appeler les choses par leur nom, même si ce n'est pas volontaire) dans sa voix les marques de la souffrance.

Cancer du poumon. Il a subi deux chimios sévères. Bien plus dures que les miennes.

J'ai raccroché, après quelques mots chaleureux (sincères, je crois, mais comment en être absolument sûr ?).

Dans le silence, je me surprends en train de "me pencher" sur son cas. Souffre-t-il ? Où en est-il ? Que cache-t-il ?

Vais-je l'enterrer ? Ou bien est-ce que ce sera lui qui m'enterrera ? Le suspense, vraiment, vaut celui  d'un match des Experts. Peut-être que je vais gagner le match, après tout. Et puis, il y en aura un autre, un autre encore... C'est cela, une carrière de sportif de haut niveau...

La conscience morale,  c'est ce qui, en nous, dit : "Arrête". Arrête, ne va pas plus loin, c'est dégueulasse. C'est indigne, indigne même d'être pensé. Fais le vide de ça, tout de suite.

Exilé. Exilé, depuis tant d'années, de la joie. Relégué, au quotidien. Alors que celle avec qui je vis EST dans la joie. Comme un poisson dans l'eau. Dans son élément. Depuis toujours. J'ai bu chaque jour, à la source pure de son innocence. Désaltéré, chaque jour.

J'ai lâché sur elle, ce matin encore, le démon de ma perversité. Pas longtemps. De quoi la rendre malheureuse, un peu, pas longtemps, mais vivement. Pourtant je sais être tendre avec elle, et je l'aime. Depuis toujours. C'est sans aucun doute ce qui m'a sauvé.

                                                               *

La joie n'est pas ce qu'on croit. N'est pas ce que je crois,  ce que je croyais.

Ce que je croyais ?  Mais j'ai toujours su ce qu'elle est. J'ai toujours rêvé d'elle comme on rêve d'une source absente. Tarie.

La joie est comme une  eau profonde et pure.

Elle est le chant grave d'actions de grâces d'une âme réconciliée avec elle-même.

Une étroite sente de lumière dans le fouillis des taillis du mal.


                                                                *


Ouais. Mmouais. Ouèp.

Comme qui dirait que Pépé s'exalte. Pépé fait sa petite crise d'auto-flagellation ? Pépé court après je ne sais quel virginité perdue il y a très très longtemps, à se demander parfois si elle a jamais existé.

Oh le coupable Pépé. Coupable de n'être que ce qu'il est, et bien obligé de faire avec.

Consolons-nous en relisant notre cher Cioran :

" Après  tout, je n'ai pas perdu mon temps, moi aussi je me suis trémoussé, comme tout un chacun, dans cet univers aberrant.  "

Sentence bien digne de figurer sur une pierre tombale.


( Rédigé par : J.C. Azerty )







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