lundi 6 août 2012

La reine du 400 m haies

Elle avait fière allure, debout, devant ses starting-blocks, au moment de la présentation des concurrentes de la finale du 400 m haies. Non seulement parce qu'elle dépassait ses rivales de la tête et des épaules, mais aussi parce que le public ravi ( le public masculin au premier chef )  pouvait sans difficulté deviner et surtout imaginer ses formes sculpturales sous l'ample maillot noir frappé d'un croissant vert, et qui ne laissait voir en tout et pour tout que ses yeux (noirs).

Car elle s'était présentée sur la ligne de départ en burqa intégrale ! Grâce à une décision prise par le CIO et contresignée par le secrétaire général de l'ONU, sous la pression des plus authentiques associations de défense des droits de la femme, le port du voile intégral venait d'être enfin autorisé dans les compétitions des Jeux Olympiques, au nom de la lutte contre les discriminations culturelles et religieuses.

A vrai dire, elle était la seule athlète de cette Olympiade à participer aux compétitions dans cette tenue. Elle était aussi la seule représentante du Talibistan, dont les dirigeants, soucieux de contrer la propagande anti-musulmane des pays occidentaux, avaient tenu à ce qu'une femme au moins soit présente dans la délégation talibistoune. Elles étaient même deux, huit jours avant l'ouverture des Jeux, mais la nageuse spécialiste du 1500m nage libre s'était noyée dans la piscine en s'empêtrant malencontreusement dans sa burqa en polyuréthane compensé.

Nous devons à la vérité de reconnaître que Malika n'avait pas toujours été une femme. Un an avant les Jeux, elle s'appelait encore Muhammad. Par souci de la pudeur et respect des commandements du Commandeur des Croyants, le Talibistan n'autorise les femmes à faire du sport qu'à l'intérieur du logis familial. Nos épouses ne sont pas comme ces salopes occidentales, qui exposent leurs miches à tous vents. Elles ont bien assez d'espace, entre le berceau du petit dernier et le fourneau, pour s'entraîner au 400 m haies. Elles n'en jouissent pas moins du DROIT inaliénable de faire du sport et, donc, de représenter les femmes talibistounes dans les compétitions internationales.

Muhammad s'était donc dévoué. Il  avait consenti au sacrifice de ses parties viriles (d'ailleurs peu développées) par ablation.. La chose avait été menée à bien chez un chirurgien spécialisé dans les interventions prescrites par le Commandeur des Croyants dans son Livre Trois fois Saint ( Saint, Sain et Sein  ) : circoncision, excision, lapidation etc. Interventions qui, aujourd'hui, sont réalisées dans un environnement scientifique présentant toutes les garanties, d'un point de vue théologique. Depuis, surtout sous la burqa, Muhammad faisait une Malika tout-à-fait présentable et même crédible.

L'étape la plus difficile, au long de sa préparation, n'avait pas été l'extraction des roubignolles, mais bel et bien de réussir à sauter les haies du 400 m avec la burqa, sans montrer plus que ses chevilles. Muhammad / Malika y était parvenu(e) en mettant au point une technique personnelle qui consistait, au moment du saut, à remonter les talons jusqu'aux fesses tout en relevant gracieusement le bas de la gandoura (ou de la djelllabah, on va pas me chicaner sur une appellation vestimentaire).

Mais à présent, tous ces sacrifices, toutes ces souffrances, étaient oubliées. Devant des centaines de millions de téléspectateurs du monde entier, Malika/Muhammad s'apprêtait à réaliser la course de sa vie.

Elle n'eut aucun regard pour les autres concurrentes, qui, à vrai dire, représentaient tout ce qu'elle haïssait le plus. Il y avait là, en effet, deux Américaines, deux Jamaïcaines arborant des croix de missionnaires, une Sud-Africaine (pentecôtiste), une Israélienne (originaire d'Ethiopie) et une Française (représentante de ce pays -- qu'il soit maudit --qui continue d'interdire le voile dans les lieux publics). De plus (ça ne se voyait pas sous la burqa mais c'était le cas), elle était la seule concurrente authentiquement BLANCHE au milieu de ce ramassis de...(bip).  Elle allait les ratatiner, toutes ces  (bip) avec l'aide et au nom d'Allah !

Soucieuse de mettre toutes les chances de son côté, elle avait mis, sur le conseil de son entraîneur, une ceinture ultraplate mise au point à l'Institut National des sports de combat du Talibistan, censée augmenter son tonus musculaire et sa concentration par rayonnements électromagnétiques.

Enfin le starter appela les huit athlètes au départ. Elles se calèrent dans les starting-blocks, posèrent les doigts sur la ligne blanche (fais-moi un gros plan sur les pouces)  dans l'attente du coup de pistolet libérateur.

Elle n'eut pas à appuyer sur le bouton.Quelqu'un, dans les tribunes, s'en chargea pour elle.

Au fond du trou creusé par l'explosion, il fut bien difficile de démêler ce qui était à qui et qui était à quoi. Il est possible qu'un peu de Malika soit actuellement dans un champ d'urnes de Tel-Aviv ou de Tombstone (Arizona). Les desseins d'Allah sont impénétrables.

Dans un souci de concorde entre les peuples et dans un  esprit hautement olympique, le CIO, après en avoir délibéré, décida que toutes les concurrentes seraient déclarées victorieuses ex-aequo.

Toute sauf une : Malika .

Mais pourquoi ? pourquoi ? pourquoi cette injustice ?





( t'as vu comment que c'est chouette de sauter des lignes : suspense, suspense ! )







Alors ça vient  ?










Quoi ?    y a pas le feu.
















Faux départ.

 Les enregistrements sont formels.


C'est ainsi que le Talibistan court toujours après la première médaille olympique de sa jeune histoire.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits talibistournés.

( Rédigé par :  Toinou chérie )




1 commentaire:

JC a dit…

C'est vrai qu'une fois mort nous sommes tous ex-aequo... Bon ! mais... premier ? ou dernier ? et si c'est équivalent alors un dernier peut être premier.... Mais alors pourquoi lutter

AH ! NON ! PAS DE POLITIQUE SOCIETALE !