jeudi 16 août 2012

" Le dernier crâne de M. de Sade" , de Jacques Chessex

" Quand cette histoire commence, en été 1814, Donatien Alphonse François, marquis de Sade, est enfermé depuis onze ans à Charenton, dans le Val-de-Marne [...]  "

C'est par cet anachronisme que commence le dernier roman de Jacques Chessex, Le dernier crâne de M. de Sade. Chessex est mort en octobre 2009 et son livre est paru quelques mois après son décès. Il paraît que l'écrivain avait déjà remis le manuscrit à son éditeur. Il n'empêche qu'une maladresse comme celle-là  (il est vrai que Chessex est Suisse, donc pas forcément très au courant de l'histoire de nos départements ) peut être perçue comme un signe d'inachèvement.

Deux parties nettement distinctes. Dans la première, Chessex nous raconte les derniers mois de la vie du marquis à l'hospice de Charenton. Ce récit, en partie fondé sur des témoignages d'époque mais très largement imaginaire, met en scène un Sade physiquement très diminué qui n'en continue pas moins  d'exercer une fascination certaine sur celles et ceux qui ont des contacts avec lui.

Le lecteur s'interroge pourtant sur ce qui peut bien nourrir cette fascination. Ce ne sont pas les injures bien senties contre Dieu le Père et son Fils qui peuvent justifier le prestige intellectuel de l'auteur de La Philosophie dans le boudoir. Cela donne, par exemple :

" -- Jamais né, vous entendez ! Jamais né, mort-né, foetus crevé, mort-né votre Dieu, mon cher abbé, et tenez, le crucifix qui bringuebale à votre cou, oui le crucifix, sale pendeloque, vous savez ce que j'en fais de votre crucifix, je chie dessus, votre crucifix, oui je le conchie, je chie sur le crucifix et le fils de Dieu et Dieu le Père et toute la sainte escroquerie, hou! hou ! sainte escroquerie... "

J'ai beau être réceptif à toutes les formes de blasphème, cette sortie du divin marquis me paraît d'un niveau assez élémentaire, pour ne pas dire potache, ou bien  révélatrice de la déchéance sénile d'un si grand esprit.

Quant au sexe, le marquis a recours aux services d'une certaine Madeleine Leclerc, âgée de douze ans, " une vraie petite salope sous ses airs d'ange transparent", comme le narrateur la définit. . Nous assistons à quelques ébats sado-masos avec ragoût coprophagique. Rien que du classique. A part quelques hypothétiques bourgeoises coincées du côté de Lausanne, on ne voit pas très bien qui ces descriptions pourraient bien scandaliser et encore moins exciter.

Dans  la seconde partie, à peu près égale en longueur à la première, l'auteur développe une donnée fantastique déjà amorcée dans la première : il nous raconte les tribulations du crâne de Sade pendant deux siècles,  jusqu'en octobre 2009, où le narrateur s'en retrouve momentanément possesseur. On  a l'impression d'avoir affaire au résumé un peu hâtif d'un thriller fantastique, qui n'emporte pas non plus la conviction d'un lecteur peu captivé.

Le lien entre ces deux parties est assuré par la présence d'un narrateur, qu'on devine très proche de l'auteur. Le vrai sujet du livre serait-il la confidence de quelques obsessions de celui-ci ? Là encore, on reste dans l'incertitude,  faute de substance.

En somme, ce court roman (160 pages environ) aurait pu donner, si l'auteur avait pris la peine (ou avait eu le temps) de développer son sujet, ou bien deux romans assez différents., ou bien un seul roman dont le personnage central aurait été le narrateur saisi dans sa relation avec la figure de Sade et dans la fascination qu'elle exerce sur lui.

Les conditions de la publication restant pour moi trop incertaines pour me faire une opinion un peu solide, j'en reste à l'impression d'avoir affaire à l'ébauche d'une oeuvre plus substantielle et plus convaincante, que l'auteur n'a pas eu le temps de pousser plus loin.

Pour qui ne connaîtrait pas Jacques Chessex, il vaut mieux,en tout cas, plutôt que de l'aborder par cette oeuvre que, pour ma part, je trouve médiocre, lire l'Ogre, Le Vampire de Ropraz ou Un Juif pour l'exemple.


Jacques Chessex,  Le Dernier crâne de M. de Sade  ( Bernard Grasset )


( Rédigé par : John Brown )




1 commentaire:

Anonyme a dit…

Pour les intimes, c'est Aldonse, pas Alphonse...