vendredi 24 août 2012

Le meeting Novarina

Dans une des vastes dépendances de Fort Médoc (département de la Gironde Inférieure) sont organisées les épreuves d'un concours Novarina. Les admis seront habilités à bavasser à perte de vue sur l'oeuvre du génial écrivain. Dès l'aurore ont afflué les candidats, acheminés par les moyens les plus divers (calèches, ferries, montgolfières,  trains express).

Dans la salle, Valère Novarina lui-même, l'air débonnaire, les cheveux réunis en catogan par un peigne d'argent, distribue les documents : il s'agit d'exemplaires de ses innombrables oeuvres, d'interminables questionnaires sur papier glacé de couleur verte, de découpages et de figurines colorées. Aucune directive n'est donnée sur la marche à suivre ni sur la durée de l'épreuve ; chacun fera à sa convenance.  Au vu de la masse des documents à traiter, on y sera encore à la nuit close.

Tout en disposant sur un coin de table  le matériel qui m'est échu , je me rends compte que je n'ai pas lu au moins 80% des opuscules, poèmes, pièces de théâtre, traités, essais, recueils d'aphorismes, qui constituent l'oeuvre (heureusement encore inachevée) de Novarina; que  j'ai oublié la teneur de la quasi-totalité du restant, et que, ce dont je me souviens, je n'en ai pas compris un traître mot. N'importe : l'essentiel est de participer.

Un  avorton borgne et podagre du nom de Marc Court, ignoble infirme intellectuel,  chien de garde  engagé  à mi-temps comme appariteur-surveillant, dépose avec difficulté sur une table l'énorme répertoire des oeuvres (incomplètes) de Novarina ; l'atroce ganache balaie au hasard de sa canne les documents déposés sur les tables à l'intention des candidats.

En le regardant clopiner, je m'aperçois que la table sur laquelle j'ai  déposé les miens est bancale. Ramassant à brassée le monceau de paperasses, je m'en vais les installer sur une autre, mal éclairée; or, pour traiter cette masse d'informations, j'ai besoin d'un maximum de lumières. Je peux d'ailleurs à peine m'asseoir, coincée que je suis par d'autres candidates manifestement peu soucieuses de se pousser.

Je retourne à ma place initiale mais entre temps d'autres se sont installées et ne me laissent qu'un espace bien chiche.

Novarina a disparu. En revanche, des militants d'une obscure société anarchiste à demi secrète sont entrés et mettent la pagaille sur les tables, échangeant et déchirant les papiers, y faisant couler des pots de miel. Une jeune personne complètement allumée (pas laide d'ailleurs), que j'ai connue dans une existence antérieure,  s'attaque à notre table. Tiphaine a  visiblement abusé de la liqueur de fenouil. Ses beaux yeux bleus chavirés s'harmonient  (1) merveilleusement à sa petite robe chiffonnée.

C'est le soir. Sur l'esplanade de Fort Médoc, le match de rugby en chute libre qui opposait l'Afrique du Sud à la France s'achève par la victoire incontestée de l'Afrique du Sud sur le score de 110 à zéro.

Note . - Question pour le Paul Edel : chez quel romancier la forme "s'harmonier" remplace-t-elle la forme aujourd'hui usuelle "s'harmoniser" ?  Réponds, vilain bougre !


Note.  - Toute ressemblance avec une personne réelle serait évidemment une pure coïncidence. Comme  on a pu s'en apercevoir, ce récit est un récit de rêve.

Rédigé par : Toinou chérie )
Représentation médiévale d'un marc court commun. Encore fréquent au bon vieux temps de la scolastique, le marc court, sorte de couleuvre gluante, est une espèce pratiquement disparue aujourd'hui. Le marc court commun se subdivise en deux sous-espèces : les courts et les longs



2 commentaires:

JC (partant, hélas !) a dit…

Valère Novarina...
Passons notre chemin.

PS : Partant pour un séjour définitif en Nouvelle Zélande, je vous salue une dernière fois (cela tombe bien, je n'aime pas que l'on se moque de Marc Court, un ami virtuel de longue date)

Les Jambruns a dit…

@ JC

Personne ne s'est moqué de votre ami. Il se trouve que, dans le récit du rêve de notre collaboratrice Toinou chérie, son nom coïncide avec celui d'un personnage. Mais, selon la formule bien connue, "toute ressemblance etc

Tous nos voeux vous accompagnent en Nouvelle-Zélande.

Les Jambruns