mardi 21 août 2012

Paul Edel ne répond plus

Paul Edel ne répond plus. Depuis qu'il a fermé son blog -- Près loin : que de la littérature de Bernhard à Updike --, il est aux abonnés absents. Aucune des instances suppliantes de son dernier quarteron de fidèles n'a reçu de réponse. L'angoisse du manque s'installe.  "Revenez, Paul, revenez ! " : c'est le dénominateur commun des messages déposés à la porte hermétiquement close sur laquelle l'occupant des lieux, après s'être torché à la hâte d'un dernier billet, a punaisé  la reproduction couleur caca d'un dessin de Victor Hugo.

Comme on s'en doute bien, nous partagions l'inquiétude générale lorsque nous avons reçu, par e-mail, une lettre de notre ex-collaborateur John Brown, une lettre qui, à vrai dire, n'est pas faite pour nous rassurer. La voici :

" Archipel des Mariannes, le 19 août 2012,

Chers ex-amis,

J'apprends que, profitant de mon absence et sans même daigner m'entendre, vous m'avez viré. Vous ne perdez rien pour attendre. Sachez qu'on me surnomme l'Attila des blogs dans une partie non négligeable du monde sublunaire . Oui madame :  l'Attila des blogs. Vous n'allez pas tarder à comprendre pourquoi.. Pour commencer, ayant réussi à craquer la clé de votre code pour attardés de l'informatique, je continuerai de poster impunément ici ou là, notamment sur des sites pornographiques, où j'ai mes habitudesdes élucubrations propres à vous déconsidérer et à vous valoir de sérieux ennuis.

Paul et moi avons bien ri des commentaires postés sur son blog depuis qu'il a mis la clé sous la porte. Oui, vous m'avez bien lu : Paul et moi. Car il est temps de le révéler, Paul Edel et moi sommes depuis longtemps les meilleurs amis du monde. Le différend qui nous a opposés a été monté par nous de toutes pièces :  il fallait à Paul un prétexte pour en finir avec ce blog qu'il ne prenait même plus la peine de rédiger personnellement depuis des mois, ayant confié cette tâche rebutante à quelques étudiants en lettres en quête de petits boulots.

En réalité, il y a belle lurette que la littérature et ses pompes font CHIER Paul  (moi aussi d'ailleurs),  c'est rien que de le dire.

Non, la grande passion de Paul, c'est -- ça a toujours été -- l'océanographie. Depuis l'adolescence, Paul est  fasciné par les espaces glauques des profondeurs marines. Il y subodore l'existence d'innombrables espèces inconnues. Il rêve d'y traquer les secrets de la vie et -- qui sait -- d'y percer l'énigme de sa propre existence !

Autant dire que l'exploit de James Cameron, récemment descendu à 10898 m au fond de la fosse des Mariannes , a piqué Paul au vif et l'a incité à relever le défi. Des relevés océanographiques récents l'ont persuadé qu'il était possible de descendre encore plus bas. Vous connaissez l'audace de Paul : il ne lui en fallait pas plus pour se décider à se lancer dans l'aventure.

Grâce aux fonds levés en quelques années sur quelques uns de ses admirateurs inconditionnels, Paul Edel a donc fait construire un sous-marin de poche blindé, capable de descendre aux grandes profondeurs. Nous avons  loué à la Marine Nationale un vieux torpilleur qui rouillait au fond de la rade de Brest. Je dis nous car Paul, dont le sens de l'amitié et la générosité  sont au-dessus de tout soupçon, m'avait bombardé Directeur technique de l'expédition, en raison de mes connaissances technique (informatique, radio, bricolage etc).

Et nous voilà embarqués, notre sous-marin de poche et nous, sur notre aviso, rebaptisé WHY NOT ?, direction la fosse des Mariannes !

Dès notre arrivée sur site, il y a deux jours, Paul ne tenait plus en place. Il lui fallait plonger ! Nous préparons donc le sous-marin, il s'y enferme, derniers signes d'amitié par le hublot, n'oublie pas d'embrasser grand-mère pour moi, et l'engin disparaît sous la surface des flots.

Et c'est là, chers ex-amis, c'est là, chers ex-fidèles du blog de Paul Edel, que le drame se noue : depuis vint-quatre heures, je n'ai plus aucune nouvelle de Paul Edel.

Nous étions convenus d'établir un contact à chaque palier de cinq cents mètres. Au début, tout se passe comme prévu : ' Tout va bien, j'ai vu un noyé "... "Tout va bien, j'ai vu un poulpe "...  Tout va bien, je ne vois rien "...

Au-delà de six mille mètres, les messages deviennent moins audibles : ça crachote, ou bien c'est Paul qui crachote. On a parfois du mal à décrypter.

A partir de huit mille mètres, un long silence s'établit. Plus aucun contact. Plus aucun signal. Bruit de houle dans les écouteurs.. Nous commençons à nous inquiéter. Puis c'est l'affolement.  "Paul ? Paul ? Paul, tu nous entends , Paul, où es-tu ? Paul, réponds !

Une  heure se passe. Toujours rien. Le silence éternel de ces espaces marins quasiment infinis commence à nous foutre sérieusement les boules.

Soudain, dans le haut-parleur, la voix de Paul ! Enfin ! Un message bref, mais clairement audible :

     " Au fond,  Paul Edel n'est pas plus con qu'un autre. "

Alors là, vraiment, pour le coup, tout au fond.

Après une pareille révélation, rien ne dit qu'il remontera un jour.

Depuis, plus aucun signe de vie. Si ça continue, demain j'embarque dans le sous-marin de secours et je pars à la recherche de Paul Edel. Car je ne vois vraiment pas pourquoi, moi aussi, tout au fond, je serais plus con qu'un autre !


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits bord à bordédeliques.


Votre affectionné

                               John  Brown


Une photographie récente de Paul Edel

2 commentaires:

JC a dit…

Je croyais, innocemment, avoir compris que Les Jambruns se désolidarisaient de l'infâme John Brown, tueur d'Edel dont l'espèce est pourtant protégée car tout à fait respectable....

Quel revirement...signifiant ? insignifiant ? J'hésite.

Les Jambruns a dit…

@ JC

La plupart des Jambruns sont en vacances. Alors j'en profite.

Linda