lundi 20 août 2012

Paul Edel ou le Temple du goût

Allez, encore un billet où il sera question de l'insignifiant Paul Edel et de ses démêlés avec John Brown. C'est faire beaucoup d'honneur à cet individu (nous voulons parler de Paul Edel) mais son cas nous paraît caractéristique d'une forme de prétention assez effarante.

Paul Edel a tenu un blog, aujourd'hui fermé (provisoirement ? -- il l'a déjà été au moins une  fois dans le passé) où il était question surtout de littérature, de peinture aussi. Il y exprimait ses opinions sur tel auteur, tel peintre, tel livre, tel tableau. Fort bien. C'est bien son droit, à cet homme, d'avoir ses opinions sur les sujets qui l'intéressent, et de les exprimer. Nous serions les derniers à le lui dénier, puisque nous en faisons autant. Il pond et nous pondons. Côt côt.

Mais la poule Paul Edel se fait manifestement une haute idée de ses oeufs. La pertinence de ses jugements lui paraît évidente. La qualité mélodieuse de son caquetage l'enchante. Poule Edel a le sentiment que son coin de poulailler, malgré la paille, la crotte et les côt côt,  est un lieu sacré où souffle l'esprit. Ses commentaires ont  beau ne pas dépasser le niveau de ceux d'un manuel à l'usage des collégiens ; il a beau se montrer incapable de recopier proprement un texte qu'il veut citer, Paul Edel, nouvelle Madame Verdurin des blogs littéraires, est persuadé de la beauté indépassable de la moindre de ses minuscules productions.

Voilà donc la Paula Edel engagée dans l'éloge dithyrambique d'un roman de Balzac, la Rabouilleuse. Et c'est à ce moment que l'inconcevable se produit : un énergumène, du nom de John Brown, ose ne pas être  d'accord avec le grand esprit. Et il le dit. Voici en quels termes :

"  La Rabouilleuse n'est pas le plus séduisant des romans de Balzac. 1842 : ce n'est pas encore le commencement de la fin mais ça commence à tirer à la ligne et à sentir la sueur. La divine allégresse de la décennie miraculeuse 1830 /40 s'est évaporée.  "

Sacrilège ! Notre verdoyant Paul Edel s'enchantait et enchantait ses lecteurs de ses trouvailles, il était sur le point de convaincre les uns et les autres de se jeter séance tenante dans une lecture éblouie de la Rabouilleuse ,  pour en parler ensuite, entre goûteurs , dans l'édélique salon, autour d'une tasse de thé, et voilà qu'un sale petit jean-foutre vient essuyer ses godillots sales sur le tapis, donner un avis qu'on ne lui demandait pas, et rompre l'harmonie des cris d'extase : ah ! mon Paul, comme c'est juste ! comme vous avez cent mille fois raison ! etc.

C'est à ce moment que Popaul Edel prend sa décision : il urge d'éloigner le John Brown du cercle des initiés. Il faut expulser le pollueur du temple des Muses. "De toute façon, confie-t-il à un de ses correspondants, nous ne sommes d'accord sur rien". Et Paul Edel ne supporte sur son blog que celles et ceux qui sont d'accord avec lui. Et c'est alors qu'il conçoit cette petite vilenie : accuser faussement John Brown de l'avoir insulté à maintes reprises sur un autre blog ; cela devrait suffire à le tenir éloigné du lieu saint. Manque de pot, c'est le contraire qui se produit : John Brown rue dans les brancards, exige des explications qui ne viennent pas et, finalement, excédé, se livre à quelques petites facéties vengeresses qui conduisent Paule Edel à fermer son blog.

Pourquoi Paul-Pierre-Jacques Edel a-t-il pris cette décision ? Je viens d'employer l'expression "lieu saint" . Eh bien, il l'a fait parce qu'à ses yeux les interventions de John Brown avaient irrémédiablement souillé le lieu saint, le salon exquis que devait être à ses yeux son blog et qu'il devait rester pour continuer d'exister.

Pour qu'il en soit ainsi,  pour que le Temple paulédélique conserve inviolée sa pureté originelle, il ne faut pas seulement que l'Officiant soit à la hauteur, il convient aussi que les Fidèles forment un choeur irréprochable.  Paul Edel entend n'admettre dans le Saint-des-Saints qu'un cénacle d'esprits distingués. Aucune fausse note ne devrait être tolérée du pieux orchestre; or l'intervention de John Brown sonne  comme un couac tonitruant.

Pour s'en convaincre, il suffit de citer le commentaire désolé d'un des fidèles, au spectacle d'un Temple en ruines :

" une maison qu'il a ouverte, certes pour qu'on y vienne, mais qu'il a construite de ses mains, que bien des passants ont contribué à rendre encore plus agréable, et qui, par l'acharnement destructeur dont vous avez fait preuve, est en train de s'effondrer "

Malheureusement pour Paul Edel, l'espace d'un blog ordinaire (oui, je sais, le blog de Paul Edel ne l'était pas) est divisé en deux parties : le billet de la personne qui tient le blog ; elle y dit, elle y montre, elle y fait entendre ce qu'elle veut ; et puis l'espace des commentaires, où tout un chacun, tout intervenaute de passage, peut exprimer son avis. C'est en somme un espace public, où toutes sortes de rencontres sont possibles. C'est là que Paul Edel prend un risque énorme :  celui de voir débouler à l'improviste un quidam non encore verdurinisé,  quelqu'un ne soit pas d'accord avec le point de vue du maître  de céans, et le dise : et c'est le couac tant redouté !

Paul Edel (quel nom de fromage à pâte molle!) espère sans doute que, par on ne sait quel miracle, tout le monde fera chorus avec les Fidèles dûment estampillés, que tout le monde se présentera à la porte du salon dans la tenue de rigueur. C'est se faire quelques illusions.

Mais, dira-t-on, tout cela n'arrive que parce que  Molle Couille Edel  (Edel = Molle Couille ²) (1) se trompe tout simplement de formule : que ne réserve-t-il l'accès des commentaires à ses fidèles et à ses thuriféraires, comme on peut le faire très simplement, au moment de paramétrer son blog ? Mais cette objection ne tient pas compte du désir profond de Paul Edel : être aimé spontanément et pour toujours de tous ceux qui le lisent. Lorsque l'Edel paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris... A moins que Paul Edel ne croie à l'harmonie préétablie des esprits...

On comparera l'attitude de Paul Edel à celle -- beaucoup plus intelligente et libérale -- d'un Pierre Assouline sur la République des livres. Celui-ci tolère une liberté de tons et une variété de points de vue qui assurent à son blog une audience sans commune mesure avec celle du blog de Paul Edel. Dieu sait pourtant si John Brown n'a pas toujours été d'accord avec tel ou tel propos d'Assouline, et l'a dit, sans ménagements excessifs, et parfois de façon brutale, voire provocatrice. Mais Pierre Assouline est un homme intelligent, libéral,  tolérant, ouvert à la diversité, et puis, il possède une vertu cardinale dont Paul Edel semble cruellement dépourvu : l'humour.


Note 1 (05/05/2013) -

Vous avez saisi la vanne ? eh ben, vous êtes plus futés que moi car en me relisant, il m'a fallu un bon quart d'heure pour en retrouver le sel.


Rédigé par : Linda )







1 commentaire:

JC a dit…

Commère Linda, seriez vous amoureuse, à votre âge, de cet effroyable, épouvantable, infâme, sinistre, terrifiant, autoritaire injuste Jean Brown ?
Et prête à tout pour lui plaire ...?