mardi 28 août 2012

Pour Richard Millet

A-t-on le droit d'être d'extrême-droite en France ? A-t-on le droit d'afficher des opinions d'extrême-droite sans que cela nuise à sa situation professionnelle, par exemple ?

L'existence du Front national, d'élus de ce parti, d'une presse d'extrême-droite,  la candidature de Marine Le Pen aux dernières présidentielles suggèrent qu'on peut librement afficher en France des opinions d'extrême-droite et militer pour elles.

Pourtant, les réactions au dernier pamphlet  de Richard Millet, Eloge littéraire d'Anders Breivik, font peser une menace réelle sur l'activité professionnelle de l'écrivain, alors que cette activité n'a rien à voir avec ses positions idéologiques.

Richard Millet fait en effet partie du comité de lecture des éditions Gallimard, où l'on s'accorde à reconnaître son professionnalisme et son efficacité. Il ne semble pas qu'il ait jusqu'ici usé de son influence pour faire publier des ouvrages allant dans le sens de ses idées ou pour barrer le chemin à des livres qui s'y opposaient.

J'ai découvert  Richard Millet avec l'Opprobre (Gallimard / 2008). J'y avais apprécié un sens incisif de l'aphorisme et l'intérêt de réflexions qui, pour autant ne m'avaient pas toujours semblé procéder d'une rigueur intellectuelle suffisante. J'avoue que mes propres réflexions sur le déclin de l'Europe recoupent cependant partiellement les siennes , qui font écho, me semble-t-il, aux préoccupations de nombreux Européens. Le pessimisme provocant de l'écrivain n'est pas pour me déplaire. Question de goût personnel.

Il est certain que, même si le dernier brûlot de Millet est paru chez un autre éditeur, ce qu'il y dit risque de ne pas faire une bonne publicité à l'éditeur chez qui il travaille et qui  a publié nombre de ses livres. Certains écrivains maison ( Tahar ben Jelloun, Annie Ernaux ) expriment déjà leur gêne. Annie Ernaux souhaite manifestement le départ de Millet du comité de lecture.

Ce départ serait pourtant largement aussi gênant car il ne pourrait être interprété que comme une sanction infligée à Richard Millet, non pour la qualité de son activité professionnelle, mais pour ses opinions personnelles, ainsi que comme un acte de censure idéologique, au nom de l'idéologiquement correct.

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est pourtant claire à ce sujet. Elle protège Richard Millet comme un autre, tant que ses opinions ne tombent pas sous le coup de la loi.

Souhaitons, en tout cas, au dernier livre de Richard Millet un large succès public et soutenons sans faillir son droit à exprimer librement ses opinions.

" La violence de l'ordre, le nouvel ordre moral, voilà ce que je combats ", écrit Millet dans l'Opprobre. Sur ce terrain-là, on ne peut que se ranger à ses côtés.

Soutenons Richard Millet et surtout, lisons-le.

Additum . - De Richard Millet, prélevées au hasard dans l'Opprobre, essai de démonologie, ces quelques lignes, qu'un Cioran n'aurait sans doute pas désavouées :

 " Si je hais l'humanité ? Est-ce qu'on peut abhorrer sérieusement les vaches et les oiseaux ? Je ne déteste que l'érection de l'humanité en principe politique définitif. Quant à l'homme, autre principe sacralisé, il me suffit que Caïn ait tué son frère pour le tenir à distance, ou regarder avec méfiance cet ersatz de sacré à usage laïque. "

Et puis : " je suis l'étrangeté même du français que j'écris  ". Belle et profonde définition de l'écrivain authentique.

C'est peut-être ainsi qu'il faut lire un livre comme l'Opprobre : à l'aventure. La forme de l'aphorisme ou du texte court, d'ailleurs, y invite. On garde ce qui est bon et on oublie le reste.

Antoine Gallimard avait déclaré qu'il ne publierait pas d'autres livres comme l'Opprobre. Relisant quelques passages, je m'interroge sur les raisons d'une  telle frilosité, s'agissant d'un livre riche, souvent admirablement écrit, sinon la non-conformité effective  au politiquement correct de nombre de remarques.

Additum 2 -  Je mets ici en ligne un commentaire de notre ami John Brown qui, lui non plus, n'en est plus à une provocation près :

"L'approche esthétique que propose Richard Millet des actes d'Anders Breivik doit retenir l'attention. Elle s'inscrit dans la tradition du livre de Thomas de Quincey, De l'assassinat considéré comme un des beaux arts. Rien que de très classique donc. Au demeurant, la Norvège se situant géographiquement aux confins du monde habité et civilisé, et ne faisant pas partie de la communauté européenne, ce qui peut arriver à ses habitants doit nous être à peu près aussi indifférent que ce qui se passe chez les Papous ou chez les Mexicains. Débarrassons-nous donc de cette religion obscène de la compassion tous azimuts, produit abâtardi de la crétinisation chrétienne, qui nous conduit à nous apitoyer sur le sort du premier Rom venu, à mettre sur un pied d'égalité un enfant mort arabe et un enfant mort européen et, d'une manière générale, à considérer comme nos semblables des êtres que nous n'avons jamais vus. Millet écrit d'ailleurs (dans l'Opprobre ) :

" L'amitié entre les peuples est une foutaise politiquement correcte, pas plus digne de foi que ce qui lie un individu à d'autres ; de la même façon que chaque être humain est un échafaudage de chausse-trapes, de même les peuples ne peuvent que s'ignorer ou se haïr ."

Cette compassion tous azimuts nous dévirilise et nous rend inaptes aux guerres qui nous attendent. La pitié est une vertu femelle.

Au demeurant, je me demande comment Millet arrange ce genre d'assertions avec son catholicisme . Mais enfin je l'approuve de mettre momentanément entre parenthèses ses croyances chrétiennes ( on a le droit de se contredire, merde alors, sinon que devient le fun ?) pour dénoncer cet humanisme bêlant qui engendre des aberrations juridiques comme le crime contre l'humanité et rend presque impossible une lutte efficace contre les empiétements et les provocations de l'Islam. Rappelons tout de même à Millet qu'on ne peut pas à la fois se proclamer chrétien et soutenir des positions sinon néo-nazies, du moins ultra-droitières. Un jour ou l'autre, il va falloir te décider à choisir, mon Richard. Tes analyses et tes prédictions sont incompatibles avec ton catholicisme flamboyant et surtout avec la prédication du Christ, qu'il faut radicalement renier si tu veux être d 'accord avec toi-même.

Aux yeux d'Anders Breivik, ses victimes n'étaient  que des "petits-bourgeois métissés, mondialisés, incultes, sociaux-démocrates ".  A tuer. En attendant de réserver en toute charité un sort cruel (comme disait je ne sais plus quel ex-préfet de police)  à ceux dont ces sous-merdes éprises de démocratie entendent défendre les "droits" . Quels droits ? Celui de venir nous faire chier chez nous, sans doute.

Je tiens à faire savoir qu'en aucun cas je ne fais l'éloge d'Anders Breivik . Bien au contraire, j'ai la plus grande compassion pour ses victimes. Ah ma pauv' dame ! Ce que c'est que de nous ! Si c'est pas malhûreux tout de même. Toutes mes condoléances, cher Monsieuye.

" Aux caresses des amis, je préfère les crachats " : cet aveu de Millet dans l'Opprobre (quel titre !) me ravit. Ce sera désormais ma devise !

Bien à vous (comme dirait le Godefroy  Court de Bouillon)

John Brown  "



Richard Millet ,  Langue fantôme ( contient Eloge littéraire d'Anders Breivik ) (Pierre-Guillaume de Roux )

Richard Millet , L'Opprobre, essai de démonologie  ( Gallimard )


( Rédigé par : Marcel )

Richard Millet



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