vendredi 17 août 2012

Remonter à pied la Durance ( 3 ) : d' Orgon au défilé de Mirabeau

Mais pourquoi un âne ou un mulet ? Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ! Puisque je mets mes pas dans ceux d'Hannibal, c'est à dos d'éléphante (et non d'éléphant, vive les fautes de frappe) que je poursuivrai mon voyage. Abrité des rayons du soleil par le palanquin, je jouirai d'une  vue dominante sur la campagne. Une jeune autochtone tout juste pubère, achetée pour quelques sous à des parents miséreux (1), sera chargée de m'éventer et de prévenir tous mes désirs.

A partir d'Orgon, on se dirige E/SE, en s'éloignant des grosses agglomérations. Les villages se font plus rares.  L'usine hydro-électrique de Mallemort (encore un sacré nom) fait partie des nombreux ouvrages destinés à dompter la Durance. Puis c'est Charleval, village de construction récente (1741), dont la fondation, dans le cadre d'un plan de colonisation agraire, et le plan orthogonal, dans l'axe de son château, semble sorti du rêve d'un seigneur physiocrate.

Un peu plus loin, la Roque-d'Anthéron, ses châteaux et son festival de piano. Si je m'y prends bien, je pourrai voir quelques spectacles à Avignon et enchaîner sur quelques récitals à la Roque, le temps d'applaudir le dernier Russe à la mode.. Le problème sera de savoir où parquer l'éléphante.  Pendant que je serai au théâtre ou au concert, la Cosette pourrait mendier, faire quelques tours (que je lui aurais appris  - je me demande lesquels, n'ayant aucun don d'illusionniste, mais bon, il me reste du temps pour trouver). En cette saison, les touristes sont friands d'attractions, la gamine pourrait être d 'un bon rapport (2).

Traversée de la Durance pour atteindre Cadenet. Les villages, fort beaux, de cette partie de la rive droite se sont établis sur des promontoires rocheux dominant la rivière ( Mérindol, Puget, Lauris ) ; Il faudra prévoir un petit retour en arrière pour les voir, ainsi que les gorges du Régalon. Dans cette partie de la vallée vécurent de nombreux Vaudois, qui y furent massacrés en 1545 . C'étaient pourtant des gens très bien que les Vaudois, qui avaient fait voeu de pauvreté, traduisaient la Bible en langue vulgaire, et prêchaient l'Evangile, bien que laïcs. En avance sur leur temps, en somme. Mais ils refusaient de se soumettre à l'autorité du Pape. Grave erreur.

Erreur d'autant plus grave que les établissements papistes ne manquaient pas dans le secteur. Silvacane, en particulier, fondée par les moines de Saint-Victor (encore eux), et qui eut maille à partir avec les Vaudois et les Protestants. Le site n'a pas l'harmonie de celui de Sénanque et une grande partie des bâtiments est ruinée mais l'église, à elle seule, est un bijou. Je suppose que le nom de Silvacane veut dire "forêt de roseaux" et que les moines durent assainir cette région de marais.

De Cavaillon à Manosque, la Durance est dominée par les hauteurs du Luberon. Lourmarin, Bonnieux, Buoux, Lacoste (cher au divin Marquis) sont à deux pas (enfin, deux...). mais ce seraient trop de détours. Un autre voyage à pied s'impose.

Près de Villelaure, la Fabrique, construite en 1832, fut une ferme modèle, où l'on raffina la betterave à sucre et cultiva la garance. Cette fois, ce ne sont plus les Physiocrates, ce sont les Saint-Simoniens. Je n'en sais rien du tout, à vrai dire, mais cette région semble avoir servi de terrain pour des expériences rationalistes en matière d'agriculture et d'aménagement du territoire.

La vallée s'élargit et l'on atteint la jolie petite ville de Pertuis. L'orgue de l'église saint-Nicolas fut installé en 1601 (certains tuyaux sont d'origine). C'est sur cet instrument  que Michel Chapuis réalisa naguère ( en 1977, pour Astrée)  un mémorable enregistrement des deux messes de François Couperin.

Un petit crochet pour visiter le château de la Tout d'Aigues, puis je pense que mon éléphante, ma Cosette et moi ferons du stop pour atteindre Mirabeau et son célèbre défilé. Espérons que Valentine (c'est le nom que j'ai choisi pour l'éléphante) ne s'y coincera pas.

Notes -

1/ C'est ce que j'appellerai l'effet Caderousse (voir épisode n° 1). On sait que Jean-Valjean faillit être détroussé près d'Avignon par un dénommé Caderousse (on voit que Totor ne se fendait pas trop pour trouver des noms à ses personnages). Auprès de ma Cosette, je serai un très paternel Jean-Valjean mâtiné de maharadjah, avec un zeste d'Hannibal et un poil du divin Marquis, dont j'aurais pu tout de même aller admirer le château où il vécut enfant, à Saumane (mais n'abusons pas des détours).

2/  Là, mon Hannibal se dissimule sous une défroque à la Zampano, sans doute pour amadouer les redoutables Cavares.

( Rédigé par : La grande Colette sur son pliant )

Abbaye de Silvacane

1 commentaire:

JC a dit…

Les Vaudois, les Protestants, c'étaient les Musulmans de l'époque : des fouteurs de merde ! Bien fait pour eux ... Ne pas obeir au pape : y en a, je vous jure ... !!!

(je me demande tout de même, visez combien je suis retors, si les JAMBRUN seraient pas comme qui dirait des avatars de John Brown, le Frégoli frigolo de la blogosphère ... pourvu que ça ne s'ébruite pas !)