samedi 4 août 2012

Roberto Alagna : un chanteur populaire

La presse en bruit et tous s'en inquiètent :  il y a quelques jours, à la première, il a "craqué ses aigus", dans un air archi-connu, que tout le monde chante sans difficulté sous la douche. Planning trop chargé, mycose laryngée, on ne sait.

Le moment de vérité est venu. Devant des gradins surchargés de monde jusqu'au ciel noir, il entre en scène, seul. Et il entame l'air célèbre, l'air redoutable : Nessun dorma...

Dans l'immense hémicyle, en tout cas, personne ne dort. Personne ne pipe. Silence de cathédrale. Certains sont sûrement en prières.  Tous attendent le moment fatidique. Le moment de vérité. L'estocade.

Le fameux aigu est à la fin de l'air, suivi d'une seule note, et c'est fini. Voici qu'il l'aborde.

Il le donne, bravement, et juste.

Pas exceptionnel. Mais suffisant. Le minimum syndical. Mais il y est.

Immense clameur. Rugissement enthousiaste de  milliers de voix à l'unisson. On hurle son prénom. Tous crient leur gratitude. Il y en a sûrement qui pleurent.

Il remercie discrètement, d'un battement de paupières et d'un mouvement des lèvres qui ressemble à l'esquisse d'un baiser.

Délivrance.

Voilà un chanteur vraiment populaire.


Je ne suis pas une inconditionnelle de Roberto Alagna. La voix est belle et séduisante, certes, mais souvent j'ai trouvé qu'il n'exigeait pas assez de lui-même sur le plan de la qualité et de la rigueur purement musicales.Son chant a une sorte de mollesse que je n'aime pas. Son jeu d'acteur est moyen et conventionnel, mais de quel chanteur n'en dirait-on pas autant ? Il se produit beaucoup, trop sans doute ; j'en suis arrivée à me demander s'il n'avait pas des actions dans les Chorégies d'Orange.

Mais voilà : c'est un généreux, c'est un sincère, c'est quelqu'un qui aime donner aux gens. C'est quelqu'un aussi qui a le goût du risque, qui prend des risques, au risque d'en prendre trop.

Toro bravo.

Ceci compense-t-il cela ? Le public d'Orange semblait penser que oui. Moi je pense que si Alagna faisait preuve d'un peu plus de soin et de perfectionnisme, ce ne serait pas plus mal, même quand il sert des musiques "populaires", a priori moins exigeantes que celle de Turandot, mais toute musique a ses exigences particulières.


Additum 1 - On conseillera à Arthur Nauzyciel de prendre quelques leçons d'utilisation de l'espace auprès de Charles Roubaud,   metteur en scène de ce Turandot aux Chorégies d'Orange.

Additum 2 -  Sur le site Agora-vox, la journaliste préposée au compte-rendu  du spectacle se livre à un exercice d'adoration extatique du beau Roberto, d'un comique involontaire mais très sûr.

Additum 3  -   Je place Tosca au sommet de l'oeuvre de Puccini. Mais Turandot, c'est sa grande symphonie pour choeurs. Même les Tourangeaux étaient venus renforcer les bataillons de choristes massés sur la scène d'Orange !


Giacomo Puccini,  Turandot , Orchestre National de France, direction  : Michel Plasson / Choeurs d'Avignon, Nice, Toulon  Tours, Orange / Maîtrise des Bouches-du-Rhône / avec Roberto Alagna (Calaf), Lise Lindstrom (Turandot), Maria-Luigia Borsi (Liu), Marco Spotti (Timur ) Chris Merritt ( l'empereur). Mise en scène : Charles Roubaud.

( Rédigé par : Angélique Chanu )


1 commentaire:

JC a dit…

Roberto Alagna ?
Mouo...ouais !
Rolando Villazon ?
Mouo..oauis... !
Pas de quoi pavoiser, pas de quoi hurler de bonheur, petits bras gagnant gros.