dimanche 16 septembre 2012

" Eloge littéraire d'Anders Breivik ", de Richard Millet : éloge littéraire de Richard Millet !

Il sera bref. On trouve infiniment plus de plaisir et de profit à lire Richard Millet qu'à lire Madame Annie Ernaux, Jean-Marie-Gustave Le Clézio (notre ineffable prix Nonosse-Bébelle des chiens couchants) ainsi que la plupart des gens qui ont cru bon d'apporter leur soutien au texte publié par Annie Ernaux dans Le Monde du 11 septembre 2012 , sous le titre : Le Pamphlet de Richard Millet déshonore la littérature. La dame a-t-elle jugé qu'en choisissant cette date, elle trouverait en même temps l'occasion de célébrer la gloire de Ben Laden ?

Qu'on partage ou non ses idées, l'écriture de Richard Millet est autrement vive, acérée, excitante, amusante, colorée, que le bouillon fadasse, fond et sauce, spécialité des  Ernaux, Le Clézio et consorts. C'est ce qui les fait enrager, tous ces laborieux .

Le pamphlet de Richard Millet déshonore la littérature  :  quel titre imbécile, vraiment !

Comment peut-on, en effet "déshonorer " la littérature ? Elle en a vu d'autres, la littérature. Et quelle littérature ? Quelle définition Madame Ernaux peut-elle bien proposer de la littérature qui nous fasse avaler l'idée qu'on puisse la "déshonorer" ? Eh bien, la littérature selon le coeur à sa mémère,  une littérature  femelle, bien couchante et bien pensante, idéologiquement correcte, c'est-à-dire en accord avec les préférences tiers-mondistes, multiculturalistes, droitsdel'hommistes et démocratistes d'Ernaux et de ses pareils. Toute autre littérature ne pouvant être que "fasciste" et répugnante, selon ses propres termes.

En réalité, c'est la croisade d' Ernaux contre Millet qui est répugnante, car il s'agissait bel et bien d'obtenir de l'éditeur Gallimard des sanctions d'ordre professionnel à l'encontre de Richard Millet pour la publication (chez un autre éditeur ! ) d'un texte d'idées. Ernaux et ses cosignataires ont d'ailleurs enfin obtenu partiellement gain de cause puisque, sous la pression d'Antoine Gallimard, Richard Millet a dû démissionner du comité de lecture de la maison, bien que, depuis des années, son travail, de l'avis général, donnât pleine satisfaction.

Qu'en France en 2012, un intellectuel se voie sanctionné dans sa vie professionnelle pour ses idées, cela peut certes être mis au compte des progrès de ce fascisme dont la dame Ernaux et ses affidés se font objectivement les agents.

J'ai eu la curiosité de vérifier sur le site des éditions Gallimard la composition du comité de lecture. En dehors de Le Clézio qui, selon Ernaux, a trouvé le texte de Millet "répugnant", aucun de ses membres n'a, semble-t-il,  jugé bon de manifester son soutien à la pasionaria. Millet quitte son siège au  comité de lecture , lieu de pouvoir convoité dans le petit monde de l'édition française. Il avait dû faire quelques jaloux. Qui va le remplacer ? Ne me dites pas que ce sera Annie Ernaux, je ne vous croirais pas. Attendons avec une curiosité patiente mais vive l'issue de cette révolution de palais.

Le coup de force d'Annie Ernaux est le produit d'un habile travail de désinformation destiné à faire croire que Richard Millet dit ce qu'il ne dit pas. Comme toujours dans ces cas-là, un compte-rendu biaisé, fragmentaire, malhonnêtement orienté, nous est présenté comme une " lecture "  "objective" destinée à légitimer la chasse au "sorcier fasciste". Taïaut !

Comme je l'ai expliqué dans un précédent billet, en dépit d'un titre ironique (si, si Madame Ernaux, ce titre est ironique, mais l'ironie n'est pas votre fort), Eloge littéraire d'Anders Breivik ne fait nullement l'éloge du tueur d'Oslo. Le propos de Richard Millet, dans ce court opuscule, où il présente plutôt Breivik comme un pauvre type, est de pointer les dangers d'une guerre civile dont la politique laxiste des Etats occidentaux en matière d'immigration extra-européenne, notamment d'immigration musulmane, l'échec des politiques d'intégration, la montée subséquente des communautarismes, seraient, selon lui, les causes principales. Richard Millet ne fait que redire là ce qu'il avait souvent déjà dit (notamment dans l'Opprobre ) et ce que beaucoup d'autres que lui ont dit. On est d'accord avec lui ou pas, mais ces positions n'ont rien de fasciste, terme, d'ailleurs, beaucoup trop galvaudé, mais qui garde son  utilité dans une polémique malveillante et déloyale.

Mais en disant sa crainte d'une guerre civile, Richard Millet est en retard. De fait, elle a déjà commencé. Les actes d'Anders Breivik ne sont-ils pas des actes de guerres civile ? Et que dire des actes de Khaled Kelkal, de ceux de Mohammed Merah ?  Annnie Ernaux a-t-elle déjà oublié les actes et les déclarations édifiantes de Mohammed Merah ? Ignore-t-elle les préparatifs d'activistes islamistes aux quatre coins du pays ?  Actes isolés ? Pour l'instant. Mais quels débordements, en France et en Europe, les actions des groupes salafistes, les récents délires de populations musulmanes à propos d'un film que personne n'avait vu vont-ils provoquer ?

Pierre Jourde, dans un récent billet de son blog, souligne, tout en prenant ses distances avec les thèses de Millet, l'aveuglement et l'irresponsabilité d'une certaine gauche intellectuelle à l'égard du comportement d'une large fraction de la population immigrée musulmane en France. Richard Millet n'appelle nullement à mettre dehors ces gens, qui sont des citoyens français, mais seulement à mettre des freins à une immigration non souhaitable et à privilégier une immigration d'origine européenne. Est-ce là faire acte de fascisme ? S'il en est ainsi, il y a beaucoup de fascistes en France, moi compris.

Et si la fameuse guerre civile qui, selon Richard Millet, déchire l'Occident depuis 1789, finissait par éclater au grand jour avant la fin du siècle -- ce qu'à Dieu ne plaise --, les uns et les autres devraient faire le choix d'un camp.  Le texte de Madame Ernaux cosigné par une centaine d'écrivains et publié dans le Monde à la date symbolique du 11 septembre 2012 aurait eu au moins cette utilité : désigner les portes que, le jour venu,  certains iraient marquer  d'une croix. Quelle Saint-Barthélémy en  perspective pour Ernaux et ses supporteurs ! Quelle revanche pour le proscrit ! A supposer, bien entendu, que tout ce petit monde soit encore vivant quand ça deviendra vraiment chaud. En attendant, accrochons-nous ferme aux ridelles et gare aux cahots !




Pierre Jourde,  Pourquoi je n'aurais pas signé le texte d'Annie Ernaux ( blog Confitures de culture )


( Rédigé par : John Brown )
Déjà le dos au mur , ou l'art d'anticiper le pire



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