samedi 15 septembre 2012

Extensions de mémoire

L'année 1879 marque un étape majeure dans l'histoire de l'humanité. Nous la devons à une petite fille de huit ans qui s'appelait Maria.

Ce jour-là, Maria Sanz de Sautuola, qui accompagnait son père dans sa visite de la grotte d'Altamira, aperçut, au plafond de la grotte, des toros : l'art préhistorique venait d'être découvert. Il fallut encore une bonne vingtaine d'années et d'autres découvertes pour que soit admise l'authenticité des peintures d'Altamira.

Avec la découverte des peintures magdaléniennes d'Altamira, l'humanité se  découvrait un passé vieux de quinze mille ans. Depuis, on est remonté beaucoup plus haut.

Songeons qu'avant la découverte d'Altamira et depuis plus de deux millénaires, la limite la plus haute de l'âge de l'humanité avait été fixée par la Bible à moins de sept mille ans.

Avant que que la petite Maria ne lève les yeux vers les peintures, seuls les récits mythologiques et ceux des historiens avaient reconstitué l'histoire de l'espèce humaine. Depuis,  les préhistoriens et les paléontologues lui ont ajouté une mémoire vieille de trois millions d'années.

Mais l'histoire de notre espèce est inséparable de celle des primates, celle-ci de l'histoire des vertébrés, cette dernière de l'histoire de la vie ;  l'histoire de la vie ne se  sépare pas de celle de notre planète, et l'histoire de notre planète fait partie de l'histoire de l'Univers. Géologues et astrophysiciens ont écrit les chapitres antérieurs à ceux qu'avaient écrits préhistoriens et paléontologues, jusqu'à plus de quatorze milliards d'années. Cette Histoire-là ne s'écrit plus sur des témoignages, sur des récits, sur des récits de récits, mais sur des observations et des raisonnements.

Insignifiants animalcules que nous sommes, nous sommes pourtant solidaires, comme les insectes, comme les virus, de l'immensité de l'espace et du temps dévoilée par les avancées de la science. Ce que savait déjà Pascal est devenu une évidence pour tous.

C'est aussi une autre façon de concevoir l'Histoire qui est née, au miliieu du XIXe siècle, avec les recherches de Boucher de Perthes et les travaux de Darwin.  Jusqu'à leurs contemporains, Augustin Thierry, Michelet, l'Histoire est exclusivement le récit des actes des hommes. Avec L'Origine des espèces (1859), Darwin ouvre la voie d'une Histoire du vivant, un peu après qu'avec les Principes de géologie (1830), Charles Lyell ait jeté les bases d'une Histoire scientifique de la Terre. L'introduction de la dimension temporelle dans les sciences de la Nature a profondément transformé notre connaissance de celle-ci et notre conscience de notre rapport au monde. Nous ne pouvons plus aujourd'hui concevoir l'Histoire de l'humanité indépendamment de celle de son environnement naturel. Nous savons aujourd'hui que les modifications de celui-ci conditionnent notre existence et la conditionneront comme elles ont conditionné l'existence de nos ancêtres. L'Histoire de l'humanité est englobée dans une Histoire universelle qui la dépasse et la déborde infiniment.

" Car la mémoire et la profondeur sont la même chose, ou plutôt la profondeur ne peut être atteinte par l'homme autrement que par le souvenir . " (Hannah Arendt)


Emmanuel Leroy Ladurie  ,   Histoire du climat depuis l'an mil    ( Champs / Flammarion )

Jacques Debelmas, Georges Mascle,   Les grandes structures géologiques   ( Dunod )

Charles Darwin  ,   L'Origine des espèces   ( GF / Flammarion )

André Leroi- Gourhan , Préhistoire de l'art occidental   ( Mazenod )

Jean-Pierre Luminet ,  Le Destin de l'Univers   ( Fayard )


( Rédigé par : SgrA° )

peinture d'Altamira

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