dimanche 21 octobre 2012

Barbara Carlotti : abondance de biens ne nuit pas

Au milieu du concert, elle chante -- admirablement -- la chanson de Michel Berger interprétée par Françoise Hardy, Viens me retrouver. Elle lui donne la force et la lumière de sa voix, elle l'interprète avec une sincérité  et une séduction exceptionnelles. Et c'est comme si le concert décollait, comme si cette musique et ces paroles inoubliables lui permettaient de révéler pleinement toute la force de son talent. Et du talent, elle n'en manque pas. La voix, d'abord, d'une somptueuse plénitude, d'une justesse constante, dans une tessiture large, deux bons octaves du grave à l'aigu, pleinement à l'aise dans le registre d'alto. Rien que cette voix impose, au centre de la scène -- place qu'elle ne quitte presque pas, une présence magnétique. Sobrement vêtue de noir, le regard et une gestuelle simple, efficace et belle, elle efface petit à petit la frontière entre la scène et la salle et noue une connivence avec son public qu'elle fera danser et chanter avec elle, le moment venu. Son accord avec ses musiciens, répartis en demi-cercle autour d'elle, est parfait. A certains moments, j'aurais bien apprécié le renfort d'un ou deux sax et d'un trombone, histoire de magnifier son lyrisme.

Elle chante essentiellement l'amour, avec force et simplicité, dans des textes personnels et prenants, qu'on regrette de ne pas toujours saisir dans le détail, surtout dans la première partie du concert, très hard rock, avec des percussions amplifiées presque au point de rupture et qui vous résonnent dans la poitrine. Musique souvent presque austère jusque dans sa transe rythmique.

Tout cela donne un cocktail musical vraiment très original et attachant, et l'on se dit qu'avec une pareille palette de dons, Barbara Carlotti n'a pas fini de faire parler d'elle.

Hier soir, la sortie du public se fit d'une manière inattendue. Je suppose que c'était une idée à elle car la gamine de quatorze ans qu'elle est restée ne semble pas répugner à mêler le réel et l'imaginaire. Mais attention : on ne joue pas impunément avec les allumettes. La prudence voudrait qu'elle ne réédite pas ce coup-là, même s'il lui permit de retrouver le public à la sortie du théâtre. J'aurais dû en profiter pour l'interroger sur le choix de la chanson de Michel Berger et sur son effet révélateur : à quel moment une ambiance rock saturée de décibels devient-elle incompatible avec la chanson à texte ? Barbara a dû se poser cette question. Elle y répondrait peut-être en arguant que, dans sa musique, le texte est un des ingrédients d'un ensemble, ni plus ni moins important que la section rythmique ou qu'une mise en scène aux jeux de lumière sophistiqués. C'est du moins la réponse que j'aurais faite : dans une musique comme celle-là, les  multiples coulures de texte n'on pas individuellement plus d'importance que les coulures de rouge ou de gris dans une toile de Jackson Pollock. La comparaison vaut ce qu'elle vaut. En tout cas,  la suite de la carrière de Barbara  nous dira si ce mélange détonant est viable à terme. Peut-être n'est-ce, finalement, qu'une question de dosage. Et le dosage, hier soir, semblait s'être fait au détriment de la subtilité du travail de la chanteuse-compositrice ; ce sont  les aléas des concerts et des salles ;  l'écoute du disque dont le concert reprenait le programme m'a paru confirmer cette hypothèse.


Barbara Carlotti ,  L'Amour, l'argent , le vent    (  1 CD )


( Rédigé par : Jeanne la Pâle nue dans ses châles )


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