jeudi 18 octobre 2012

Jacky Terrasson à mes funérailles !

Au funerarium de ***, près d'ousque j'habite, j'ai assisté l'autre jour au service d'un vieil ami. Il y  eut quelques allocutions, pas trop réussies, bien que sincères. Puis l'ordonnateur de la cérémonie, en costard gris et cravate, annonça, avec des trémolos censés exprimer une vive émotion, qu'on allait procéder à la crémation. Ce rituel bâclé aurait presque fait regretter l'église, où, tandis que le curé débite son baratin, on a au moins le recours d'admirer les chapiteaux (s'il y en a). Rien ne vaut en effet un choeur roman de bonne facture pour relever ce banal rituel de passage. Heureusement, la famille avait choisi de nous faire écouter le célèbre New Orleans Function, avec Louis Armstrong à la trompette, Barney Bigard à la clarinette et Teagarden au trombone. Je ne les avais pas écoutés depuis près d'un demi-siècle, je ne devais pas être le seul ; ces funérailles permirent au moins ces émouvantes  retrouvailles.

Lorsque  -- ce qui ne saurait tarder --, je me retrouverai à mon tour à la place du mort, au funerarium de ***, près d'ousque j'habite, les allocutions seront proscrites, l'ordonnateur sera prié d'éviter tout trémolo et de mettre un polo.

Et, tandis que mon corps, support désormais inutile d'une conscience défunte, sera réduit par la flamme à un insignifiant dépôt cinéraire, les ceusses qui auront fait le déplacement seront invités à écouter Smile, par Jacky Terrasson au piano. Au début, Jacky égrène les notes d'une  mélodie à tirer les larmes et dont je me plais à croire qu'elle fut effectivement conçue dans les larmes. Puis doucement la rythmique s'installe, ça balance de plus en plus et ça se termine par un frénétique et endiablé motif ressassé à n'en plus finir , mais c'est, en réalité, très court. Rituel initiatique musical qui, en moins de cinq minutes, vous convoie de la tristesse au rire et des larmes à la joie. On en sort plein d'allégresse et requinqué pour le reste de la journée.

Puis dans la lumière de la vie retrouvée, tous se retrouveront pour un apéritif champêtre, dans une prairie que j'ai déjà repérée, au bord de l'Aille, où j'imagine que les couleuvres de Montpellier doivent s'en donner à coeur joie, sous les yeuses et dans les hautes herbes. De l'autre côté de la rivière, un âne (loué pour la circonstance) braira, on pourra même le voir à travers les feuillages agités par le vent d'est, car je voudrais trépasser à l'automne, juste au moment où l'été se fait la malle et où les premières pluies s'annoncent.


Additum . -- Si on ne met pas la main à temps sur un enregistrement de Smile, par Jacky Terrasson, on pourra se rabattre sur la Marche au supplice, extrait de la Symphonie fantastique de Berlioz, par Igor Markevitch, à la tête de l'orchestre des concerts Lamoureux . Le morceau me paraît de circonstance, et puis quel chef, vingt dieux, quel chef ! Les conviés seront priés de se déguiser en diablotins. Une chorégraphie ad hoc serait souhaitable. Charivari par toute la troupe !


( Rédigé par : Onésiphore de Prébois )

Chauvigny, église Saint-Pierre


4 commentaires:

JC a dit…

Finir comme une merguez brulée ? Jamais ! Trop bête...On brulera dans les flammes de l'Enfer bien assez tôt !

Requiescat In Pace : un tiroir en sapin, prêt pour la dégustation pour vermisseaux et la dissolution en terre.

Anonyme a dit…
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Anonyme a dit…
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