vendredi 26 octobre 2012

Giovanna Marini : le goût et l'art de rendre justice

Trois cents personnes tout au plus s'étaient déplacées pour ce concert du quatuor vocal de Giovanna Marini .  Les absents ont toujours tort mais, ce soir-là, c'était encore plus vrai que d'habitude. J'aurais pu en faire partie car, n'ayant, je le confesse, jamais entendu parler auparavant de Giovanna Marini, j'avais failli renoncer, par pure paresse, à me rendre au théâtre.

Trois cents personnes seulement, mais enthousiastes. Ce public-là en valait un trois fois plus nombreux. Il faut dire que Giovanna Marini et ses trois amies s'y entendent pour chauffer une salle.

A soixante-quinze ans, Giovanna Marini n'a, semble-t-il, rien perdu de la qualité de son humour, de son jeu de guitare, de son art du chant. L'Italie doit à cette amie de Pier Paolo Pasolini, d'Italo Calvino et de Dario Fo la préservation d'une grande partie de son patrimoine musical traditionnel.

Ce soir-là, Giovanna Marini présentait et commentait (dans un français plein de finesse , de drôlerie et de saveur) en s'accompagnant à la guitare de bien beaux exemplaires de l'art vocal du peuple italien au long des siècles. Cela allait d'un extrait d'un processionnal grégorien du XIVe siècle à un poignant chant de mineurs des mines de soufre, en passant par telle polyphonie sarde, très proche des polyphonies corses.

Chants traditionnels mais aussi compositions de Giovanna, qui, évoquant le culte des saints, si fort dans toutes les régions d'Italie, et donc si présent dans sa musique populaire, rendait aussi hommage à ceux qu'elle appelle les "saints laïques", telle Myriam Makeba qui, bien que très gravement malade, vint chanter pour défendre les ouvriers agricoles africains pourchassés par la Camorra.

L'art de Giovanna Marini, qu'il s'agisse de droits de l'homme ou de musique populaire , " è un'arma di progresso di giustizia ", pour reprendre les paroles de Ignoranti senza scuole, un des chants populaires politiques de son récital. Et pour rendre justice aux combattants de la justice, comme pour rendre justice à la beauté de ces musiques traditionnelles, il faut être au sommet de son art. Cette exigence de perfection était immédiatement perceptible à chaque instant de ce concert, qui exposait une inventivité polyphonique époustouflante servie par  un engagement et une présence intenses des quatre chanteuses.

Giovanna Marini a formé, avec trois de ses élèves, Patricia Bovi, Francesca Breschi et Patrizia Nasini, un quatuor vocal d'une originalité et d'une qualité exceptionnelles. D'où l'émotion qui étreignit le public du début à la fin de ce récital magnifique et exemplaire.


Dal punto di vista dei serpenti,  par le quatuor vocal de Giovanna Marini   ( 1 CD Egea Music )

Festival des Musiques Insolentes , du 19 au 27 octobre 2012 à Draguignan, Toulon, Hyères, Barjols .


( Rédigé par : Onésiphore de Prébois )


Aucun commentaire: