lundi 8 octobre 2012

Louise, Jacques et moi

Après-demain matin, je pars pour Marseille faire valider par Louise mon contrat de quatre mois sur la vie. Une fois la  chose faite, il est entendu que, pendant quatre mois, je ne peux pas mourir. Autrement le contrat serait rompu.

Louise et moi entretenons des relations privilégiées. De toutes les femmes que j'ai connues, Louise est certainement celle qui connaît le mieux mon intimité. Je peux même confier, sans trop agresser la décence ni le respect que j'ai pour elle, qu'elle l'a longuement et délicatement manipulée, cette intimité, de façon très experte et inoubliable.

Sans aller jusqu'à me donner le sein, Louise m'a pour ainsi dire donné le biberon, en m'aidant à boire, un matin où, après quelque dix heures d'intenses manipulations, j'étais encore trop secoué pour tenir un gobelet sans le renverser. J'en garde un souvenir ému.

La reconnaissance tendre est le fond de mes sentiments pour Louise.

Au moment où je m'apprêtais à quitter la chambre où j'avais fait sa connaissance, Louise partit pour Angers soutenir, avec succès, sa thèse de doctorat en chirurgie hépatique. Peut-être les observations qu'elle fit sur mon intimité auront-elles contribué, si peu que ce soit, à sa réussite. Quel bonheur et quel honneur ce serait pour moi.

Outre qu'elle est jeune et belle, Louise est experte, délicate et sensible, bonne et passionnée. Je fonds de tendresse et me confonds en admiration, quand je pense à elle.

Rien que de penser que je vais la voir  bientôt valide pour ainsi dire par anticipation mon contrat sur la vie.

Tout à ma reconnaissance pour Louise, j'en oublierais presque celle que je dois à Jacques qui la guida dans ses manipulations sur moi et qui, étant le patron, en assura l'essentiel. Je n'oublierai pas de sitôt une certaine poignée de mains, un soir que, dans ma chambre, il arriva avec le résultat du scanner. Comme si j'étais un membre de l'équipe, qu'on associait à la victoire.

Louise et Jacques ont l'âge de mes enfants, mais c'est moi qui éprouve pour eux une affection filiale. Après tout, je leur dois la vie.


( Rédigé par : J.-C. Azerty )

Ce n'est pas Louise

2 commentaires:

Siggy, fleur de divan a dit…

Les vilains méchants, les brutes les plus arrogantes, les fier-à-bras de la Cour des Miracles, les ceux à qui on ne l'a fait pas... même ces monstres odieux, ont un penchant inné pour un avatar de leur maman !
Louise et moi = Maman et moi

Anonyme a dit…

enfin un commentaire perspicace et juste, je n'espérais plus ! merci Siggy si vous remontez dans les méandres tortueuses de ce blog vous y trouverez quelques « merveilles » sur l'apologie nombriliste d'un machiste..... malheureusement lettré
à ces monstres odieux ne pas leur faire le plaisir d'être des « ci-gît »