jeudi 4 octobre 2012

Sur le quai de la gare

Descendue du train de Cannes, elle est restée aussi gracieuse qu'à vingt ans. Dans son visage de jeune fille ses yeux rient. Son humour, sa gaieté, sa lucidité, la justesse de ses vues font le bonheur de sa conversation. Il y a des jours où l'on ne regrette pas que les trains aient du retard. On aurait presque de la sympathie pour les grévistes sauvages. Derrière les vitres de la salle d'attente, une femme assise sourit en me regardant. Elle est plutôt appétissante. L'arrivée du train de Marseille m'en distrait.

Il descend du dernier wagon, en pull,  traînant sans ménagements sa valise sur roulettes; un sourire en coin contredit son air pas commode. J'en vois deux dans l'appartement de Marseille qui demandent à Maman où est passé Papa. Papa nous embrasse sur le quai de la gare, et demande des nouvelles de Maman.

Sur le trottoir où, comme chaque fois qu'ils se retrouvent, la conversation rebondit dans les éclats de rire, je leur laisse le parapluie car l'orage menace, et vais chercher la voiture.

Et marchant sur ce trottoir, la joie m'inonde. Comment ai-je pu si longtemps mal savoir que j'étais fait pour ça  : transmettre le flambeau de la vie ? le lumineux flambeau de la vie...

Ils ouvrent les portières, s'installent . De l'autre côté de la rue, un homme de mon âge nous regarde. Eh oui, mon pote, tu dois connaître, toi aussi, ces moments de grâce  :  le roi n'est pas le cousin d'un père heureux.

( Rédigé par : J.C. Azerty )


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