jeudi 1 novembre 2012

Des Juifs de France très disputés : engagez-vous, rengagez-vous

" Venez en Israël et faites d'Israël votre chez-vous" : telle est l'invite adressée aux juifs de  France par Benyamin Nétanyahou . A quoi François Hollande a répondu : " la place des juifs de France, s'ils en décident, c'est d'être en France, de travailler en France, de vivre en France, à condition qu'ils soient pleinement en sécurité".

On saura gré à François Hollande d'avoir assorti son propos de deux restriction d'importance : "s'ils en décident" et " à condition qu'ils soient pleinement en sécurité". Il aurait pu en ajouter deux autres : "à condition qu'ils assument pleinement leur identité juive et leur nationalité française".

Il y a chez tous les hommes politiques, à quelque parti,  quelque nation qu'ils appartiennent, et quelles que soient, par ailleurs, leurs qualités, parfois éminentes, une mentalité de sergent recruteur. Ils ne raisonnent que par gros bataillons. L'individu, avec ses innombrables singularités, cède toujours le pas, dans leurs discours, au collectif unificateur et simplificateur.  Ils partagent cette façon de voir avec les chefs religieux, curés, rabbins, imams ou ayatollahs. Pour les uns et pour les autres, il y a les Juifs, les Juifs de France, les Français, les Américains, les Chinois, les Chrétiens ou les Musulmans. Cette façon systématique de fondre toujours l'individu dans le collectif donne forcément la priorité aux gros bataillons sur les petits groupes, avec les avantages qu'on sait, mais aussi les très gros inconvénients qu'on sait.

Il n'est pas du tout sûr, d'ailleurs, que l'avenir soit aux gros bataillons. Le salut de l'humanité passe peut-être par la promotion des tout petits groupes, des micro-structures, politiques, religieuses, économiques etc.

" Les juifs de France", est-ce que ça existe seulement ? Pas plus que les français, les chrétiens ou les musulmans. La réalité, ce sont des êtres humains qui, entre autres innombrables singularités, sont juifs, français etc.

Par hasard je suis né quelque part . Par hasard je vis dans un coin de cette Terre et pas dans un autre. Par hasard mes géniteurs étaient juifs, musulmans, chrétiens ou bouddhistes. Seul le hasard de circonstances multiples m'a fait ce que je suis. Et je peux toujours, théoriquement du moins, choisir d'être autre, tenter de devenir un autre.

Parmi les droits de l'Homme devrait être inscrit le droit de changer de nom  à sa guise. Moi, par exemple , comme j'aimerais être titulaire d'une carte d'identité au nom de Daisy Blanquette, née le 12 novembre 2012 (ça me laisserait de la marge) à Knokke-le-Zoute (poil à ma zoute), père et mère inconnus. D'ailleurs, à quoi bon un patronyme ? Un code-barres suffirait bien, on s'en sert d'ailleurs déjà dans les hôpitaux. Combien de Mohammed ben Mohammed du 93 seraient prêts à payer pour s'appeler du jour au lendemain Marcel Ducon ? Voilà un blaze autrement mieux reçu sur le marché du travail et de la location d'appartements. Sans compter les voisins qui vous regardent de travers, vous soupçonnant de vouloir assassiner pas moins  d'une douzaine d'enfants juifs.

A la décharge de Monsieur Nétanyahou et de Monsieur Hollande, reconnaissons qu'ils s'adressent avant tout aux Juifs de France qui se reconnaissent comme tels et se sentent des liens privilégiés avec Israël. Ils ne s'adressent pas à ceux d'entre eux qui se revendiquent comme musulmans iraniens chiites ou comme pygmées animistes. Cela va sans dire. La communauté des Juifs-de-France-qui-se-sentent-solidaires-d'-Israël n'existe que grâce au sentiment d'appartenance des individus qui se reconnaissent en elle ; c'est lui qui l'a cimentée et qui la  perpétue à chaque instant, puisqu'à chaque instant ses membres renouvellent leurs voeux,  ne serait-ce que de façon tacite. C'est vrai pour toute communauté. C'est assez fascinant, d'ailleurs, ce pouvoir qu'ont les humains de faire exister quelque chose qui n'existe pas par la magie d'un acte qui n'existe pas non plus. On est dans le virtuel le plus complet, et pourtant, ça marche ; d'ailleurs les sociétés  fonctionnent grâce à ça depuis la nuit des temps. Imaginons un monde où les gens perdraient, comme ça, de temps en temps, et en masse, tout souvenir des clubs de toutes sortes, nationaux, politiques, religieux,  militaires, économiques, auxquels ils sont inscrits. Ce serait farce. On imagine aisément le dialogue entre un marine amerlaud et un taliban quelque part  en Afghanistan. -- Tiens, qu'est-ce que vous faites là, vous ? -- Et vous ? Quelle raison avez-vous d'être là ? -- Du diable si je m'en souviens... mais quel drôle de costume vous portez.. . seyant, d 'ailleurs...., etc...  Beau sujet de roman. Mesure-t-on la puissance révolutionnaire qu'aurait la pratique systématique, concertée, au plan mondial, d'un tel pouvoir potentiel d'amnésie ? Si j'oublie que je suis juif, musulman, chrétien, français, chinois, homme, femme, etc... etc., qu'est-ce qui reste ? Hein ? qu'est-ce qui reste ?  Quelle belle table rase pour une  refondation, non ? Parfois je me dis que les malades d'alzheimer ne connaissent pas leur bonheur ...

Il n'y a pas de préjugé plus stupidement ancré, en effet, que cette fierté si répandue d'appartenir à une famille, une communauté, ne serait-ce qu'une équipe de ping-pong (et pourtant le ping-pong est un sport éminemment individuel). Pourtant, renier ses parents, renier la communauté qui prétend vous revendiquer, vous dire comment vous devez vivre, est  une des grandes jouissances que la nature nous offre. Cracher sur vos imbéciles géniteurs et plus généralement sur tous ceux qui prétendent vous embrigader, vous assigner une appartenance, quelle qu'elle soit, vous éduquer dans le respect d'un passé dont vous n'avez que foutre, éventuellement leur sauter à la gorge, leur casser la gueule,  les bouffer tout vifs, est une des plus intenses voluptés qui soient . Depuis l'enfance, j'admire les apostats, les renégats, les traîtres, je me suis toujours senti leur frère.

De coeur, je ne suis  inscrit dans aucun bataillon, gros ou petit. Je suis un citoyen du monde. Comme tout être humain, comme tout être vivant, je suis un errant de la vie, un non-inscrit par nature et par vocation. J'accepte, à la rigueur, mon inscription dans la seule collectivité où je me reconnaisse un peu : celle des chiens perdus sans collier, enragés de préférence. Et attention : je mords.


( Rédigé par : Babal )




2 commentaires:

JC a dit…

Il ne faut pas exagérer sur le pourcentage de liberté du brin d'herbe dans le gazon : tu es herbe par ton père et ta mère à 90%, et quoi que tu fasses tu es dans le gazon à 100%, celui là ou un autre !

JC a dit…

Il ne faut pas exagérer sur le pourcentage de liberté du brin d'herbe dans le gazon : tu es herbe par ton père et ta mère à 90%, et quoi que tu fasses tu es dans le gazon à 100%, celui là ou un autre !