vendredi 23 novembre 2012

L'amour au forum du Mans (suite)


 Dans un compte-rendu plus sucré qu'un loukoum, le fade Jean Birnbaum dresse , pour le Monde des livres de ce jour, le bilan de ce forum du Mans organisé par le Monde et consacré à l'amour (1) . Sujet inépuisable autant que rebattu. Il y constate que,  " durant ces journées de réflexion et d'échanges " (quelles sortes d'échanges, au fait ?),  où chacun y alla de son trémolo, " on cita davantage de poètes et de romanciers que de philosophes attitrés " . C'est reconnaître le rendement philosophique à peu près nul de la question, l'amour n'ayant , depuis le père Platon et ses glorieux roustons, guère retenu l'attention des philosophes. "Il y a moins une pensée de l'amour qu'une histoire d'amour", reconnut d'ailleurs le théologien Fabrice Hadjadj, tirant en douce la couverture  vers sa paroisse, par le biais de ce singulier, qui escamote le fait que des histoires d'amour, ça n'a jamais pu se réduire à une histoire d'amour. Penser l'amour, c'est forcément ramener la pensée à hauteur de braguettes et de petites culottes . On avait donc invité pour en causer Christine Angot et Camille Laurens, toutes deux connues au moins autant pour leurs histoires de cul , qui leur fournissent le plus clair de leur inspiration, que pour les livres où elles les racontent. Elles furent pourtant  loin de faire preuve sur le sujet du même niveau de compétence qu'une quelconque Sophie Davant.

Au cours de ce forum ni plus ni moins médiatique et bidon que n'importe quel salon provincial du livre, personne ne semble avoir soulevé la question du rendement historique de l'amour. Il est clair qu'il est presque aussi insignifiant que son rendement philosophique ; dans les affaires humaines, l'amour n'aura jamais joué, au long des âges, qu'un rôle tout au plus anecdotique, et la remarque de Pascal sur le nez de Cléopâtre est très exagérée. L'Humanité n'a jamais eu besoin de l'amour pour se reproduire, un stock adéquat de spermatozoïdes et d'ovules y pourvoyant largement. Casser quelques gueules a toujours été historiquement autrement productif que mille déclarations d'amour. Sans compter le bonheur qu'il y a à les casser. Autrement plus jouissif que toutes les jouissances de l'amour. Demandez à tous ceux qui ont essayé. L'essentiel est de se trouver autant que possible dans le camp des casseurs et  pas dans celui des cassés. Evidemment.

En somme, qu'est-ce que l'amour a apporté de positif aux humains depuis les origines ? Un peu  de douceur dans un monde de brutes, comme dit la pub de je ne sais plus quel chocolat ? Etait-ce bien la peine d'organiser à grands frais un forum sur les bords de la Sarthe pour en arriver à cette maigre et banale conclusion?

Et puis tout de même, sur la question de l'esclavage amoureux, nos philosophes seraient bien inspirés de méditer ces beaux vers  de Corneille, dans  la Place royale, et que nous autres, qui plaçons la liberté plus haut que tout,  savons depuis longtemps  par coeur , les ayant élus pour une de nos devises :

                  " Je vis dorénavant puisque je vis à moi,
                    Et quelques doux assauts qu'un autre objet me livre,
                    C'est de moi seulement que je prendrai ma loi. "



Note 1 . - Sur ce micro-événement de la pensée frantzouèze, on lira sur ce blog :

                -  L'amour au Mans : Alain Badiou chantre de la passion Ginette ( vendredi 9/11/2012)
                -  Hors de prix : une scène de la vie privée d'Alain Badiou  ( lundi 12/11/2012)




( Posté par : Jambrun )

Aucun commentaire: