mardi 27 novembre 2012

"Parfum de femme" , de Dino Risi , ou comment surmonter ses handicaps

On a souvent besoin d'un plus petit que soi : en dépit de la différence de taille entre Vittorio Gassman et ses partenaires, Alessandro Momo, son poisson-pilote, et Agostina Belli, son élue autoproclamée, cette sentence de notre fabuliste conviendrait mal pour condenser la moralité de la parabole filmée par  Dino Risi, Parfum de femme, qu'Arte avait la bonne idée de rediffuser hier soir. Ce beau mélo poétique et subtil nous embarque, aux côtés d'un Vittorio Gassman époustouflant, du Nord au Sud de l'Italie, de la froide  Turin à Naples l'ensoleillée, pour un voyage en train dont le caractère initiatique se révèle progressivement. Cet infirme flamboyant, catéchumène en costume blanc, aveugle en quête de lumière, part, sans tout-à-fait le savoir, en quête de sa vérité, une vérité qui n'est pas celle à laquelle il s'était presque résigné, mais que démentait l'énergie superbe de cet athlète  affamé de vie et de femmes. On ne découvre jamais sur soi que ce qu'on savait déjà, ce qui aide considérablement le spectateur à faire sienne la leçon de vie simple et universelle de ce film religieux, s'il est vrai que le religieux, c'est étymologiquement, ce qui nous relie : tant que nous n'échappons pas à notre solitude et  n'acceptons pas de nous relier à l'autre pour  qu'il nous aide à exister, nous ne sommes que des handicapés de la vie. Thème repris par Audiard dans son dernier film, De Rouille et d'os, et que nos deux branquignols politiques, Coyon et Flippé, auraient intérêt à méditer avant qu'il ne soit trop tard. Et puisqu'on en est au handicap politique, sans doute serait-il utile que les responsables italiens de la Ligue du Nord revoient Parfum de femme, un film qui comporte aussi une leçon politique : car l'Italie ne serait sans aucun doute qu'un pays handicapé sans ce Mezzogiorno qui est peut-être le royaume de la combinazione mais aussi et surtout celui de l'humain.


Parfum de femme, film de Dino Risi, avec Vittorio Gassman, Alessandro Momo, Agostina Belli




( Posté par : Jeanne la Pâle nue dans ses châles )

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